Une année noire
Àlex
Martín Escribà
y Javier Sánchez Zapatero
Traduction
: Sébastien Rutés
Des revues critiques de certains
livres cités sont sur Europolar. Vous pouvez y accéder en cliquant
sur les titres.
L'année qui s'achève
a vu la consolidation du roman noir, et sa consécration en
tant que genre littéraire
le plus actif en Espagne. A la légendaire Semaine Noire de
Gijón sont venues s'ajouter des initiatives de réflexion
et de diffusion comme les Rencontres de Barcelone, le Mai
Noir d'Alicante ou le Congrès de Roman et Ciné Noir de
l'université de Salamanque. En plus
de ces manifestations,
la parution de nouvelles revues et la création d'un important
réseau de sites web, de forums et de blogs, ont contribué à encourager
un débat et une publicité qui démontrent la
vitalité du genre. Par ailleurs, en 2005, ont été créées
jusqu'à dix collections spécialisées, qui se
consacrent dans certains cas à rééditer des
classiques uniquement disponibles jusqu'alors d'occasion, et des
centaines de nouveaux romans noirs ont été publiés.
Depuis que le polar français
a réinventé le
roman policier européen en renouvelant les modèles
nord-américains par l'introduction de contenus critiques et
sociaux, les sagas des auteurs européens sont devenues des
références du genre. Une des plus connues, incarnée
par Kurt Wallander, s'est achevée cette année par la
publication d'un recueil de nouvelles qui éclairent le passé de
l'inspecteur d'Ystad. Sans son personnage vedette, et dans l'attente
d'une série mettant en scène la fille de celui-ci,
Henning Mankell a publié aussi en 2005 El
retorno del profesor de baile (Return
of the dancing master).
Selb, le détective au passé nazi créé par
Bernard Schlink et le commissaire Bordelli ont aussi fait leurs adieux.
Avec El recién llegado (Nuovo
venuto),
Marco Vichi a mis fin à la trilogie de l'inspecteur de Florence.
D'Italie nous sont parvenus aussi trois succès éditoriaux :
le premier de Stefano Turra, avec son commissaire Gerace : No
apagues la luz (Non spegnere la luce) ;
un autre du présentateur de télévision Faletti,
auteur avec Yo mato (Io uccido,
Je tue)
d'une histoire de serial-killers ; un dernier de la Nord-américaine
installée à Venise, Donna Leon, qui porte à douze
le nombre de romans mettant en scène Guido Brunetti. La santé de
ce personnage est semblable à celle qu'affichent Méndez
et Bevilacqua qui, plus mélancoliques que jamais, ont livré cette
année un nouveau chapitre de leur saga. Aux personnages créés
par Francisco González Ledesma et Lorenzo Silva, sont venus
s'ajouter à la liste des enquêteurs nationaux les détectives
Humphrey et Angel Esquius. Le premier, créé par Lluís
Gutiérrez, fait son apparition dans Putas,
diamantes y cante jondo, tandis que le second naît
sous la plume d'Andreu Martín et Jaume Ribera. Il faudra aussi
se souvenir à l'avenir
des noms de l'inspecteur Gunnarstrand, de Jack Taylor et de Mme Ramotswe,
dont les premières aventures [La muerte
en una noche de verano (En liten gyllen
ring), Maderos (The
guards, Delirium tremens) y La
primera detective de Botsuana (The
No. 1 Ladies' Detective Agency)]
ont été publiées pour la première fois
en Espagne en 2005.
Plus violent et moins réflexif
que son parent européen,
le roman noir nord-américain semble fait de corruption, de
sexe, de violence et de racisme… Avec un langage cru et un rythme
agile et concis, Walter Mosley, Jerome Charyn, Sue Grafton [dont
la série Alfabeto del crimen en est déjà au
R de rebelde (R… is for
ricochet, R … comme ricochet)],
James Ellroy ou Charlotte Carter ont été certains des écrivains
nord-américains publiés en 2005 en Espagne.
De Cuba sont arrivés les romans
les plus remarqués
du néopolicier latino-américain, traditionnellement
critique et à fort contenu social. Leonardo Padura et Lorenzo
Lunar dévoilent dans leurs derniers romans le visage le plus
dur et le plus cru de la société caribéenne.
L'Argentine jouit aussi d'une extraordinaire production criminelle.
Cette année, ce fut le tour de Carlos Balmaceda, avec Manual
del caníbal, et une nouvelle fois de Raúl
Argemí,
qui dépeint la crise économique dans Patagonia
Chu Chu, un roman plein d'humour et d'aventures. Depuis
Mexico, Paco Ignacio Taibo II envoie Muertos
incómodos (Des
morts qui dérangent), tandis que sont rééditées
les œuvres du détective et ingénieur Belascoarán.
Notez enfin un nom guatémaltèque : Dante Liano,
et El hombre de Montserrat.
Tous ces noms démontrent la
bonne santé dont jouit
le genre policier actuellement, bonne santé renforcée
par l'attribution de prix littéraires généraux à des
romans noirs, comme Las vidas ajenas, de José Ovejero,
qui a reçu le prix Primavera 2005. Tout ceci démontre
finalement un début de reconnaissance d'une forme littéraire
qui propose autre chose que des « histoires de gendarmes
et de voleurs ».
