Valère
Notermans, en célibataire endurci, passe ses
soirées, frustré, au bistrot – jusqu’à ce
qu’il fasse la connaissance de Jérôme, exploitant
d’un cinéma et débarque ainsi dans le monde des
films. Déambulant, en province, d’un petit festival
du film à l’autre, Valère ne rate aucune projection.
C’est ainsi qu’il tombe sur un mystérieux film
d’horreur et d’épouvante d’origine inconnue
qui présente, dans le style de l’expressionnisme allemand,
des scènes de torture et de mort étonnamment émouvantes.
La fascination de la bande de ce film, dont les qualités cinématographiques
renvoient à un maître de la dimension de Fritz Lang,
pousse Valère vers une recherche obsessionnelle du metteur
en scène et des actrices. Après une longue enquête,
il est confronté à l’Occupation National Socialiste
et à la Résistance Française.
Didier
Daeninckx, qui traite souvent dans ses polars des répercussions
d’un passé, non résolues, sur le présent,
mêle dans cette longue histoire deux sujets étroitement
enchevêtrés : le fascisme allemand et les liens entre
la guerre et le cinéma. Ceux ci se retrouvent dans l’historique
de la technique de film de même que dans la carrière
des films de guerre et de propagande qui aboutiront plus tard à la
production des Actualités Cinématographiques ainsi
que de films grand public.
Dans ce contexte se pose presque impérativement la question
toujours actuelle d’une certaine esthétique de la terreur
et du voyeurisme du spectateur. Les agréables frissons de
l’épouvante à l’écran maintiennent
le personnage sous le charme et ne le laissent reprendre ses esprits
que lorsque l’interprète qui joue de manière
si réelle, si expressive, si impressionnante est la victime
d’une mise en scène perverse Nazie. L’art et le
pouvoir qui se présente encore une fois comme un spectacle
artistique et produit sa propre esthétique sont donc ici difficiles à différencier.
Daeninckx accompagne sur de longs passages, les enquêtes du
personnage principal, modérément sympathique, dans
une confusion dépourvue de tout commentaire, ce qui maintient
le récit dans un suspens désagréable.
Sans
vouloir faire ressortir de liens théoriques, Daeninckx ébauche
les arrières plans politiques plutôt comme une esquisse.
Par contre, il dresse un portrait détaillé des
scènes
et rituels, des semi-professionnels amateurs de films et des
cinémas
municipaux, farcis d’un grand nombre de citations et d’allusions
cinématographiques. Elles sont expliquées dans
un glossaire très complet qui est joint. Dans une tension
inhabituelle, le scénario se construit très lentement
pour finir brutalement. Daeninckx représente d’une
manière
totalement réussie le courant français du Roman
Noir engagé à gauche dont le Thrill ne s’épuise
jamais à chercher des explications psychologiques aux
crimes de quelques psychopathes isolés.
L’éditeur Berlinois Association
A s’est spécialisé dans
l’édition d’auteurs français rarement
traduits en Allemagne. Jusqu’à présent sont
parus Femmes
rouges toujours plus belles de Frédéric
H.Fajardie et Sombre Sentier de
Dominique Manotti dans la collection Noir.
Avec Les Figurants de Daeninckx et la nouvelle L’Homme
Tronc ainsi que les illustrations noir et blanc très
sobres de Mako, on a avec la dernière parution de Association
A Noir bien plus que ce que promet un coup d’œil sur ce
petit volume.