
La police moderne
et le
citoyen européen
Lena
Blaudez, Le policier, un homme en uniforme
Etienne
Borgers, Au secours ! Les flics sont partout
Michael
Koltan, Sur l'ennui de la police
Simona
Mammano, Carabiniers et Police
Maurizio
Matrone, Le policier anarchique
et révolutionnaire
Klaus
Viehmann, Taureau, un danger
potentiel
Le policier,
un homme en uniforme
Lena Blaudez,
auteur de romans noirs et journaliste, Berlin
Traduction
: Sarah Florence Gaebler
Un homme
en uniforme, qu'est-ce que c'est ? Quelqu'un comme toi, quelqu'un
comme moi. Ou ne serait-il pas quelque peu différent ?
Vêtu tout simplement de manière convenable et membre
de poids d'un groupe vêtu de façon uniforme ?
Un organe d'exécution autoritaire d'un pouvoir ? Ou un héros à la
Gary Cooper dans le style High Noon ?
Au début des années quatre-vingt, un homme en uniforme
(h.e.u.), exgigea à Berlin, capitale de la RDA : « Montrez-moi
votre pièce d'identité ! Très bien !
Il est minuit et demi et vous vous promenez ici, alors que vous ne
vivez pas ici. Je vais en prendre note. Vous faites donc partie de
celles qui clament « Des épées aux
socs de charrue », hein ? »
Au milieu
des années quatre-vingt, à la frontière
hongro-yougoslave, un h.e.u. exigea : « Vous ferez
mieux de reconnaître que vous vouliez prendre la fuite !
Que pensez vous : quelle est la sensation si j'éteignais
ma cigarette sur votre poignet ? »
Au début des années quatre-vingt-dix à Lagos
au Nigéria, un h.e.u., une mitraillette en joue exigea : « Give
me money or you are dead! »
Au milieu
des années quatre-vingt-dix à Cotonou au
Bénin, un h.e.u. exigea : « Descendez !
Vous venez de descendre une voie à sens unique en sens inverse.
Par conséquent, votre voiture est confisquée. ... D'accord.
500 CFA et on oublie l'affaire. On va boire un coup ? Je vous invite. »
À la fin des années quatre-vingt-dix à Berlin,
capitale de la République Fédérale d'Allemagne,
un h.e.u. exigea : « Descendez ! En vélo
sur le troitoire, cela fait 20 euros. ... Non, ‘zavez raison, je
ne risquerais pas ma vie sur la voie routière ici. Mais ça
fait 20 euros. »
Qui
est alors cet homme en uniforme ? Quelqu'un comme toi, quelqu'un
comme moi, qu'importe. Ou ne serait-il pas en quelque sorte plus
uniforme ?

Au
secours ! Les flics sont partout
Etienne Borgers
Le
roman policier use et abuse de la police…
Pourtant,
le roman policier s'est d'abord développé en
favorisant l'enquêteur privé, amateur ou professionnel,
héritier de l'aventurier des feuilletons du 19e siècle
plongé dans des intrigues à énigmes ; mais
très vite la police fit partie de l'ensemble, comme auxiliaire
de l'enquêteur privé, et surtout comme l'image de la
justice et de la punition du crime.
Il suffit de se reporter à Edgar
Poe et au Conan Doyle des aventures de Sherlock Holmes, étapes
importantes de la tradition anglo-saxonne.
Essentiellement à la
recherche de l'équilibre et de
la normalité, la quête du roman policier des origines
servait à rétablir l'ordre et la normalité dans
une société mise en scène comme soudainement
soumise au désordre du crime. De préférence
crime de sang, la plus grande des transgressions, l'inadmissible
contre lequel l'enquêteur
est le héros qui se bat pour découvrir la solution
de l'énigme ; sa quête et son combat devant en
finale ramener l'ordre, l'équilibre et la bienséance
dans une société inchangée, rarement critiquée
dans ses fondements dans le texte de fiction qui en découlait.
Au
fil des développements
et des variantes introduites dans le roman policier, il devint vite
clair pour beaucoup d'auteurs que ceux qui sont quotidiennement en
contact avec l'inadmissible se trouvent au sein des organisations
de police. Dans les sections enquêtant
sur les meurtres. Et, insensiblement le deuxième héros
récurent que créera le roman policier du 20e siècle
se trouvera au cœur même du système judiciaire :
membre de la police.
On revenait donc aux sources du roman policier
français, avec
les policiers et leurs enquêtes officielles, de Vidocq à Gaboriau.
Modernisées, bien entendu, adaptées à l'époque
de l'auteur… pour arriver à la création magistrale
du commissaire Maigret par Simenon, personnage de policier qui animera
près de 80 volumes à partir de la fin des années
1920, et dont l'influence fut énorme sur ce genre de littérature.
Par
divers cheminements, le personnage central du flic deviendra un incontournable
du roman policier, qu'il soit francophone ou anglo-saxon.
Même
si la tradition américaine
va créer un des
archétypes les plus solides du roman policier moderne :
le détective privé, cet enquêteur privé professionnel
qui se débat dans un monde plus réaliste que celui
de ses prédécesseurs, qui se veut parfois justicier
et qui ne réussit pas toutes ses entreprises, qui est mis à mal
par la vie et par une société qu'il n'accepte pas toujours
telle qu'il la découvre. La lignée américaine
du roman policier va elle aussi finir par se concentrer sur le rôle
du flic, que ce soit dans des thrillers mélangeant action
et enquêtes ou dans des romans noirs. Le glissement vers le
personnage central du flic se fera d'autant plus vite que le mythe
du détective
privé à l'américaine sera « sur-utilisé » dans
la littérature policière noire de toute origine, et
dans ses pastiches, à partir de la fin des années 1950...
Sans
oublier sa magistrale transposition au cinéma à partir
des années 1940, adaptation du personnage de « privé » issu
directement de la littérature policière américaine ‘hard-boiled'
et noire qui donnera naissance aux premiers chefs-d'œuvre du film
noir. Et à une surreprésentaion du mythe du privé.
L'apparition du commissariat du 87e district de Mc Bain et de ses
policiers- saga amorcée en 1956 et qui perdura jusqu'à nos
jours- est un des exemples frappants de ce retour du personnage de
policier, après le règne du « privé ».
De plus, à partir des années 1980, on assistera à l'entrée
en force de la police dans les romans criminels anglo-saxons, surtout
américains. Mais cette fois on ratissera large, et le roman
policier recrutera des médecins légistes, des brigades
spéciales « anti » tout ce qu'on peut
imaginer (des stups au terrorisme), des policiers de la « police
des polices » (les fameuses ‘Internal Affairs'), les fics
de la police judiciaire, des services de protection, et je dois en
oublier.
Sans parler de l'entrée en force -dans les années
1990- des services scientifiques des diverses polices, prolongation
subtile du médecin légiste qui était, lui aussi,
sur le chemin du suremploi dans la littérature policière.
Dorénavant
ce sont des experts scientifiques qui sont les éléments-clés
privilégiés des intrigues et de la résolution
des énigmes.
Il
faut bien se rendre à l'évidence :
la police à littéralement
envahi le roman policier de la fin du 20e et de ce début
de 21e siècles.
Sans oublier les feuilletons et séries
policières de
la TV. Là aussi l'adhésion est massive, dans ce media
populaire dont les séries remplacent actuellement la diffusion
de masse que connaissait la littérature de genre durant le
20 e siècle jusqu'au milieu des années 1970, romans
policiers compris. Les séries policières mettant en
scène
flics-détectives, commissariats, flics des rues et spécialistes
de la police scientifique y sont en expansion constante depuis les
années 1980, au point d'être omniprésents dans
les programmes TV français, anglais et américains actuels.
Personne ne peut plus y échapper.
Même si dans l'abondance
de romans et de séries télévisées
utilisant le flic comme personnage central, on peut trouver quelques
auteurs qui tirent ce héros officiel de la société moderne
vers des espaces plus sombres, voire tout à fait noirs, il
faut bien reconnaître que la majorité des histoires
qui nous sont contées nous resservent le pacificateur du début
des romans d'énigme mais cette fois-ci sous la forme d'un
flic, renforçant ainsi l'image de la recherche de normalité et
d'équilibre dans la société moderne au moyen
de ce personnage dont c'est la vocation officielle. Et assermentée.
Pourquoi ? Nos sociétés actuelles ont-elles tellement
besoin de se rassurer qu'il faille exhiber l'image apaisante du pouvoir
paternaliste et répresseur au travers de cette police de fiction,
un début d'apaisement réclamé par un public
qui semblent n'en trouver que peu par lui-même? L'exorcisme
de ses démons ? De ceux de la société ?
D'autre
part, le mystère - et la recherche de son explication-
est une des grandes composantes de la psyché humaine, un appel
primal qui vient du fond de notre humanité, une image déformée
des questions existentielles logées au fond de nous-même.
Ce mystère qui mobilise, qui est à la base de la curiosité scientifique,
des superstitions, des religions… et du roman policier en général.
Le
mystère qui peut être interprété et
résolu par le mage. Comme ces enquêteurs scientifiques
si populaires, car ils utilisent la magie, une connaissance réservée à leurs
castes et tout à fait impénétrable par l'homme
ordinaire ; c'est par la magie que ses enquêteurs expliquent
le mystère, qu'ils dénouent la crise. Au lecteur, ou
au spectateur, seule est réclamée la foi. L'apaisement
est la récompense.
Pendant
ce temps, la police qui nous entoure se veut moderne, sans qu'on
sache vraiment quelle dimension donner à ce
qualificatif. Certes, comme par le passé, il y a une certaine
police qui devrait servir le citoyen en direct, en le protégeant
et en l'aidant.
Si la route est certainement l'endroit où on
voit le mieux s'exercer cette faculté, au bénéfice
direct du citoyen , dans les autres domaines où agit
la police, son rôle est ses buts restent très diffus
et aléatoires.
Par contre, le pouvoir officiel -quel qu'il soit- est resté le
moteur du bras armé de cette police, un pouvoir politique
qui est prompt à retourner l'arme contre ceux qu'il est censé protéger.
Cette police « moderne » n'a pu être
moderne que pour mieux contrôler le citoyen, mieux le contenir,
et mieux protéger les super-nantis et les détenteurs
du pouvoir. Comme par le passé… Pas grand-chose ne change.
Sauf
que la modernité permet au pouvoir politique de flanquer à l'envi
une trouille noire aux esprits faibles- systématiquement et
cyniquement, via des ‘mass' médias de moins en moins indépendants-
et les mener, troupeau bêlant, à revendiquer encore
plus de contrôles « modernes » dont ils
seront les premières victimes. Avec le zèle policier
en toile de fond.
De
tous les mauvais coups, sans beaucoup de responsabilité sur
les questions fondamentales, cette police en Europe vit sur la lancée
de sa grande tradition de fornication avec l' « homo politicus ».
Mais
dans notre recensement des personnages majeurs, n'oublions pas les
psychologues de tous poils, alliés venus au secours du judiciaire
et des technocrates. Psychologues qui ont envahi actuellement nos
romans dits policiers en force… quand ce ne sont pas les prétoires
de la justice dans la vie réelle.
Autres grands prêtres
d'une fausse science qui a atteint le statut de religion dans nos
temps modernes, ces psychologues, complices de toutes les manipulations
médiatiques, soutiens occultes de
la pub, des médias télévisuels et… de la présentation
du politique à l'électeur, sont omniprésents,
et eux aussi sont devenus les mages de la littérature policière
actuelle. Reportez-vous à vos thrillers et best-sellers habituels.
Et ce n'est pas fini. On va bientôt faire appel à eux
en force : ne vient-on pas de « découvrir » que
les stigmates du délinquant sont décelables dès
l'âge de trois ans. Je suppose qu'on va bientôt remesurer
les crânes et les longueurs de nez, en parallèle avec
les tests magiques sensés mesurer l'esprit. De beaux jours
devant eux… L'alliance du Mage et de Pinocchio. Dans le réel
et dans la fiction policière. Dans notre vie quotidienne…
Que
le gendarme de la route me pardonne, mais je ne vois pas de police
proche du citoyen, si chère à la propagande politique.
Par contre, dans le thriller et le roman policier traditionnel moderne,
il est omniprésent… On y voit des flics partout !
La Blanche,
qui a démissionné depuis plus de 50 ans,
ne traite plus les vrais problèmes de la société et
n'est d'aucun secours. Il est donc urgent de se replier sur le roman
noir, souvent très pessimiste, mais qui semble être
le seul à avoir traité avec clairvoyance les thèmes
de la corruption, des dérives policières et du vrai
combat contre le Mal et le meurtre.
Le roman noir sera le seul remède
au virus policier et à la
fièvre autoritaire, le dernier rempart devant la pandémie
sécuritaire que se plaisent à répandre les
apprentis-sorciers qui, du haut de leur pouvoir, se proclament
nos guides et nos protecteurs. Et nous gouvernent.

Sur
l'ennui de la police
Michael koltan
Fribourg, philosophe et musicien
Traduction
: Janine Bourlois
C'est tout de même étrange : la littérature
concernant le roman policier ne théorise pour ainsi dire
jamais sur le fait qu'en règle générale, il
n'y a pas deux, mais trois parties impliquées : l'auteur,
le détective et la police. Si la police est si rarement
considérée comme partie en soi, cela est dû au
mépris qu'elle s'est attirée dès le début : “ La
police parisienne, si vantée pour sa pénétration,
est très rusée, rien de plus ”, déclare
Dupin, dans Double assassinat dans la rue Morgue d'Edgar
Poe. “ Les résultats obtenus sont quelquefois surprenants,
mais ils sont, pour la plus grande partie, simplement dus à la
diligence et à l'activité. Dans le cas où ces
facultés sont insuffisantes, les plans ratent. ” Dans
le roman de détective classique, les policiers ne sont que
des fonctionnaires ennuyeux qui, placés devant des problèmes
réels, échouent déjà par principe et
doivent faire appel aux conseils d'un détective génial.
Le passage au roman
dur n'a pas amélioré la situation :
alors que les chefs d'accusation n'étaient jusqu'alors que
l'incompétence et l'ennui, ils sont maintenant remplacés
par la brutalité et la corruption. Les flics deviennent à présent
les adversaires du détective privé, en faisant avant
tout obstacle à ses investigations. Ce schéma est
tellement exploité par James Ellroy dans sa trilogie Lloyd
Hopkins qu'il n'y a plus que des flics à des degrés
divers de déchéance, tandis que la figure le personnage
du détective privé, auquel s'identifie le lecteur,
est complètement absent.
Chose curieuse, il
y a pourtant aussi une école
de roman policier qui glorifie précisément le côté ennuyeux
du policier. Avec son commissaire Maigret, le Belge Georges Simenon
passe pour être l'inventeur de cette variante sans ordonnance
d'un somnifère dépourvu d'effets secondaires. Mais
ce qui a été longtemps considéré comme
une simple particularité belge recueille ces derniers temps
des succès de vente inexplicables. Cela commence avec Mankell
et ne cesse même pas avec le stupide commissaire Brunetti
de Donna Leon. Toujours est-il que ce qui fait l'attrait de ces
romans restera pour moi aussi obscur que la musique de Peter Gabriel
ou les films avec Robin Williams.

Carabiniers et Police
Simona Mammano
Traduction :
Simmona Mammano,
née à Bologne,
a fait des études de philosophie, son mémoire de
maîtrise portait sur l'autonarration. Sous-chef à la
Police Nationale, elle collabore avec un magistrat de la Direction
Antimafia de la circonscription de Bologne. Elle est membre de
la direction du SIULP (Syndicat
Unitaire des Travailleurs de Police, ndt.) de
la province de Bologne, pour lequel elle s'occupe depuis 1997
du prix Franco Fedeli, attribué au
meilleur livre policier italien. Elle collabore pour le SIULP
au Laboratoire de Communication pour la faculté de Droit
de l'Université d'Urbino. Elle est consultante pour plusieurs écrivains
italiens. Elle écrit des articles d'actualité pour
le mensuel Polizia e Democrazia, ou
elle rédige
la rubrique L'angolo del giallo (Le
coin du polar, ndt.). Elle collabore avec Thriller
Magazine (www.thrillermagazine.it)
et avec la revue trimestrielle Delitti di carta, fondée
par Renzo Cremante et Loriano Macchiavelli, où elle s'occupe
de la rubrique Procedure.
Je me suis
toujours demandée ce que les gens pensent du
fait d'avoir deux forces de police en Italie : les Carabiniers
et la Police. Il existe aussi une Garde Financière mais,
heureusement, ses attributions sont différentes. Et d'abord,
qu'est-ce que je veux dire par « les gens » ?
Pour nous qui portons l'uniforme, il s'agit de l'ensemble indifférencié des
personnes qui n'appartiennent pas aux forces de l'ordre : « les
civils », « les citoyens », comme
on les définit. En un sens, le monde est divisé selon
une césure nette : « nous » et « eux ».
Quoi
qu'il en soit, notre travail est rendu plus difficile un autre
problème, qui n'est pas d'ordre intérieur
comme le précédent mais pratique, et qui peut se
traduire par une incompréhension entre les citoyens et nous.
Voici de quoi il s'agit : au sein de ce « nous »,
il y a une autre rupture, le « nous » police
et le « nous » carabiniers. Bien que nous
ayons le même rôle de contrôle et d'enquête,
et peut-être justement à cause de ça, nous
agissons en concurrence, c'est-à-dire qu'un « nous » ne
sait pas ce que fait l'autre « nous », selon
une sorte de schizophrénie. Les moyens et les hommes (toujours
trop peu nombreux) sont employés parallèlement, l'un
ne peut pas disposer des informations que l'autre a réussi à recueillir
sur une même enquête.
Pour trouver une forme de collaboration,
qui serait impensable autrement, on en est arrivés au point
où ma
ville a été divisée en secteurs où la
police et les carabiniers agissent, dans un quartier ou dans un
autre, selon un calendrier bien défini, et dont quasiment
personne n'a connaissance, bien évidemment. Ainsi, un citoyen
appelle le 113 pour demander une intervention et le central lui
répond : « Aujourd'hui,
cette rue est de la compétence des carabiniers, c'est eux
qu'il faut appeler. Je vous les passe directement ? ».
C'est déconcertant.
Evidemment, ceci est nécessaire
pour optimiser le rapport entre les hommes et le territoire, mais
comment cela fonctionne-t-il pour les enquêtes ? Chacun
pour soi.
Pour
utiliser une métaphore qui rende bien
l'idée,
c'est comme un rapport de compétition entre frères
et soeurs où les parents ont le devoir de départager
les parties adverses. Cette charge ingrate est entre les mains
du magistrat qui s'occupe de l'enquête et qui, comme un funambule,
doit maintenir le juste équilibre, avec un talent diplomatique
indéniable.
Cela devient donc une course éternelle,
où les deux « nous » sont
en tête à tour de rôle.
Mais dans toute cette
compétition, que gagnent-ils « eux »,
les civils, les citoyens ? Ils peuvent marquer les points
au fur et à mesure sur un tableau, comme au rugby, ou bien
commencer à se demander sérieusement à quoi
sert ce gâchis. Et prétendre à une réponse.

Le
policier anarchiste et révolutionnaire
Maurizio Matrone
Traduction
: Kentaro Okuba
Maurizio Matrone (Vérone,
1966) est policier et travaille à Bologne. Après
les Beaux-arts, il a passé une licence de pédagogie.
Il publie des romans policiers, des textes pour les anthologies
et les revues spécialisées, pour le théâtre,
l'art et les enfants. Il a écrit aussi des essais sur le
travail de la brigade des mineurs, sur le cinéma policier
et des scénarii pour la télé. Hautes
herbes,
Mon nom est Tarzan Soraia (tous les deux publiés chez Frassinelli)
et Délits pour les fêtes sont ses romans les plus
récents. Il est membre de l'association des écrivains
de Bologne.
J'ai
toujours pensé que
le policier, le policier idéal, devait simplement être
anarchiste et révolutionnaire.
Anarchiste, en tant qu'amateur
de la responsabilité, révolutionnaire, en tant que
chercheur de la vérité.
Pour ces affirmations,
j'ai souvent été taxé de communiste. D'autant
que dans mon ambiance professionnelle, il est facile de transformer
en bolchevique un lecteur du journal « La République ».
Aujourd'hui
que je suis moins idéaliste, du fait de l'âge
et du fait de la conscience qui m'est venue avec l'âge
lui-même, je me sens un peu plus exigeant. J'ai appris,
ou du moins je le crois, en ne donnant que mon point de vue de
policier et de citoyen, que la vérité est en fonction
de la responsabilité, puisque existantes en raison de
leur adjectivation, et ne pouvant se démontrer absolues
par rapport « à » un quelque chose, elles
se révèlent inéluctablement inadéquates
pour dessiner la figure du policier idéal.
Le policier
que j'avais exalté, en fait, sans l'excitation de qualifier,
de donner un sens à ses qualités, ne réussirait
pas à s'ériger en exemple dans un système
policier qui se tient à l'exact opposé.
Et pourtant,
le policier idéal, conscient de la complexité qui
l'entoure, devrait être le plus internationalement anarchiste
et révolutionnaire. Un policier qui, donc, en recherchant
les vérités, fait siennes les responsabilités.
Et il y a une grande différence.
La
première et
dernière action anarchiste et révolutionnaire de
la police italienne est à chercher dans le mouvement qui
donna vie à la loi 121/81 laquelle, affranchissant la
police du système militaire en la rendant un organe laïc
et civil, institua les syndicats (mais sans l'instrument de la
grève) pour les travailleurs de la police, riva la centralité de
l'organe civil au chef de la sécurité publique,
sanctionna la particularité de l'aspect préventif
sur le répressif, ouvrit le chemin à l'accès
des femmes à la fonction et à une nouvelle figure
investigatrice hautement professionnalisée, l'inspecteur.
Je ne veux pas énumérer ici tout ce qui a été fait
d'irresponsable et de réactionnaire depuis cette loi (en
en renversant complètement l'esprit innovant et inventif),
ni expliquer les motifs politiques qui ont permis -et permettent-
tout ceci. Je pourrais cyniquement affirmer que nous avons la
police que nous méritons, mais ce qui me tient à cœur
c'est de solliciter une connaissance, une attention, plus approfondie
du monde de la police. Il suffit de penser que le policier, le
carabinier, le douanier, a plus de devoirs et moins de droits
que les autres travailleurs, dont le moindre n'est pas la disparité de
traitement, puisque dans le cadre d'une procédure disciplinaire,
la parole du subalterne vaut moins que celle de l'autorité hiérarchique.
L'univers « sécurité » donc,
peuplé d'une
part (l'Etat) par les policiers, les carabiniers, les douaniers,
les personnels pénitentiaires et de l'autre (collectivités
locales et secteur privé) par les policiers municipaux
et les vigiles, joue un rôle déterminant pour la
santé et la stabilité de notre démocratie.
Pas seulement. La « bonne » sécurité – dans
toutes ses acceptions – a un coût élevé dû au
gaspillage de ressources humaines et économiques, et échappe – in
primis du fait de son opacité proverbiale – au « contrôle » démocratique.
Je ne voudrais pas, pourtant, que dans cette bizarre guerre des « programmes » électoraux,
on accepte passivement des chiffres miraculeux, des statistiques
extraordinaires, des proclamations innovantes, d'improbables
fictions télévisées, des propositions démagogiques éloignées
de la réalité. Et je voudrais encore moins sentir
la défiance ou la peur vis-à-vis de la police parce
que cela signifierait que nous ne vivons pas dans un pays démocratique.
J'aimerais, en fait, que ce qu'apparemment les policiers ne parviennent
pas à être, les citoyens le deviennent, car il y
a encore la place. Anarchistes et révolutionnaires. De
cette façon même les travailleurs/policiers/citoyens
pourront réussir. Mais vraiment, et pas seulement sur
le plan idéal.

Taureau,
un danger potentiel
Klaus Viehmann (Berlin)
Traduction : Janine Bourlois
En
allemand, Bulle = taureau, mais aussi flic.
On pourrait traduire le nom de l'auteur par “bouvier”
Le
vétérinaire
praticien, n° 81
Summary :
La relation avec des
taureaux en liberté comporte surtout un danger potentiel si l'on n'évalue
pas correctement leur comportement. Des observations révèlent
qu'en vieillissant, les taureaux sont de moins en moins prêts à supporter
qu'on les maîtrise […] et sont en général peu
enclins à se soumettre. Ils le manifestent par des signes
clairs de puissance sociale (position de biais, langue tirée,
bave, grognements, etc.), dont le dédain des humains ne
fait qu'augmenter le potentiel de conflit. Des conseils pratiques
permettent de réduire les risques d'une attaque sérieuse
et lourde de conséquences par des taureaux en pâture
ou parqués quand on les approche.
On insiste particulièrement sur le fait qu'un développement
positif précoce des relations entre animal et humain peut
contribuer de façon importante au maniement des taureaux.
Mots-clés :
comportement, danger potentiel, taureau.
En allemand, Bulle = taureau,
mais aussi flic.
On pourrait traduire le nom
de l'auteur par “bouvier”

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