le polar européen en ligne de mire

n°2 Juillet-Août-Septembre 2005

 

 

Ca fait comme l’effet d’une gifle.
Ce qui rend l’oeuvre de Jean-Patrick Manchette
aussi exceptionnelle.

Exposé de Tobias Gohlis présenté à l’Institut Français de Francfort
à l’occasion du 10ième anniversaire
de la mort de Manchette, le 21 mai 2005.

 

En feuilletant d’anciennes revues, je suis tombé sur un essai de 1989 joliment intitulé « La foudre du crime ». Dans cet article, l’auteur se gausse des critiques littéraires, qui, lorsqu’ils se mettent à écrire sur le roman noir, évoquent invariablement les mêmes auteurs : „Chandler, Hammett, Simenon, Highsmith, et éventuellement Jim Thompson. A cela s’ajoute un bazar littéraire, qui prend sa source à Edgar Allan Poe pour se finir à Eco. L’auteur n’aura vraisemblablement jamais entendu parlé de Jerome Charyn ou de Chester Himes.“

C’était en 1989. Le connaisseur ainsi croisé de « La foudre du crime », oppose les New-yorkais, Charyn et Himes, aux incontournables classiques, Chandler et Highsmith. Mais il aurait également pu évoqué l’auteur français Jean-Patrick Manchette afin de témoigner du nouveau roman noir.

Toujours est-il qu’en 1989 il existait déjà trois traductions allemandes de Manchette : Le petit bleu de la côte ouest (Killer stellen sich nicht vor) paru en 1983 ; Nada était disponible en Allemagne depuis 1986, et La position du tireur couché (Die Position des schlafenden Killers), le dernier roman de Manchette traduit en allemand et paru en 1989 chez Bastei Lübbe.

En premier lieu, remarquons que les titres de ces premières traductions ne sont pas fidèles : Manchette a été introduit comme un auteur affectionnant la grossièreté, un auteur en contact avec des tueurs, un auteur fanatique d’armes et de violence.

Et aujourd’hui ? On peut supposer que le même critique littéraire parlerait à nouveau de Chandler, de Hammett et de Highsmith, du « Soupçon » de Dürrenmatt et, si c’est l’année de Schiller, de son roman « Criminel par infamie » et peut-être encore de Glauser ou du phénomène Wallander. Mais sur Manchette rien. Une poignée, à peine, de critiques littéraires sait qu’une nouvelle édition des romans de Jean-Patrick Manchette est éditée en allemand depuis 2000 par la maison d’édition de Heilbronn, Distel Literaturverlag. Je pourrais alors me contenter de prendre ce piètre accueil à la légère et de justifier cela par le dédain que les feuilletons traitant de l’art noble réserve habituellement au roman noir. Mais ce n’est pas si simple que cela. Car nous, allemands, il est difficile de comprendre Manchette.

Comme d’immuables fragments de roche reposant sur une tombe, les verdicts de Manchette, par ailleurs théoricien et critique, pèsent sur son oeuvre. Dans ses « Chroniques », qui vont être diffusées en allemand sous peu, Manchette, plein d’esprit, désespéré et toujours aussi sceptique a fait part du dilemme auquel le genre, qu’il avait renouvelé en France, est confronté.


Autocaricature


Dans L’Affaire N’Gustro, son premier roman, (Manchette avait auparavant co-signé Laisser bronzer les cadavres avec Jean-Pierre Bastid), Manchette tourne un fumier en dérision, Henri Butron. Plusieurs éléments - 1942, sa date de naissance, et Rouen, la ville de ses révoltes pubertaires au lycée - font de ce personnage l’alter ego de Manchette. Les agissements et les opinions du personnage caricature Butron en un parvenu à l’esprit étriqué, devenu rebelle par ennui. Le milieu petit bourgeois dont il vient le blase profondément, il hait l’école ; le marxisme, très présent autour de lui, le blase également « Dieu n’existe pas et le marxisme est une duperie », déclare t-il. Butron vole une voiture, dont il a faillit tué le propriétaire et parvient à échapper à la prison en effectuant son service militaire. Il s’engage ensuite sur la scène de l’extrême droite. Ce passé, que le revenant bricole avec frénésie afin d’impressionner les femmes, intéresse une journaliste ainsi que Hourgnon, le directeur de publication de la revue mensuelle « Contemporanéité ». Il est facile de faire un lien avec Sartre et sa revue « Les Temps modernes ». Un jour, l’ambitieux Butron a le déclic et va se mettre à écrire sur sa vie. Les auto-accusations et les angoisses de cet homme qui se prend pour un écrivain apparaissent comme une conjuration des démons de Manchette.

« La Culture, elle est morte » lance Butron à la journaliste. Elle (d’un ton sublime, néo-existentialiste) lui répond : « Tu recrées tout ce qui t’entoure en le filtrant dans le prisme de ta subjectivité ». Lui : « Ca fait rien de vivant, ça, ça fait juste du pognon ». La forme autodénonciatrice de la caricature reflète la nostalgie de Manchette, pas parce que l’Art ça fait du pognon, mais parce qu’il veut créer quelque chose de vivant.

 

Grands modèles, fade réalité

Quelques années plus tard, Manchette, qui, depuis ses débuts, a publié 8 romans noirs grandioses, dont Nada, un adieu aux illusions du combat armé porté à l’écran par Chabrol, insiste en 1978 sur la différence entre les grands modèles et son travail (citation tirée des « Chroniques ») :

« Car on a changé d’époque. Le polar de la grande époque était le soupir de la créature opprimée et le coeur d'un monde sans coeur, comme dit l'autre. Mais, à présent, la créature opprimée ne soupire plus, elle incendie les commissariats et tire dans les jambes des étatistes. Du coup, le roman noir devient une futilité (plaisante futilité, certes, que nous avons plaisir à lire pour notre distraction) dans les trains que nous prenons. Et tant mieux si les romanciers nous racontent des massacres de flics et d'étatistes, mais dans un temps où le désordre est revenu partout, où l'on attaque des banques en Chine, sapristi, la représentation pâlit devant la réalité ! Le roman noir, bref, était un chant tragique ; il ne l’est plus. Quand le monde a cessé d’être frivole, les polars le deviennent ».

Manchette est un personnage tragique. Alors qu’au début des années quatre-vingt, le monde perdaient à nouveau de ses couleurs et que la réalité renvoyait tous les rêves des révolutionnaires aux plages des vacanciers saisonniers, les romans noirs, eux aussi, se faisaient fades. Le divertissement a remplacé la révolution. Manchette, travailleur infatigable (il publiait un roman noir par an ainsi que des traductions, des scénarios et des critiques) devient malade, dépressif et se terre chez lui. Afin de pouvoir continuer à écrire des critiques de film, Manchette, phobique, envoie son fils au cinéma. Plus rien ne renvoie Manchette à cette réalité. C’est comme si il avait déjà accomplit son devoir. Il n’a jamais accepté les trivialités. Manchette méprise les « néo-polars », qui suivent apparemment l’exemple de ses bouquins (il les appelle ainsi lui même) : il les considère comme bien pensé mais sans réelle portée. Il pense en effet qu’il ne suffise pas que les gentils soient de gauche, et les méchants d’extrême droite, pour écrire un bon bouquin.

 

Le savoir-faire de Manchette

En tous cas, Manchette a toujours su comment il fallait faire. Cela m’a semblé évident dès les premières lignes que j’ai lues. L’Affaire N’Gustro a été le livre qui a déclenché ma passion pour Manchette. J’ai lu l’ancienne traduction de Rudolf Brenner et j’ai été véritablement époustouflé.

A cette époque, les revues culturelles s’affairaient avec enthousiasme autour d’un cadre moyen arrogant, Michel Houellebecq. J’ai appris à travers Manchette à connaître cet arrogant dandy de Butron, et c’était comme si je faisais soudainement face dans un musée à l’original d’une toile dont je n’avais vu jusqu’ici qu’une pâle copie imprimée.

L’Affaire N’Gustro était « le chef-d’oeuvre de compagnon » de Manchette. On peut la considérer comme un roman clé abordant une de ces affaires sordides impliquant par l’appareil d’Etat français qui tente de recouvrir la splendeur coloniale traditionnelle tout en tenant compte des nouvelles conditions imposées par l’indépendance.
En octobre 1965, le marocain Ben Barka, un membre de l’opposition qui menace la souveraineté du roi Hassan II avec son mouvement démocrate, est arrêté par deux policiers français. La suite des événements a été éclaircie il y a quatre ans seulement, grâce aux aveux d’un des deniers témoins encore en vie : Ben Barka a été torturé dans une villa aux environs de Paris en présence du ministre de l’Intérieur marocain, Oufkir, et du chef des services secrets, Ahmed Dlimi. On ne sait toujours pas aujourd’hui ce qu’il est advenu de son cadavre.

Le français attentif pouvait déjà, en 1971, lire chez Manchette la plupart des éléments de l’histoire. Dans ce roman, le ministre bourreau se nomme Oufiri, et le chef des services secrets, Jumbo. Ce dernier, ancien étudiant de la Sorbonne, comble son manque de pouvoir par des citations d’Hegel. Cela illustre bien l’humour sarcastique de Manchette. Chez l’auteur, les bourreaux ne sont pas les sbires d’un pouvoir absolu, mais les représentants légitimes d’un gouvernement établi au pouvoir par une révolution menée au « Zimbabwin ». Aujourd’hui, ces représentants veulent empêcher par tous les moyens l’évolution vers l’indépendance et la démocratie. Cela prouve combien Manchette était clairvoyant ! A cette époque, je manifestais encore valeureusement pour Robert Mugabe, qui, entre-temps, s’est transformé en un terrible despote.

 

Le roman d’éducation d’un mort

Manchette a fait preuve de raffinement en écrivant cette histoire, encore brûlante au moment de la publication. Il n’a pas choisit, comme on aurait pu s’y attendre, d’écrire un thriller politique, dans lequel l’intrigue se développe souvent autour d’attentats, qui sont démasqués ou encore déjoués. Non, L’Affaire N’Gustro est le roman d’éducation d’un mort. Le mort n’est pas le membre de l’opposition politique, N’Gustro, mais Henri Butron, que nous avons déjà mentionné un peu plus haut. Il est accroupi quelque part dans une maison clandestine et s’enregistre sur une bande magnétique, qui pourra le protéger de ses persécuteurs, c’est du moins ce qu’il espère si l’on en croit ses derniers mots. Mais l’enregistrement à peine fini, il sera abattu par deux agents secrets qui s’étaient infiltrés dans la maison. Ces derniers prennent la bande et remettent les clés de la maison à la police qu’ils ont contactée. Ainsi commence le roman.

On peut clairement penser que Manchette s’est inspiré de la pièce de théâtre de Samuel Beckett. Dans La dernière bande, Krapp écoute sur une bande audio les longs fragments de son histoire qu’il a enregistrés tout au long de sa vie, jusqu’à ce que sa médiocrité éclate au grand jour. Chez Manchette, les mensonges enregistrés par Butron, professés par ailleurs avec la préciosité d’un parvenu, racontent son ascension sociale depuis le vol de voiture, jusqu’à ses rencontres avec les cercles intellectuels qui affectionne tant les rebelles, les réalisateurs de porno (Houellebecq, je te vois venir avec tes gros sabots !) ainsi que son rôle d’appât involontaire lors de l’enlèvement de N’Gustro. Ces confessions n’ont qu’une fonction : prolonger les souffrances de N’Gustro, pendu par les pieds dans la cave de la villa. C’est seulement après avoir écouté la bande jusqu’à la fin et déclaré que Butron avait parfaitement rempli le rôle d’idiot naïf qui lui avait été assigné, que Oufiri se rend dans la cave avec une baïonnette afin d’y poignarder sa victime.

 

L’histoire est une bande vierge qui tourne

La bande contenant les enregistrements est détruite par les zimbabwéens. Du fanfaron Butron, il ne reste plus qu’un tas de chair et ses rêves d’esthète froid à la Ernst-Jünger-haften. Un modèle que Manchette a maintes fois repris. Ainsi les déclarations du groupe de libération ont été effacées avant d’avoir été entendues. De manière encore plus probante, Martin Terrier dans « La position du tireur couché » est condamné au silence. Dans ce roman, le plus abouti, Manchette raconte l’histoire d’un homme, qui parvient à réaliser son ascension sociale en devenant tueur professionnel. Lorsqu’il décide de se retirer du métier, il est entraîné dans un tourbillon de violence. Les proches d’une ancienne victime veulent se venger de lui. Ses anciens chefs veulent par tous les moyens le contraindre à commettre un dernier crime. Il perd non seulement son chat, sa maison, ses économies, son ancienne copine, mais aussi la voix en découvrant son amie dans les bras d’un agent secret adverse. Il est atteint à la tête et aux poumons lors d’une épreuve de force l’opposant aux services secrets qui l’ont par ailleurs manipulé toute sa vie et qui, désormais, veulent lui faire porter le chapeau pour l’attentat, qu’ils ont fait avorter. La balle lui reste dans la tête : il est estropié comme son père, qui lui aussi, après la guerre, a vécu avec du plomb dans la tête. Et pour couronner le tout, on lui dicte une de ces biographies typiques d’anciens agents, une biographie à la « Je trahis tout le monde» , dont la publication sera annulée après qu’il ait appris par coeur, pour l’étape suivante, ce document falsifié.

La réponse à la jolie phrase de la journaliste ne pouvait pas être plus sarcastique : « Tu recrées tout ce qui t’entoure en le filtrant dans le prisme de ta subjectivité ».

Les personnages de Manchette, lors de leur ascension sociale, partent du néant, des classes moyennes, percent dans un univers de violence pour s’évanouir après cette courte apparition. En étudiant ces personnages, il me vient à l’esprit une phrase de Mao Tse Tung prononcée à l’ouverture de la révolution culturelle : « La rébellion est justifiée ! ». Cette phrase commentée par les protagonistes de Manchette : : « Mais on est pas au courant ». Seule leur disparition dans le silence est stoïquement rapportée.

 

Révolutionnaire langagier, pessimiste littéraire

Manchette fut célébré en France comme un novateur du polar. Il a assuré une mutation vers une littérature critique de la société dans l’esprit de l’école américaine hard-boiled. Lui même se considère très nettement comme un successeur de ce courant dont la tâche consiste à transmettre les acquis littéraires des américains, leurs vérités, leur lucidité, leur écriture sans ambages et leurs visions pessimistes des comportements actuels. Les conséquences sont radicales, non pas dans un sens politique du terme mais dans un sens esthétique. Mis à part deux romans, dans lesquels le personnage du détective privé s’adonne à une activité plutôt désastreuse et sans avenir, Manchette renonce totalement aux personnages, dont l’ivrognerie, la mélancolie et la fidélité au client, témoignent des restes d’une moralité quasi disparue, qui se limiterait à quelques individus.
Manchette ne connaît pas de héros. Impitoyable, il condamne au silence les dernières confessions et les derniers messages de ses protagonistes.

Le cantique des cantiques de l’élucidation, qui console le lecteur des défaites essuyés par les détectives, retentit chez Manchette de façon amoindrie et brouillée. Ses personnages sont introduits dans des intrigues, où ils se battent pour survivre. Ils s’en sortent plus ou moins bien, selon la construction de l’intrigue ; en fin de compte ils ne sont pas méchants. Mais suite à ce combat, il ne reste rien que la mort et l’épuisement. La vie tourne en rond, l’expression du moi disparaît sur des bandes rendues inutilisables. Mais l’action, au moment où la violence atteint son paroxysme, ne permet pas la libération. Ce pessimisme trouve son écho le plus mélancolique dans la structure narrative de Le petit bleu de la côte ouest.

Dans Le petit bleu de la côte ouest, Georges Gerfaut est un cadre moyen, qui une nuit vient en secours à un blessé sur l’autoroute. Quelques temps plus tard, il est poursuivit par deux tueurs. Il prend la fuite, manque d’être assassiné par un vagabond et atterrit dans le Massif central chez un homéopathe. Le roman finit comme il a commencé. Gerfaut, le cadre moyen roule à 145 km/h sur le périphérique (dont la construction vient d’être achevée) et il se soule au jazz de la côte ouest américaine. Auparavant il a tué deux personnes.

Dans Fatale, d’une façon tout aussi pertinente, Manchette désillusionne les lectrices éprises d’émancipation. Aimée Joubert, une des premières femmes fortes du roman noir, tueuse professionnelle, se rend dans la province française, tabasse la bourgeoisie locale à coup d’éros et de dénonciation, zigouille quelques riches et continue son chemin avec quelques cent mille francs dans son attaché-case. Elle se fait descendre un peu plus tard par une femme cupide : libération de la femme à la Manchette.

 

Pas de fascination ? Nulle part ? Oh, si...

Peu d’éclaircissement, des héros auxquels on ne peut pas s’identifier, pas de réhabilitation de la justice qui pourrait venir consoler le lecteur, un pessimisme et un scepticisme proche du mépris de l’humanité. Mais qu’est ce qui rend alors, me demanderez vous, les romans de Manchette si pénétrants ? Pourquoi nous est-il impossible de reposer ces romans une fois commencés ? Oui, Manchette n’est pas un auteur de masse, il savait pertinemment, que ses romans noirs intéresseraient une minorité. Mais quel projet ! Son instinct pour l’action, le timing, l’atmosphère et les scènes reste inégalé. Son style est sans ambages et dépourvu de tout sentimentalité. Un style effarant. Ses intrigues excluent toute prévisibilité. Rien ne se déroule comme nous l’avions prévu, bien qu’aucun des protagonistes ne parvienne dans le roman à se libérer de son rôle prédéterminé et de son destin social.

 

Cubiste du polar

Ce qui me fascine le plus chez Manchette, c’est ce « regard cinématographique » narratif. Bien que presque tous ses romans aient été portés à l’écran, bien que ses scénarios aient été loués, je considère que les romans de Manchette ne se prêtent pas à une mise en scène. Seule la littérature peut rendre l’essence de ses narrations de façon aussi profonde et efficace. Alors que presque tout l’ensemble des romans noirs repose sur le fait qu’une perspective narrative, ou mieux dit, que la perspective des personnages (du détective ou du gangster) maintient le suspens, Manchette, le narrateur omniscient, modifie constamment la micro-perspective.

La façon dont Manchette éclaire ses personnages de derrière, de devant, de l’intérieur et de l’extérieur, ressemble au procédé des cubistes, à leur façon de porter sur une surface un même motif vu de devant, de derrière, de côté. Manchette change la perspective de phrase en phrase. La pièce, qui sera scrutée par une victime en cavale, sera dans la phrase suivante représentée sous l’angle de vue d’une caméra de surveillance. A cela s’ajoute un commentaire distancié sur la couleur des gouttes de sueur ou la vitesse de tir d’un Heckler&Koch semi-automatique.

Ainsi le suspens se concentre totalement sur l’action : qu’est ce qui va se passer ensuite ? Mais sans pour autant se noyer dans l’action. Le sarcasme, l’humour et l’ironie de l’auteur renforcent la distance « multiperspectiviste ».

En tant que lecteur, nous sommes constamment menacés d’être emportés par le rythme effréné auquel les personnages de Manchette provoquent leur chute. La seule chose qui nous soutient, mis à part l’accoudoir, c’est de recevoir en pleine face la conscience de notre présent, cool et sans espoir. Sa couleur, noire.

Manchette était fier que son patronyme comporte un double sens : « gros titre d’un journal » et « coup donné du revers de la main ». Même si les positions politiques ont évolué depuis 1970, l’oeuvre de Manchette reste actuelle comme au premier jour, par son refus entier de toute réconciliation avec une quelconque classe dirigeante ou idéologie, ainsi que par sa radicalité stylistique. Et en ce qui nous concerne, nous, Allemands, nous le devons aux traductions exceptionnelles de Christina Mansfeld et Stefan Linster. Qui n’a pas lu Manchette, ne sait à quel point ses romans sont formidables.

 


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