Origines. Il
convient bien sûr de commencer par le rôle pionnier
et constructeur de l’expérience politique du Front populaire
: La revendication a jailli des grèves de mai-juin 36 car
le mouvement ouvrier était traditionnellement plus préoccupé du
chômage et les "vacances payées" (expression usuelle
jusqu’au projet Blum) ne figurent qu’en
retrait dans les mots d’ordre du 1er mai. Suite aux grèves,
juin 36 est une période d’intense activité législative
pour répondre aux revendications exprimées : Le texte
sur les conventions collectives et les congés payés
- quinze jours - est adopté le 11 juin 36, suite aux accords
Matignon du 7 juin. La loi est immédiatement applicable au
1er juillet, et un décret d’application du 1er août
rend la mesure effective, d’où le mythe de l’été 36.
Grâce à l’action imaginative du ministre Léo
Lagrange, des négociations sont mises en place avec les compagnies
de chemin de fer - la SNCF n’existe que suite aux nationalisations
de la Libération - et un "billet populaire de
congé annuel" est
institué.
Concrètement,
du 2 août au 31 décembre
36, 360 000 billets ont été délivrés.
L’été 36 est aussi la saison des premiers grands
départs en bicyclette et en tandem : "j’ai
vu les routes couvertes de théories de « tacots »,
de motos, de tandems, avec des couples d’ouvriers vêtus
de pul-overs assortis et qui montraient que l’idée
de loisir réveillait chez eux une espèce de coquetterie
naturelle et simple..." ( Discours de L.Blum devant la cour
de Riom, 1942 ).
Ce mouvement s’accompagne de la vogue des auberges des jeunesse.
L’origine n’est pas française, mais remonte aux
années 20 en Europe centrale, le concept a été implanté en
France par Marc Sangnier avec une imprégnation confessionnelle.
Le mouvement est donc laïcisé, sous le patronage du SNI
- syndicat national des instituteurs - de la ligue de l’enseignement,
de la CGT, et de la Fédération des Municipalités
Socialistes. Le CLAJ - centre laïque des auberges de la jeunesse
- compte 229 unités en 1936. L’expression "salut
les Copains" anticipe les années 60 de D.Filippachi,
les jeunes alors chantaient "Allons au devant de la
vie / Allons au-devant du matin."
Il
faut cependant rester objectif et prendre conscience de
la mythologie qui s’est formée sur les départs
de 1936, des études
lilloises montrent que
les villes ouvrières
du Tarn, ou de l’Aveyron montre que le phénomène
reste surtout parisien et qu’à l’échelle
du pays les départs ont été peu nombreux.
Une petite minorité préférant même
s’adonner à un
travail rémunéré dans un autre établissement
tant l’institution des congés payés bouleverse
les habitudes.
1936
est un point de départ davantage qu’un
"grand bond en avant", départ d’une
sorte de "révolution
culturelle" qui prend sa véritable dimension
après
la Libération et dans les années 1950-60.
Développement. Les
lois sociales de la libération prises par le GPRF - Gouvernement
Provisoire de la république Française à majorité gaulliste
et communiste confirment cette forte inflexion sociale inaugurée
en 1936.
Puis, à partir des années 50, l’aiguillon de
la croissance des Trente Glorieuses, la hausse du confort et du pouvoir
d’achat, le levain du baby-boom, le recul de la ruralité constitutifs
de la "société d’abondance" expliquent
l’essor des loisirs après la seconde guerre mondiale.
Les congés payés restent bien sûr une avancée
sociale mais participent aussi du système de la consommation
de masse ; les congés entraînent de nouveau besoins,
développent le secteur tertiaire et le tourisme en particulier
après les années 60. Le nombre de semaines progresse
régulièrement, quelle que soit d’ailleurs la
majorité politique.
Néanmoins les troisième, quatrième et cinquième
semaines de congés payés correspondent plutôt à des
gouvernements à coloration sociale, à droite comme à gauche.
3ème
semaine : 1956 sous la IVème République
- gouvernement socialiste de Guy Mollet.
4ème semaine : 1969 - projet de nouvelle société du
premier ministre de Pompidou, Jacques Chaban-Delmas qui peut être
perçu comme une forme de réponse aux revendications
de Mai 68.
5ème, le changement, avec François Mitterrand et
le 1er ministre P.Mauroy.
Les
français sont donc de plus en plus nombreux à partir
en vacances. Cependant, au début des années 70,
environ 5 millions de personnes - OS, petits paysans - ne participent
pas à cette
société de bien-être.
L’automobile
accompagne ce mouvement et remplace le train ou les vélos.
La 4CV Renault présentée au salon
de 1946 devient la voiture de toutes les catégories sociales.
D’objet de luxe, elle devient un bien répandu et un
instrument de loisir. La hausse du niveau de vie entraîne la
société vers
ce que les sociologues appelleront "la société des
loisirs". On pense à la chanson de Trénet
en 1955 Route Nationale 7 : "... De toutes les routes
de France d’Europe/ Celle que j’préfère
est celle qui conduit/ En auto ou en auto-stop / Vers les rivages
du Midi". Les
départs en vacance se généralisent : En 1956
2 français sur 7 seulement partent en vacances. En moyenne
ils ne s’éloignent pas de plus de 250 km de leur domicile.
25 ans plus tard, plus de la moitié des Français part
en vacances, dont 17% à l’étranger.
Aujourd’hui,
les congés payés sont à mettre
en relation avec la réduction du temps de travail. 39h en
1982 puis 35h depuis 2001.
Entre 1961 et 1981, le nombre de français à partir
en vacances a triplé.
Il faut tenir compte également du vieillissement de la population.
L’augmentation du nombre de retraités a également
développé la consommation de loisirs. De même
avec la multiplication et la diversification des pratiques culturelles,
la fréquentation des spectacles et des festivals.
La culture traditionnelle bénéficie d’encouragements
- MJC, Festival d’Avignon, action du premier ministre des
affaires culturelles, André Malraux ). Elle continue à attirer
une part croissante des français.
De même, la hiérarchie s’estompe entre une culture
dite « noble » et une culture plus populaire. Les politiques
de grands travaux, la promotion du patrimoine, des institutions
comme la fête de la musique vont dans ce sens. Il faut citer
ici, l’action de Jack Lang, ministre de la culture de 1981 à 1986,
puis de 1988 à 1993.
Ainsi, dans le cadre des congés payés et des RTT, les
français diversifient leurs séjours, souvent plus
nombreux et plus courts et croisent leurs pratiques en combinant
détente,
tourisme vert, découverte du patrimoine, ou de façon
plus classique balnéaire et sports d’hiver.
Bonnes
vacances.