le polar européen en ligne de mire
n°2 Juillet-Août-Septembre 2005

 

 

Les congés payés

 

Stéphane Lamotte, Les congés payés

Christian Ditfurth, Vapeurs en blanc

Salecina de Frieder Rörtgen, Des vacances pas comme les autres


Les congés payés

Stéphane Lamotte

Origines. Il convient bien sûr de commencer par le rôle pionnier et constructeur de l’expérience politique du Front populaire : La revendication a jailli des grèves de mai-juin 36 car le mouvement ouvrier était traditionnellement plus préoccupé du chômage et les "vacances payées" (expression usuelle jusqu’au projet Blum) ne figurent qu’en retrait dans les mots d’ordre du 1er mai. Suite aux grèves, juin 36 est une période d’intense activité législative pour répondre aux revendications exprimées : Le texte sur les conventions collectives et les congés payés - quinze jours - est adopté le 11 juin 36, suite aux accords Matignon du 7 juin. La loi est immédiatement applicable au 1er juillet, et un décret d’application du 1er août rend la mesure effective, d’où le mythe de l’été 36. Grâce à l’action imaginative du ministre Léo Lagrange, des négociations sont mises en place avec les compagnies de chemin de fer - la SNCF n’existe que suite aux nationalisations de la Libération - et un "billet populaire de congé annuel" est institué.

Concrètement, du 2 août au 31 décembre 36, 360 000 billets ont été délivrés. L’été 36 est aussi la saison des premiers grands départs en bicyclette et en tandem : "j’ai vu les routes couvertes de théories de « tacots », de motos, de tandems, avec des couples d’ouvriers vêtus de pul-overs assortis et qui montraient que l’idée de loisir réveillait chez eux une espèce de coquetterie naturelle et simple..." ( Discours de L.Blum devant la cour de Riom, 1942 ).

Ce mouvement s’accompagne de la vogue des auberges des jeunesse. L’origine n’est pas française, mais remonte aux années 20 en Europe centrale, le concept a été implanté en France par Marc Sangnier avec une imprégnation confessionnelle. Le mouvement est donc laïcisé, sous le patronage du SNI - syndicat national des instituteurs - de la ligue de l’enseignement, de la CGT, et de la Fédération des Municipalités Socialistes. Le CLAJ - centre laïque des auberges de la jeunesse - compte 229 unités en 1936. L’expression "salut les Copains" anticipe les années 60 de D.Filippachi, les jeunes alors chantaient "Allons au devant de la vie / Allons au-devant du matin."

Il faut cependant rester objectif et prendre conscience de la mythologie qui s’est formée sur les départs de 1936, des études lilloises montrent que les villes ouvrières du Tarn, ou de l’Aveyron montre que le phénomène reste surtout parisien et qu’à l’échelle du pays les départs ont été peu nombreux. Une petite minorité préférant même s’adonner à un travail rémunéré dans un autre établissement tant l’institution des congés payés bouleverse les habitudes.

1936 est un point de départ davantage qu’un "grand bond en avant", départ d’une sorte de "révolution culturelle" qui prend sa véritable dimension après la Libération et dans les années 1950-60.

Développement. Les lois sociales de la libération prises par le GPRF - Gouvernement Provisoire de la république Française à majorité gaulliste et communiste confirment cette forte inflexion sociale inaugurée en 1936. Puis, à partir des années 50, l’aiguillon de la croissance des Trente Glorieuses, la hausse du confort et du pouvoir d’achat, le levain du baby-boom, le recul de la ruralité constitutifs de la "société d’abondance" expliquent l’essor des loisirs après la seconde guerre mondiale. Les congés payés restent bien sûr une avancée sociale mais participent aussi du système de la consommation de masse ; les congés entraînent de nouveau besoins, développent le secteur tertiaire et le tourisme en particulier après les années 60. Le nombre de semaines progresse régulièrement, quelle que soit d’ailleurs la majorité politique. Néanmoins les troisième, quatrième et cinquième semaines de congés payés correspondent plutôt à des gouvernements à coloration sociale, à droite comme à gauche.

3ème semaine : 1956 sous la IVème République - gouvernement socialiste de Guy Mollet.
4ème semaine : 1969 - projet de nouvelle société du premier ministre de Pompidou, Jacques Chaban-Delmas qui peut être perçu comme une forme de réponse aux revendications de Mai 68.
5ème, le changement, avec François Mitterrand et le 1er ministre P.Mauroy.

Les français sont donc de plus en plus nombreux à partir en vacances. Cependant, au début des années 70, environ 5 millions de personnes - OS, petits paysans - ne participent pas à cette société de bien-être.

L’automobile accompagne ce mouvement et remplace le train ou les vélos. La 4CV Renault présentée au salon de 1946 devient la voiture de toutes les catégories sociales. D’objet de luxe, elle devient un bien répandu et un instrument de loisir. La hausse du niveau de vie entraîne la société vers ce que les sociologues appelleront "la société des loisirs". On pense à la chanson de Trénet en 1955 Route Nationale 7 : "... De toutes les routes de France d’Europe/ Celle que j’préfère est celle qui conduit/ En auto ou en auto-stop / Vers les rivages du Midi". Les départs en vacance se généralisent : En 1956 2 français sur 7 seulement partent en vacances. En moyenne ils ne s’éloignent pas de plus de 250 km de leur domicile. 25 ans plus tard, plus de la moitié des Français part en vacances, dont 17% à l’étranger.

Aujourd’hui, les congés payés sont à mettre en relation avec la réduction du temps de travail. 39h en 1982 puis 35h depuis 2001. Entre 1961 et 1981, le nombre de français à partir en vacances a triplé. Il faut tenir compte également du vieillissement de la population. L’augmentation du nombre de retraités a également développé la consommation de loisirs. De même avec la multiplication et la diversification des pratiques culturelles, la fréquentation des spectacles et des festivals. La culture traditionnelle bénéficie d’encouragements - MJC, Festival d’Avignon, action du premier ministre des affaires culturelles, André Malraux ). Elle continue à attirer une part croissante des français. De même, la hiérarchie s’estompe entre une culture dite « noble » et une culture plus populaire. Les politiques de grands travaux, la promotion du patrimoine, des institutions comme la fête de la musique vont dans ce sens. Il faut citer ici, l’action de Jack Lang, ministre de la culture de 1981 à 1986, puis de 1988 à 1993.

Ainsi, dans le cadre des congés payés et des RTT, les français diversifient leurs séjours, souvent plus nombreux et plus courts et croisent leurs pratiques en combinant détente, tourisme vert, découverte du patrimoine, ou de façon plus classique balnéaire et sports d’hiver.

Bonnes vacances.


Vapeurs en blanc

Par Christian Ditfurth, écrivain
Traduction : Michel Marx

Parmi les innombrables images que j’aies dans ma tête, il y en a deux qui ressortent trés clairement.
L’une montre un bateau, un vapeur tout en blanc, des gens qui se dorent au soleil face à la mer ou aux falaises des fjords norvégiens. Le vapeur transporte des travailleurs allemands, auxquels la DAF (le front du travail allemand) a permis de prendre des vacances.
Pour la plupart d’entre eux, c’est la première fois et en plus à l’étranger. Cela a été organisé par KDF (la force par la joie) la plus importante subdivision de DAF qui comptait déja 20 000 bureaux en 1936.
33 millions d’allemands, essentiellement des ouvriers et des petits employés, faisaient ces grands voyages et un demi million d’entre eux pouvaient même –aussi incroyable que cela paraisse, aller à l’étranger - ces chiffres prouvent qu’il ne s’agissait en aucune façon d’un gag de le propagande nazie. Dans de telles avancées, on pouvait voir la nature de ce régime qui se voulait être un national socialisme (comme l’écrit l’historien Aly Gotz). La DAF prenait la place des syndicats indépendants, mais elle n’était pas un syndicat, elle était la courroie de transmission du NSDAP (le parti ouvrier national socialiste allemand).
La deuxième image est aussi celle d’un vapeur qui transporte des vacanciers au delà des mers vers la Bulgarie ou peut-être même vers les Caraibes. A bord, des ouvriers et des employés allemands se bronzent ou appuyés au bastingage regardent la mer. Tout cela grâce au service vacances de la FGDB (confédération syndicale) de la RDA qui en réalité n’était pas un syndicat mais la courroie de transmission de la SED (parti socialiste unifié de la RDA). Pour les ouvriers et les employés de la RDA, le service vacances était le service le plus important de la FDGB.
Le vapeur de la FDGB est le “Fritz Heckert”, un communiste allemand qui en 1933 se réfugia à Moscou, étonnament en 1936 il y mourut de mort naturelle (en fait Staline a fait assassiner plus de communistes allemands que Hitler).
Le vapeur de KDF est le “Wilhelm Gustloff”, celui ci était le dirigeant de la section étranger du parti national socialiste en Suisse. Comme Heckert, Gustloff est mort en 1936, toutefois sous les balles tirées, à Davos en Suisse, par un étudiant juif. Heckert devint aprés sa mort le martyr des communistes, Gustloff celui des nazis.

Les historiens ne traitent pas sur le même pied le national socialime et le socialisme de la RDA. Mais ils doivent évidemment comparer les deux systèmes. La comparaison est la base de la science. Parfois elle révèle d’étonnantes ressemblances.


Des vacances pas comme les autres

Salecina de Frieder Rörtgen
Libraire et éditeur (association A)
Traduction : Michel Marx

Aprés 1000 m de dénivellation et avoir gravi un sommet de plus de 3000m tout à fait impressionant, nous voici de retour épuisés à Salecina. Aprés la douche il faut sortir de notre groupe de douze : 3 pour la cuisine, un qui cherche le bois, deux autres pour les taches ménagères. Deux viennent de Suisse, les autres d’Allemagne, la plupart d’entre eux ont plus de 40 ans, il y a la le menuisier, l’instituteur, le paysan, l’assistante sociale ou le chomeur, un mixe coloré. Tous ont été plus ou moins actifs politiquement, depuis les soixante huitards et ceux des mouvements alternatifs des années 70, jusqu’à ceux des mouvements sociaux des années 80, certains sont toujours encore actifs dans les mouvements d’aide aux réfugiés ou dans les critiques de la mondialisation.
Mais avant tout dans cette semaine de randos alpines il y a de toute évidence les escalades dures, périlleuses et nécessitant beaucoup d’efforts. Pour cela nous avons nos guides de haute montagne qui avaient débuté avec les escalades et les grandes randos alors que, du moins en Allemagne, on considérait que ceci était pour les bourges.
Salecina est depuis les années 70 un trés bel endroit dans les montagnes suisses, juste au passage entre le haut engadine et bergeil – et ainsi presque en I
talie – ou on peut passer des vacances autrement que d’habitude.
Autrement, c’est-à-dire, il peut y avoir jusqu’à 80 personnes, parmi elles lors des vacances d’hiver et d’été, beaucoup d’enfants ; la cuisine et les travaux ménagers sont collectifs, tout cela largement autogéré et avec l’aide de 4 gardiennes de refuges.
Il y a des dortoirs de 4 à 12 lits et en plus cet endroit – avec la plus merveilleuse bibliothèque que l’on puisse s’imaginer – se prète de manière idéale pour des séminaires et des rencontres. Il y a aussi des cours d’italien et des semaines de rencontre sur le tourisme équitable et les critiques de la mondialisation.
Et c’est justement là que nous devrions, je le pense, organiser dans les prochaines années un séminaire Europolar.

 

 

 

 


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