Hospitalisé dimanche
22 janvier à Gijón (Espagne), le romancier cubain Justo
Vasco s’est éteint dans la soirée de lundi, entouré de
sa famille,
de son épouse Cristina et de ses amis proches. Déjà opéré en
juillet, il avait conclu sa sortie de l’hôpital par ce
bref commentaire : « Justo 1, cancer 0 ». Hélas,
le crabe, mauvais perdant, a pris sa revanche. Victime d’une
hémorragie cérébrale provoquée par deux
tumeurs inopérables, cette fois Justo a perdu le match.
J’ai
rencontré Justo Vasco pour la première fois en 1995.
J’avais été invité à participer à la
célèbre Semana Negra qui
se tient chaque année à Gijón dans les Asturies.
Il était venu m’accueillir à l’aéroport
de Madrid par un beau jour de juillet pour m’escorter jusqu’à mon
hôtel dans l’attente du départ du train noir le
lendemain matin. Dès ce premier contact, j’avais apprécié la
gentillesse de Justo, sa chaleur humaine et son érudition.
J’appris plus tard qu’il avait étudié à l’université Lumumba
de Moscou et obtenu un doctorat de chimie. Revenu au pays, il devint
professeur de physique à l’université de La Havane.
Puis sa carrière s’orienta vers la littérature.
Pendant huit ans (1980-1988) il fut directeur éditorial (également
traducteur) des éditions Arte et Literatura.
Parallèlement, il débuta en 1983 dans l’écriture
avec Completo Camagüey, un roman écrit à quatre
mains avec l’Uruguayen Daniel Chavarría, également
installé à La Havane. Les deux compères récidivèrent
deux fois avec Primero muerto (1986) et Boomerang (Contracandela, 1993), le temps de gagner
le concours du livre policier financé par la police cubaine. Puis lassés
de faire l’apologie d’une police pas meilleure qu’ailleurs
ils abandonnèrent le récit laudatif pour des romans
plus ambitieux à vocation universelle.
À présent,
nous restent deux ouvrages de Justo Vasco traduits en français.
Publié chez Rivages, Boomerang composé avec
Chavarría a été revu et corrigé. C’est
le récit des tribulations de Tony Santa Cruz, un jeune pêcheur
cubain devenu criminel après qu’une aventurière
américaine Margaret Gaylord l’ait escroqué et
tenté de l’abattre. Plus singulier, plus personnel
aussi, L’Œil
aux aguets (1998), se déroule dans un quartier populaire
de la Havane. Un vieil homme qui épie sans cesse ses voisins,
se met à abattre plusieurs personnes avec la même sérénité que
s’il prenait le thé. Un policier au grand cœur
comprend trop tard qu’il aura du mal à le coincer. Outre
l’humour brillant qu’il diffuse, le livre séduit
aussi par ses dialogues aux expressions fleuries résumant à merveille
un bout de vie à La Havane.
Installé en
Espagne, à Gijón, depuis 1995, Justo Vasco était
devenu la plaque tournante et la cheville ouvrière de
la manifestation internationale la plus importante sur le plan
polar, la Semana
Negra créée et animée par un natif
de Gijón, le romancier mexicain Paco Ignacio Taibo II. Chaque
année, en juillet, durant une dizaine de jours, plus de cent
romanciers du monde entier viennent y présenter leurs derniers
ouvrages. Pour animer ces débats, Justo tenait une place de
choix. Toujours à l’écoute, toujours informé des
derniers romans parus, il s’attachait à mettre en valeur
ses interlocuteurs. Aujourd’hui qu’il nous a quittés,
nous garderons le souvenir d’un homme bon, altruiste et généreux
avec une pensée chaleureuse pour sa femme Cristina et ses
enfants, notamment la petite fille haïtienne qu’ils avaient
adoptée voilà deux ans de cela.