Modelée comme l’une des grandes icônes littéraires
et cinématographiques du XXe siècle, la figure du détective
est toujours restée cachée derrière un rideau
d’ambiguïté et de mystère. Tout ce que la
société savait de ses routines de travail, tout cela
elle l’avait appris au travers de stéréotypes,
imprégnés de fumée et d’odeurs de poudre,
véhiculés par les films et les romans de genre noir.
Le pouvoir enjôleur de la fiction face à la réalité engendra
l’identification de la figure du détective avec celle
d’un personnage solitaire, séducteur, alcoolique, déraciné… Néanmoins,
derrière cette image prototype se cache une réalité en
chair et en os qui concerne un groupe en pleine expansion qui commence à être
reconnu socialement grâce à l’homologation universitaire
des études de Criminologie et qui préserve quelques
caractéristiques corporatives qui ne coïncident pas toujours
avec celles diffusées par les modèles culturels. Dévoiler
cette réalité et établir un portrait fidèle
et détaillé du détective privé espagnol,
en étudiant son histoire, son évolution et son état
actuel, sont les objectifs de Confidencias de un detective
privado,
le troisième ouvrage de Juan-Carlos Arias, détective
privé -directeur de l’agence sévillane ADAS depuis
1982- et fan inconditionnel du genre noir, qui avait déjà donné libre
cours à ses inquiétudes littéraires et à ses
envies de diffuser les aspects les plus occultes de sa profession
dans Conexión detective y Sevilla confidencial.
Avec un esprit divulgateur, un style direct et une profusion
de données
qui révèle un labeur documentaire ardu, l’auteur
analyse dans la première partie de son livre la situation
de la corporation en Espagne, en prenant en compte, en plus de ses
antécédents et conditionnements historiques et sociaux,
ses principales routines professionnelles. On découvre ainsi
des outils, des trucs et des instruments de travail qui démontrent
que le détective est un homme passif, qui, pour obtenir une
information, a comme principales armes l’observation, la capacité de
déduction et la facilité de communication. Pour compléter
la base théorique sur laquelle se fonde le début de
l’ouvrage, Arias relate, convenablement fictionnalisés
et maquillés pour respecter le secret professionnel, quelques
cas réels qu’il a dus affronter en tant que détective
privé. À travers son alter-ego Reyes et avec une prose
austère et sobre héritière des maîtres
du genre, l’auteur montre un monde repu de vengeances, haines,
jalousies avarices et rancoeurs qui souligne que, parfois, la réalité dépasse
largement la fiction. Les cas mis en scène par Reyes non seulement
permettent de connaître les modes d’action des détectives,
mais aussi dévoilent quelques-uns uns de leurs doutes moraux
au moment d’accepter des clients ou de résoudre des énigmes,
quasiment toujours solutionnés par leur conviction de révéler
au grand jour la vérité, indépendamment des
profits que cela génère.
L’ouvrage, qui est complété par trois intéressants
rapports d’enquête journalistique sur des cas réels,
permet de mettre le lecteur en contact avec la réalité d’une
figure qui a presque toujours cheminé sur les voies du mythe
et qui a l’habitude de n’être connue que comme
une image culturelle. Malgré le fait de chasser des croyances
et de dessiner un portrait fidèle loin de tout stéréotype,
ce qui est certain c’est que, après avoir lu le libre
d’Arias, la nature attractive de la figure du détective
perdure, peut-être parce qu’au fond on continue tous à voir
en lui, comme disait Raymond Chandler, « un homme courant,
mais aussi un homme spécial ».