Jean-Patrick Manchette (1942-1995)
et l’Histoire
Elfriede
Müller
Traduit
de l’allemand par Céline Chanclud
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Jean-Patrick
Manchette © Jacques Robert
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Manchette,
surnommé le Chandler1 français
ou bien encore le Rimbaud du polar2,
est devenu avec le temps une icône culturelle.
Il a renouvelé le roman noir français et a
transformé en
profondeur ou plutôt radicalisé le genre : "du
point de vue de l’écriture, à travers
la concentration linguistique du style, et du point de vue
du contenu, à travers
une politisation conséquente de la thématique"3.
Jean-Patrick Manchette, sympathisant de la gauche radicale,
a adhéré au
syndicat étudiant l’UNEF en 1960, a commencé à militer
pendant la guerre d’Algérie, puis s’est
engagé aux
côtés de La Voix communiste4 à Rouen,
et enfin, a participé aux événements
de 1968. A partir de 1965, il se rapproche des situationnistes.
Manchette gagnait sa vie
en travaillant comme professeur d’anglais. Parallèlement,
il a commencé à traduire des romans ainsi que
des essais et à écrire des scénarios
et des dialogues pour le cinéma ou la télévision.
Il a traduit 30 romans noirs de l’anglais, en partie
avec sa femme. Manchette n’a
pas commencé à écrire particulièrement
plus tôt que ses confrères. Il fut cependant
publié bien
avant et, pour cette raison, peut-être considéré comme
un précurseur et avant tout un auteur solitaire, qui
a influencé le
genre nouveau. Il a ouvert le chemin à une génération
de nouveaux auteurs, qui ne sont pas toujours parvenus à égaler
son talent littéraire ou qui ont abordé d’autres
thématiques ou sujets de fiction : Frédéric
H. Fajardie, Didier
Daenninckx, Jean-François
Vilar,
Thierry Jonquet, Jean-Bernard
Pouy, Dominique
Manotti et
beaucoup d’autres encore.
Manchette
a ancré le
roman noir dans la réalité et
n’a jamais penché pour la nostalgie et le
romantisme, contrairement à d’autres auteurs.
Les descriptions pittoresques des milieux parisiens ou
marseillais, comme
on les trouve chez Le Breton ou Simonin,
n’intéressaient plus Manchette.
Fidèle à la
révolte de 68, sa littérature est dirigée
tout d’abord contre les autorités ("La
première
démarche d'un auteur de romans noirs est en fait
de tuer (symboliquement) l'autorité et ses représentants
: le père ou le
patron"5).
Ainsi, sa première oeuvre,
L'Affaire N’Gustro6, parue
en 1971, fit l’effet d’une bombe : "Le
polar, pour moi, c'était – c'est toujours – le
roman d'intervention sociale très violent"7).
Manchette s’est inscrit
dans la tradition du roman noir américain des années
20. Comme dans les années 20, la contre-révolution
des années 70 triomphe dans le monde entier renouvelant
ainsi le roman noir. Toutefois, cette forme de roman n’est
que le substitut d’une révolution. Bien qu’il
soit difficile de rivaliser avec le cynisme des romans
de Manchette, ce dernier revient toujours
implicitement aux tentatives d’émancipation
de la gauche et défend, comme André Vanoncini l’a écrit,
les certitudes morales de mai 688.
L’œuvre
de Jean-Patrick Manchette n’est pas seulement constituée
de fiction, mais aussi de nombreuses critiques littéraires,
critiques de films et d’un essai de théorisation
du genre. Manchette a écrit
10 romans noirs. Il a incarné la génération
déçue
des militants de 68 comme aucun autre. Ceci explique
qu’une
partie du lectorat traditionnel de romans policiers l’ait
désavoué.
Le journal d’extrême droite Minute a
même
reproché à Manchette,
dans un article intitulé La Série Noire
va-t-elle-disparaître ?, d’être
responsable du déclin du roman
noir : "un
certain gauchisme de salon (représenté par
des) auteurs français comme le médiocre
et prétentieux Jean-Patrick
Manchette...(...)". "Que ces
messieurs se disent bien que le détective contestataire
et hostile à la
guerre du Vietnam, cela rase profondément les
amateurs de romans noirs"9).
Cependant, Manchette connaîtra très vite
le succès,
car il est parvenu à conquérir un nouveau
public de romans noirs, comme le suggère un article
du Monde de 1972 : "L'ultra-gauche à la
Série Noire")10. On peut dire que Manchette était à partir
de 1972 un auteur établi, qui pouvait vivre de
sa plume.
Le
Grand Prix de la littérature policière 1973 décerné à Manchette
pour son roman O dingos, ô châteaux
! assoit définitivement
sa reconnaissance. La revue spécialisée
Polar lui a consacré un
numéro spécial en 1980 et Claude Mesplède
a comparé son
originalité à celle de Simenon et bon
nombre de ses romans ont été portés à l’écran11.
En 1991, Manchette apprend qu’il est atteint
d’un cancer.
Il décède en 1995.
L’Affaire
N'Gustro – L’Histoire
pour narration
Son
premier roman est qualifié par
Jean-Paul Schweighaeuser12 du plus obsédant et
accompli de ses ouvrages. Manchette y traite en détail
d’un pan de l’histoire de façon
moins impressionnante que d’autres auteurs
de roman noir, qui ont commencé à écrire
après 1968. Toutefois,
ce premier roman porte sur un évènement
historique concret, l’affaire Ben Barka.
Les évènements
historiques : L’Affaire N'Gustro prend
pour thème l’enlèvement
du marocain Al Medhi Ben
Barka, membre de l’opposition.
Il s’était battu
pour l’indépendance de son pays et
avait été enlevé le
29 octobre 1965 à Paris par les services
secrets marocains, vraisemblablement avec la complicité du
gouvernement français,
puis torturé et assassiné13.
Après
l’indépendance
de 1956, le parti de Ben
Barka, Istiqlal, s’est
scindé en
deux fractions. Une fraction acceptait de participer
au pouvoir, mais la fraction démocratique
Union des Forces Populaires du Maroc,
quant à elle,
refusait d’occuper les postes de ministres.
Ben Barka appartenait à la
seconde fraction politique. Il a très rapidement
acquis une grande popularité, raison
pour laquelle il fut accusé d’avoir
organisé un
complot contre le roi Hassan
II. Il partit donc en
exil. Pendant son absence, le gouvernement marocain
condamna les exilés à mort.
Son assassinat fut orchestré par l’ancien
ministre de l’Intérieur, le général
Oufkir, qui se trouvait à Paris
le samedi 30 octobre 1965. Ahmed
Dlimi, le directeur
de la sûreté nationale
marocaine, et un certain Chtouki,
chef des services secrets marocains, se trouvaient également à Paris.
Le commissaire Maurice Bouvier a
conclu dans son enquête
que Ben Barka avait été arrêté par
deux policiers français, Louis
Souchon et
Roger Voitot. Ben
Barka est monté dans un
véhicule,
où se trouvait également
Antoine Lopez, un agent secret français. Ben
Barka a été conduit à Fontenay-le-Vicomte
(Essone) dans la villa d’une personne associée à l’affaire,
Georges Boucheseiche.
Puis on perd sa trace. Son corps n’a pas été retrouvé jusqu’aujourd’hui.
Le
3 novembre, l’ambassade marocaine donne
une réception
officielle en l’honneur du ministre de l’Intérieur,
Mohamed Oufkir, de
son homologue français,
Roger Frey et de l’ancien
préfet de
police, Maurice Papon,
qui sera également
le héros d’un autre roman noir (Meurtre
pour mémoire de Didier
Daeninckx). Parmi les suspects, on comptait
un journaliste et un réalisateur de film.
Figon, le réalisateur,
a publié ses
aveux dans le journal L'Express du
10 janvier 1966 : "J'ai vu
tuer Ben Barka". Figon affirme
avoir vu Oufkir assassiner
le membre de l’opposition
avec un poignard provenant de la collection d’armes
de ladite villa. Avec cette représentation,
Manchette balise également le genre en mutation
du roman noir, car, comme son confrère Paco
Ignacio Taiblo II l’a formulé : "Les
assassins sont les ministres de l'intérieur,
les chefs de la police. Ce sont eux"14.
Figon sera retrouvé mort à son
domicile peu de temps après, comme Butron,
le héros de
Manchette. La police conclura au suicide. La police
française
condamne Oufkir par
contumace à la prison à perpétuité.
Le juge Louis Zollinger condamne
12 autres personnes. La condamnation d’un
ministre étranger
par la justice française,
fait jusqu’alors unique en matière
de droit international, a gelé les relations
franco-marocaines pendant 12 ans. En 1975, le fils
de Medhi Ben Barka dépose
une nouvelle plainte. En 1982 seulement, le gouvernement
socialiste autorisera
M. Pinsseau, le juge
chargé de l’affaire, à consulter
les documents de la SDECE (les anciens services
secrets français) concernant
Ben Barka. L’enquête
est encore ouverte aujourd’hui.
De nombreux acteurs associés à cette
histoire ont entre temps disparus. Ainsi, Oufkir se
donna la mort le 16 Août 1972.
Il a été prévu en 2003 d’apposer
une plaque commémorative à proximité de
la brasserie Lipp, lieu de l’enlèvement.
Le maire de Paris a reçu
une demande à ce sujet. Les représentants
des Verts et le maire socialiste, M.
Delanoë,
ont accueilli cette requête
positivement15.
Le 18 avril, le conseil municipal de Paris a décidé d’attribuer
le nom de Mehdi-Ben-Barka à une place située à proximité de
la brasserie Lipp. Les représentants de
l’UMP
gaulliste se sont abstenus.
La
fiction : Mis à part
les dénominations (le ministre
de l’Intérieur se nomme Georges
Clémenceau
Oufiri) et le pays concerné (le Zimbabwe),
Manchette s’en tient
strictement aux faits historiques : "L'élément
documentaire, sans lequel il n'est pas de bon
polar"16. "Le
dire vrai", expression de Michel
Foucault, pousse également
Jean-Patrick Manchette, puis d’autres auteurs
après lui, à travailler
sur des cas refoulés de l’histoire.
Manchette travaille un peu à la façon
d’un
historien, avec les traces qu’il reste
encore à sa
disposition. Dans le roman de Manchette, le parti
des opposants politiques se divise également
en deux fractions. L’histoire est narrée
par un jeune fasciste membre de l’OAS,
Henri Butron. Il s’agit d’un
monologue intérieur. Celui-ci enregistre
ses aveux sur une cassette, qui sera finalement
détruite
par la police. Une grande partie de l’histoire
se déroule à Rouen, où Manchette
a commencé à militer contre la
guerre d’Algérie.
Butron sera assassiné par les services
secrets du Zimbabwe. La police française
maquille l’assassinat
en un suicide puis détruit la cassette
contenant l’aveu ainsi que les
clichés pris par Butron pendant l’enlèvement.
Un fait
particulièrement intéressant
: tout comme le massacre de centaines d’Algériens à Paris
le 17 octobre 1961, qui a par ailleurs inspiré Didier
Daenninck, l’affaire
Ben Barka a longtemps été étouffée
devenant même un sujet tabou. Dans L’Affaire
N’Gustro, Manchette
attaque ouvertement la presse, qu’il accuse
de s’être
rendue complice du pouvoir par son silence. Blasé et
direct, il s’en prend au Nouvel
Observateur,
dans son roman intitulé Le
Nouvel informateur.
Flashs
: Ce roman inhabituel, dont l’actualité semble
toujours aussi brûlante, contient déjà tous
les éléments
qui rendront le style de Manchette si direct
: "Magouilles
de la société capitaliste,
police corrompue, journalistes et intellectuels
de gauche
nullissimes,
ton volontairement agressif
et provocateur, mélange d'argot et
de style fleuri, références
littéraires constantes"17).
Toutefois, Manchette ne construira plus jamais
la trame
de ses romans à partir d’événements
historiques. Cela ne signifie pas pour autant
qu’il
ne fera plus jamais aucune allusion dans
ses 9 autres romans, mais il procèdera
plutôt par flash ou référence.
L’historiographie,
sujet prisé par d’autres auteurs
de romans noirs après
1968, n’apparaîtrait chez Manchette
plus que dans Que d'OS !18 et
son roman fragmentaire La
Princesse du sang19.
A la fin de sa vie, Manchette remet de
nouveau l’Histoire
au centre de ses romans. Au début
des années
90, il prévoyait d’écrire
un cycle de romans sur les années
80 : Les Gens du mauvais temps. Il
ne reste malheureusement
qu’un
fragment, que son fils achèvera
d’écrire après sa mort
: La Princesse du sang.
Dans Que d'Os !,
Manchette prend pour thème
la collaboration qu’il traite de
manière
burlesque. Un ancien collaborateur, aujourd’hui
devenu trafiquant de drogue, fait enlever
sa fille. Le journaliste juif Haymann aide
Tarpon,
un détective
privé incompétent
en lui apportant ses connaissances sur
l’occupation
allemande et le national-socialisme. A
l’inverse
de l’Affaire N'Gustro,
il ne s’agit pas d’un incident
historique concret mais de crimes commis
de nos jours (enlèvement
et trafic de drogue) qui conduisent à des
crimes irrésolus du passé (la
collaboration).
Dans
La Princesse du Sang, le personnage principal
est une jeune femme, la
photographe Ivory
Pearl, qui rend visite à l’agent
secret anglais Samuel Farakhan, qui
l’avait
recueillit pendant la Seconde Guerre
mondiale. Ce roman incomplet
est un tour de force,
un voyage à travers l’histoire
mondiale. L’anti-héros,
Aaron Black, aujourd’hui marchand
d’armes,
a passé deux
ans à Buchenwald. Il était
membre du KPD (Parti communiste allemand),
avait pris
part à la
révolte de Hambourg,
où il était responsable
de la distribution des munitions. Lors
de
la guerre d’Algérie,
Black a fourni des armes aux rebelles,
bien qu’il
travaillait alors pour les services
secrets. En voulant faire un reportage
sur Black,
la photographe, replonge
ainsi dans son passé incandescent.
A l’origine,
cette intrigue met en scène
un anti-héros
survivant du national-socialisme, thème
que Thierry Jonquet reprendra
dans Les
Orpailleurs20. Les événements
historiques sont abordés dans
leur dialectique. Ainsi évoque
t-il la torture et la mise en esclavage
d’anciens
membres de la résistance dans
la guerre d’Algérie,
sans pour autant développer
des évènements
historiques concrets dans le détail
comme pour L’Affaire N'Gustro.
Pourquoi
devient-on plus intelligent à la
lecture des romans de Manchette ? L’analyse
de la société la
plus pessimiste de Manchette repose
sur la critique marxiste de la valeur
et la critique situationniste de
l’industrie
culturelle qui menace aussi ceux
qui combattent la société.
Il se qualifiait lui-même comme
un auteur de référence,
dont les références
ne sont pas toujours très évidentes.
Manchette utilise des références
théoriques
(Debord, Trotzki, Hegel, Reich)
et littéraires
(Baudelaire, Leiris)
sous forme de collage, un peu à la
façon de Walter
Benjamin dans Le
Livre des Passages (Passagen-Werk).
Manchette introduit la fragmentation
de l’action
pour soutenir l’attention du
lecteur : "Le propos
de Manchette est d'éveiller
son lecteur, de le rendre plus lucide"21).
L’action
n’est
pas traitée de façon
linéaire
chez Manchette : dans L’Affaire
N'Gustro, le héros
meurt au début
sans que l’on sache pourquoi.
Manchette veut décrire un
milieu, un individu, qui milite dans
l’extrême
droite, et veut dénoncer la
raison d’Etat
: "D'ailleurs
l'ensemble du roman est une histoire
vraie à peine
déguisée22".
Manchette écrit
dans un style béhavioriste.
Le béhaviorisme est un courant
de recherche psychologique et sociale
fondé par
l’américain
J. B. Watson23.
Il étudie
le comportement des êtres vivants
et cherche à en
cerner les caractéristiques
psychiques et sociales. Le béhaviorisme
s’appuie sur les sciences naturelles
et se limite au comportement humain
empirique et
quantifiable.
Le
comportement sera ainsi interprété comme
le résultat d’un processus
d’apprentissage
par le schéma "stimulus-réponse".
Ce courant revendique l’objectivité et
sera culturellement influencé par
la journalisme et le cinéma.
Dans l’interprétation
de Manchette, le béhaviorisme
s’élève
contre un système de représentation
irréaliste,
contre la sentimentalité ou
encore contre la rhétorique
et la paresse du lecteur.
Les
personnages de
Manchette : Les
personnages de Manchette sont
des anti-héros
brisés, comme Eugène
Tarpon, ancien policier devenu
détective.
Il est incompétent,
sans culture et a laissé tomber
son métier
après avoir tué un
manifestant par mégarde.
Dans L’Affaire
N'Gustro, Butron, le
narrateur à la
première
personne est issu d’une
famille bourgeoise, une famille
de médecins
et il s’ennuie
: "J'ai rien à foutre.
J'ai une bagnole. J'ai du pognon"24.
Il pense ainsi se sortir intact
du jeu morbide auquel il a participé.
Cependant, il n’est que
le simple rouage d’une
grande manipulation, dont les
protagonistes l’utilisent.
Ils se débarrasseront
de lui sans pitié. Tout
comme Gerfaut, l’anti-héros
de Le Petit Bleu de la
côté ouest,
Butron est en proie à une
crise existentielle. Tous les
héros
de Manchette ont, non seulement
perdu leurs d’idéaux,
mais aussi leur identité.
Peut-être est-ce la raison
pour laquelle ils sont tous voués à l’échec,
sans exception. Dans les romans
de Manchette, l’existence
individuelle se limite surtout
au bon fonctionnement de l’engrenage
du système
capitaliste.
En
1977 paraît Le
Petit Bleu de la côté ouest, une
attaque frontale contre la
société capitaliste. Georges
Gerfaut, un cadre supérieur
marié, malheureux, car
sans idéaux, est poursuivi
par des tueurs. Dans ce texte,
la critique de la valeur de Marx atteint
son paroxysme, car le personnage
du roman, Gerfaut, n’est
rien d’autre qu’un
jouet aux mains des rapports
de production. Les adaptations
cinématographiques
de ses œuvres, réalisées
en autre par Chabrol,
ont toujours été critiquées
et refusées par
Manchette, fidèle à la
tradition situationniste. Dans
les années 80, Manchette
connaît un passage à vide
: "Il m'a semblé qu'on était
battu en France, en Espagne,
qu'on avait été battu
au Portugal, battu en Italie
et que le mouvement polonais était
en train de se faire battre.
En 80, en France, on venait
d'élire un immonde
président de gauche
qui avait déjà essayé de
prendre le pouvoir en 68, qui
avait raté heureusement.
Enfin ce coup-ci, il était
arrivé. C'était
terminé,
on était entré dans
les sales années 80
et je ne pouvais plus écrire."25
Pour
résumer, nous pouvons constater que Manchette a abordé dans
ses romans presque tous les thèmes historiques inhérents
au XXième siècle. Il en fait des références.
Ne prenons qu’un seul exemple : L'affaire
N'Gustro. Il (re)construit
ici un évènement historique, qui attend toujours d’être élucidé et
investit par l’histoire. Les personnages de Manchette sont de
purs anti-héros à la seule exception près
de Tarpon.
Manchette,
auteur phare de romans noirs des années 70, genre
qu’il a su, à cette époque,
renouvelé avec
succès, et qu’il
remet en question juste
après
son établissement,
restant ainsi fidèle à la
tradition situationniste.
Manchette est également
celui qui, chronologiquement,
a été au
plus près des événements
de mai 68 et qui en 1976
croyait toujours à la
possibilité d’une
révolution sociale
comme celle qui fut menée
en 6826. Faute de révolution
s’opère cependant
une mutation fondamentale
dans le roman noir français,
mutation amorcée
par Manchette. Enfin, force
est de constater que c’est
précisément
Manchette, qui refusait
ladite littérature établie,
qui a rehaussé le
niveau littéraire
du roman noir, amorçant
ainsi son intégration à la
littérature générale.
1 Gérault, Jean-François: Jean-Patrick Manchette. Parcours
d'une œuvre. Paris
2000. S. 6. | retour |
2 Gérault, S.
7. | retour |
3 Brenner, Rudolf: Die
Entwicklung des modernen
französischen
Kriminalromans. In: Compart, Martin und Thomas Wörtche (Hrsg.):
Krimijahrbuch 1990. Köln
1990. S. 102f. | retour |
4 Einer libertär-trotzkistisch geprägten
Zeitschrift. | retour |
5 Gérault, S.
88. | retour |
6 Série Noire
1407 | retour |
7 Manchette, Jean-Patrick: Chroniques. Paris 1996. S. 12. | retour |
8 Vanoncini, André:
Le Roman policier. Paris
2002. S. 104. | retour |
9 Minute, 20 mars 1974. | retour |
10 Le Monde, 7 décembre 1972. | retour |
11 Nada 1973 von Claude Chabrol, Folle à tuer 1975 von Yves
Boisset, Trois hommes à abattre
1980 von Jacques Deray,
Pour la peau d'un flic
1981 von Alain Delon,
Le choc 1982 von Robin
Davis
und Polar 1983 von Jacques
Bral. | retour |
12 Schweighaeuser, Jean-Paul:
L'Affaire N'Gustro de
Jean-Patrick Manchette.
Fiche Roman n°54. In: Encrage n° 01/02/1986.
S. 33f. | retour |
13 Vgl. Daoud, Zakya
und Maâti Monjib: Ben Barka. Une vie, une
mort. Mesnil-sur-l'Estrée 2000. 14 Derogy, Jacques und Frédéric
Ploquin: Ils ont tué Ben Barka. Paris 1999. Guérin, Daniel:
Les Assassins de Ben Barka. Dix ans d'enquête.
Paris 1975 und 1982.
Arnaud, Robert auf France
Inter: L'affaire Ben
Barka,
Sonntag
den 25. Oktober 2000.
Perrault, Gilles: Notre
ami le Roi. Paris 1990.
Violet, Bernard: L'affaire
Ben Barka. Paris 1995.
Intervention
de la
famille de Medhi Ben
Barka aux rassemblements
du 29 octobre 2003. In:
Yabiladi, 30.10.03. |
retour |
14 Taibo II , Paco Ignacio. In: Du drapeau rouge au roman noir. S.
71. | retour |
15 En mai 2004, un ami,
le journaliste Oliver
Morel, était à la
recherche de cette plaque commémorative. Il s’est rendu
dans la brasserie Lipp et s’est renseigné. Les serveurs
n’avaient jamais entendu le nom de Ben Barka mais ça rappelait
toutefois quelque chose au gérant. Il demanda alors : « Ca
n’aurait pas un rapport avec le terrorisme? » |
retour |
16 Manchette, Jean-Patrick:
Alive and kicking. "Polars",
charlie mensuel n° 135,
avril 1989. In: Chroniques,
S. 122. | retour |
17 Gérault, S.
19. | retour |
18 Super Noire 51, 1976. | retour |
19 Rivages Thriller 1996. | retour |
20 Série Noire 2313, 1993. | retour |
21 Gérault, S. 57. | retour |
22 Gérault, S. 57. | retour |
23 J.B. Watson: Psychology from the standpoint of a behaviorist.
New York 1919. | retour |
24 Manchette: L'affaire N'Gustro. S. 91. | retour |
25 Manchette, Jean-Patrick. In: Du drapeau rouge au roman noir.
L'œuf
1997. S. 63. | retour |
26 Manchette, Jean-Patrick:
Cinq remarques sur mon
gagne-pain. In: Les Nouvelles
littéraires, décembre
1976. | retour |