Vienne,
quelques années après l’an 2000. Un sniper
sur un toit, un coup de fusil. La cible est Georg Bruckner, chef de la
DES, division de la sécurité européenne, la nouvelle
agence de sécurité antiterroriste qui dépend directement
du Parlement Européen. Bruckner était un vétéran
du monde méfiant, paranoïaque et cruel de l’espionnage,
ayant combattu dans les dark alleys de la Guerre froide. Son second, un
Italien du nom de Bruno Genovese, reprend son poste. C’est quelqu’un
qui n’aime pas les bureaux, les ordinateurs et les réunions
; quelqu’un qui « depuis l’enfance voulait devenir un
héros » et qui a découvert que les héros n’existent
pas, qu’ils deviennent assassins voire cadavres, que le jeu est sale,
truqué, et souvent inutile. La tension qui précède
l’action, l’adrénaline qui coule dans les veines… Bruno
a vécu et vit encore pour cela (bien qu’il soit encore prisonnier
d’un passé douloureux), et comme lui Linda, Regina, Werner,
Marie et les autres loups nichés dans le siège gelé et
fortifié de la DSE, à Vienne, le frisson du jeu, parfois
plus excitant que le jeu lui-même. Mais cette fois, la mise est plus
grosse que jamais : l’Europe aujourd’hui, le monde (peut-être)
demain. Une entité puissante qui agit dans l’ombre, le Comité,
trame depuis des années pour empêcher que l’Europe unie
acquiert une autonomie et une identité distincte et détachée
des USA, pères-patrons. Pour atteindre leur but, les membres de
cette association très secrète (dont le premier objectif
est de faire croire, qu’à l’instar du Diable, elle n’existe
pas) sont prêts à recourir à tout moyen, aussi cruels
ou inhumains soient-ils. Par exemple, faire évader d’un quartier
de haute sécurité, Caspar Dragan, un féroce warlord
serbe, coupable d’atrocités pendant le conflit du Kosovo et
capturé (au cours du violent prologue qui se déroule en l’an
2000) surtout grâce à l’action de Genovese. Dragan doit
préparer un chantage nucléaire, pour mettre à nu la
fragilité de l’Europe et renforcer les besoins d’une
tutelle de la part de l’ami/ennemi américain. Mais Dragan, à l’insu
du Comité, a en tête un projet personnel encore plus fou et
sanguinaire qui concerne l’Europe entière. Ainsi commence
une partie mortelle serrée, où rien n’est ce qu’il
paraît et où l’ami d’aujourd’hui est l’ennemi
de demain : sept jours, seulement sept, dans un monde de double et de triple
jeux, pendant que le compte à rebours de l’horloge s’égrène,
et qu’entre espions, agents secrets, killers et contre-killers, les
morts succèdent aux morts.
Inspiré du mécanisme narratif de 24
heures chrono, tendu
et fascinant, Heure Zéro est construit en chapitres courts, parfois
très brefs, marqués par la course inexorable des aiguilles
de la montre. Un thriller « américain » dans ses mécanismes,
qui rappelle le meilleur Ludlum (sans perdre jamais sa dimension de crédibilité,
il appartient au pur « romanesque ») et en même temps
un thriller « européen » : pas seulement et pas tant
pour les décors (très soignés, qui passent des galeries
souterraines de la base DSE au cercle polaire, via Budapest, Prague, Paris,
Dublin, l’île de la Maddalena, Strasbourg…) mais aussi
pour la sensibilité du regard de l’auteur. Ecrivain - « populaire » au
meilleur sens du terme - confirmé (surtout sous le pseudo de Stephen
Gunn), habile constructeur de trame et d’horlogerie, dans lesquels
il sait métaboliser un imaginaire nourri de toute la fiction écrite,
dessinée et filmée, des dernières décennies,
Stefano Di Marino n’accepte pas que l’on applique une étiquette
politique à son imposant Hyper-thriller. Seulement de l’entertainment,
c’est sûr (et du grand entertainment, pour être exact).
Et pourtant, ça et là, entre les lignes, émergent
quelques considérations rapides sur la politique et le pouvoir,
sur la violence, sur la trahison ou sur la fidélité, à soi-même
avant tout. Des considérations pour le moins amères, si non
pires ; suffisantes toutefois pour dire que Heure Zéro appartient
au genre, qui n’est pas si immense, des thrillers qui ont une âme.