Mon
seul désaccord intervient au niveau du prix du jury où
le film coréen The Big Swindle (réalisation
: Choi Dong-Hun, 2004) aurait pu prétendre décrocher
le pompon. Récit d'une arnaque à tiroirs, ce film dans
lequel alternent éclats de comédie avec des moments
d'intense tragédie est d'une construction sans faille et tous
les personnages possèdent une personnalité complexe
bien éloignée de ces silhouettes sans âme qui
font office de seconds couteaux. Quelques scènes spectaculaires
dont celle par laquelle débute le film : une poursuite de voitures
comme je n'en avais encore jamais vue; l'assaut de la police pour
capturer un des braqueurs qui joue dans un bouge clandestin vaut aussi
son pesant de wons. Ces jeux sont abrités dans d'immenses serres
en plastique et pour échapper à la police, le voyou
perfore ces murs flasques de façon très spectaculaire.
J'aurai donc attribué sans hésitation le prix spécial
du jury à ce film. The Big Swindle est la
première réalisation du jeune Choi Dong-hun avec lequel
j'ai eu le plaisir de dîner et de converser le soir même
de mon arrivée.
Le
film français, Les mauvais joueurs, est
une réussite
absolue. Il y a très longtemps que je n'avais vu film français
aussi plein. Le scénario intègre la situation dramatique
des clandestins chinois obligés de se tuer à la
tache pour rembourser le coût de leur transport jusqu'en
France à
des passeurs qui les exploitent jusqu'au trognon. Mais tous ces éléments
sociaux ne sont jamais plaqués artificiellement à l'histoire.
Ils en sont partie intégrante sans surcharge ni gros effets.
Tous les comédiens sont excellents à l'instar du
protagoniste Pascal Elbé, avec des scènes et des
dialogues qui là
aussi arrachent le rire et l'émotion en alternance. C'est
une vision pleine de compassion pour ce petit monde du quartier
du Sentier
de Paris qui survit comme il peut avec ses amours, ses joies, ses
deuils et ses arnaques. Retenez donc le nom du réalisateur
: Frédéric Balekdjian, également scénariste
et dialoguiste, et qui avec ce premier film, manifeste un indéniable
talent et un goût pour les films noirs sociaux.
>> l
i t t é r a t u r e
Le
festival de films policiers de Cognac honore chaque année
la littérature policière. Le jury du Grand prix du
roman noir (Alain Bévérini, Alfred Eibel, Joelle Losfeld,
Claude Mesplède et Jean-Louis Touchant), a attribué le
prix étranger à George Pelecanos pour son roman Soul
Circus. En son absence, Robert Pépin, bien connu
pour ses traductions, reçut le prix car il dirige la collection Seuil
policiers qui éditera les prochains romans de
Pelecanos.
 |
De
gauche à droite : Jourdain, Lehane et Mesplède |
Dans
le domaine français, le prix couronna L'Homme aux lèvres
de saphir de Hervé LeCorre. Emu, celui-ci reçut
son trophée des mains de Dennis Lehane. L'auteur de Mystic
River, présenté de manière sobre mais
efficace par son éditeur français, François Guérif,
fut ovationné par les festivaliers auxquels il exprima toute
sa joie d'être à Cognac rappelant au passage ses origines
modestes ("issu d'une famille de la classe ouvrière américaine").
J'ai
eu la chance de déjeuner avec Dennis qui incarne simplicité
et gentillesse. Toujours disponible pour répondre, toujours
attentif avec ses interlocuteurs, Dennis Lehane a conquis le festival.
Il devait poursuivre sa tournée européenne en se rendant
lundi 11 avril à Barcelone.
Chaque
année, c'est à Cognac que les éditions du
Masque décernent le prix du premier roman policier.
Pour 2005, Bernard Jourdain a décroché la palme avec
Dernier frisson. La récompense lui fut remise
par le gagnant de l'an passé, Jean-François Fournel.
>>
Visiter le site officiel
du festival
