le polar européen en ligne de mire

n°3 Novembre-Décembre-Janvier 2005/06

 

 

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Le train de l'humour

"Patagonia chu chu"

Raúl Argemí

Algaida editores • 2005

Àlex Martín Escribà
Traduction : Sébastien Rutés


Après des succès aussi remarqués que Los muertos siempre pierden los zapatos (Les morts perdent toujours leurs chaussures) et Penúltimo nombre de guerra (Avant-dernier nom de guerre), Raúl Argemí revient avec un nouveau et fascinant travail. Il s’agit de Patagonia Chu Chu, un roman qui nous fait voyager en train à travers quatre cent kilomètres de la Patagonie la plus profonde. Toute l’action se déroule dans un vieux train à vapeur de trois wagons et un fourgon, un moyen de transport qui ne dépasse pas les cinquante kilomètres à l’heure. Les personnages de Raúl Argemí y embarquent : un marin échoué qui se croit descendant du bandit Butch Cassidy et un machiniste au chômage un peu rêveur. Les deux prétendent libérer Beto, frère du premier, que l’on transfère de prison dans le train. A partir de cette trame initiale, les protagonistes se verront impliqués dans la découverte d’un magot inespéré et entreront en relation avec des personnages de toutes sortes : un sénateur têtu, qui n’est pas sans rappeler l’ex-président Carlos Ménem, une femme sur le point d’accoucher, un inspecteur extravagant, des machinistes excentriques et une série de touristes, parmi lesquels de belles femmes de diverses nationalités.

Patagonia Chu Chu est de ces romans qui constituent un voyage sans retour dans un pays dépourvu de tout et où seule la nostalgie soulage la mémoire. C’est un roman difficile à cataloguer, qui a recours à des éléments du roman d’aventure, avec ses personnages et ses dialogues vibrants d’agilité, d’ironie et d’humour, combinés à l’ambiance de la réalité d’un pays en toile de fond. Le tout teinté de cette fatalité du destin et de cette brutalité de l’existence qui sont la marque du roman noir. Une fois de plus, la tentative de l’auteur d’incarner dans ses œuvres la réalité argentine fait de Patagonia Chu Chu un roman dévastateur, plein de sens, et au final aussi inattendu que surprenant.

En définitive, un roman largement primé et reconnu qui confirme une fois de plus l’installation de Raúl Argemí dans le panorama du roman contemporain de fiction, et dans le genre noir en particulier.

 


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