le polar européen en ligne de mire

n°6 Août-Septembre-Octobre 2006

 

 

Le corps dans les romans
de John Harvey

Delphine Cingal
Maître de Conférences, Panthéon-Assas-Paris II

Traduction : Thomas Bauduret

 

Au fil des siècles, la justice légale a beaucoup évolué. Arracher une confession sous la torture ne suffit plus à prouver la culpabilité de l'accusé. Il faut désormais présenter une preuve irréfutable et de préférence scientifique. Au cours des XVIIIe, XIXe et XXe siècle, les progrès de la science ont engendré tout un arsenal d'équipement et de méthodes afin d'analyser aussi bien les criminels que les scènes de crimes. Les scientifiques ont commencé à rechercher des moyens de faciliter le travail de la police.

Dans Detective fiction and the rise of forensics science (2000), Trinity (Hartford, Connecticut), le professeur d'Anglais Ronald R. Thomas examine le corps criminel en tant que champ d'interprétation et de procédure à travers quelques exemples fictifs comme Edgar Allan Poe, Charles Dickens, Nathaniel Hawtorne, Mark Twain, Sir Arthur Conan Doyle, Dashiell Hammett, Raymond Chandler et Agatha Christie. Cette étude se concentre sur l'autorité dont bénéficie l'enquêteur littéraire par le biais d' « accessoires » — les empreintes digitales, la photographie, les détecteurs de mensonge — qui lui servent à découvrir la vérité et établir son expertise, mais aussi le rapport entre ces accessoires et la question plus large de l'autorité culturelle aux moments décisifs de l'histoire du genre.

Quiconque étudie la relation entre la science et le roman d'enquête doit faire dépendre ses lectures des développements de la criminologie. Il serait donc intéressant d'aller plus loin que l'étude de Ronald Thomas en analysant les auteurs contemporains qui ont écrit depuis la découverte du profilage par ADN, remontant en 1984, par le généticien Anglais Alec Jeffries ou depuis l'usage de la simulation informatique.

Le roman d'enquête est toujours resté en phase avec la science de son époque afin d'y trouver des éléments intéressants. Le corps est devenu un indice, une source d'informations soumise aux herméneutiques de l'enquêteur. Donc, le scientifique devient un personnage essentiel du genre. Des auteurs comme Patricia Cornwell ou Kathy Reichs en font les protagonistes principaux de leurs romans.

 

De la peau en tant que matériau déchiffrable

Le roman d'enquête contemporain ne rechigne pas à mettre en scène des cadavres. Ils sont bien plus que le déclencheur de l'histoire. Durant l'âge d'or du roman d'énigme, on ne leur consacrait guère plus que quelques lignes. Il s'agissait souvent de la dépouille d'un personnage peu recommandable qui mettait en branle le processus de déduction, et les auteurs ne ressentaient pas le besoin de s'y attarder. Néanmoins, de nos jours, ils ont toutes les raisons de le faire. Des romanciers tels que PD James ou Ruth Rendell y voient une partie de l'élément humain de l'enquête. D'autres, comme Kathy Reichs ou Patricia Cornwell, s'intéressent tout autant à l'aspect scientifique de l'enquête. Temperance Brennan et Kay Scarpetta, leurs protagonistes principaux, sont tous deux médecins légistes (Temperance Brennan est anthropologue légiste et Kay Scarpetta coroner.)

Jusqu'à un certain point, les romans de John Harvey entrent dans la première catégorie : Harvey reste très réservé pour ce qui touche aux restes humains. S'il fait constamment usage de l'informatique (avec plusieurs références à HOLMES, le système informatique du Home Office), la médecine légiste n'a qu'un rôle mineur dans ses romans. Si l'on fait mention des autopsies, le légiste n'est pas un personnage majeur et, parfois, reste invisible. Il est à l'origine d'un rapport, mais n'apparaît pas en personne.

La science n'est pas infaillible. Elle ne suffit pas à résoudre un crime. Resnick et Elder doivent se fier à leur intuition et leur travail de base. Il n'y a pas de Kay Scarpetta. La science ne pourra jamais répondre à toutes leurs questions. Néanmoins, le cadavre qui apparaît au début de chaque roman et s'insère à des moments discutables de la narration n'est pas un simple et trivial élément du récit, mais symbolise la violence de la société. Les blessures peuvent être des indices, mais surtout la métaphore d'un univers brutal. Les principales transgressions prennent la forme de pénétrations : le viol, la blessure à l'arme blanche ou au scalpel. Le tueur ou le criminel annule l'intégrité corporelle.

La peau est une protection, une surface sur laquelle le criminel rédige une histoire de vandalisme. Le rôle de la police est d'éradiquer l'élément criminel. Néanmoins, dans les romans de John Harvey, la loi et l'ordre ne sont jamais pleinement restaurés. La société n'en sort jamais intacte. Le détective porte son fardeau de douleur et de culpabilité. A la fin de Flesh and Blood, Joanne accuse Elder d'être responsable de l'agression de leur fille Katherine. Ce fardeau symbolique est représenté par l'image du cauchemar. Au début du roman, Elder rêve de chats sauvages, puis découvre sa fille nue dans une baraque de plage, entourée de chats sauvages. En conséquence, c'est Catherine qui se met à rêver de chats. Il semblerait qu'Elder soit à l'origine de ce cauchemar devenu réalité.

Le corps (qui peut s'avérer bien vivant) n'a pas a être décrit dans les détails afin d'être omniprésent dans la narration. Il est à la fois un point de départ et la page sur laquelle le criminel laisse sa signature. Un message que l'enquêteur doit déchiffrer. Et pourtant, les informations sont rares, voire inexistantes.

 

Un cadavre disparait

Les scènes du crime ne sont pas toujours décrites dans leurs moindres détails. Dans Lonely Hearts, le meurtre de Shirley Peter est décrit dans un rapport de police qui donne quelques informations sur la vie de la victime, puis :

Du lieu du crime, on a tiré quelques cheveux sur le pull de la victime qui ne lui appartiennent pas, des raclures de peau sous le petit doigt de la main droite, des poils pubiens masculins autour du pubis…

Le rapport est interrompu par un des agents de police, et on ne nous fournit pas d'autres détails1, uniquement des spéculations quant à l'identité de l'assassin. On ne nous donne guère plus pour Mary Sheppard, la seconde victime : l'auteur préfère mettre l'accent sur les réactions de la famille et des policiers présents, lorsque Lynn Kellog manque de s'évanouir. Charlie Resnik souligne même l'imprécision du rapport et ses « nombreux coups » (Dont on n'aura jamais le chiffre exact.)

Plus intéréssant encore est la découverte du corps (encore vivant) de Tim Fletcher par son amante Karen Archer dans Cutting Edge. En effet, le corps a disparu et, dans la description, il ne reste que ses vêtements et cette description :

…Elle trouva quelque chose étalé au sommet de l'escalier de métal partant du domaine de l'université pour finir sur une passerelle à piétons ; quelque chose de sombre à moitié coincé sous les portes. Un vieux paquet de vêtements abandonnés et des poubelles remplies d'ordures. Ce n'est qu'une fois au milieu des escaliers qu'elle comprit que ce qui gisait là était une personne, que tout d'abord, elle prit pour un ivrogne. Mais le tube d'un stéthoscope qui saillait de dessous le corps la détrompa.

Quelques lignes plus tard, on mentionne des « blessures », mais le narrateur s'intéresse davantage aux réactions de Karen qu'au cadavre de la victime.

Néanmoins, dans  Flesh and Blood, le fil narratif est en partie basée sur la recherche d'un cadavre disparu, celui de Susan Blacklock, qui à la fin du roman, s'avère bien vivante et résidant en Nouvelle Zélande. Susan Blacklock n'est qu'un prétexte pour décrire la descente aux enfers de Shane Donald (Un des deux hommes soupçonnés du meurtre.) Cependant, à mi-chemin du roman, un meurtre est commis par un autre homme (et le corps découvert à cent pages de la fin.) Le cadavre d'Emma Harrison est donc autopsié, donnant être un chef d'œuvre d'imprécision de la part de John Harvey :

L'autopsie ne put déterminer la cause du décès : les blessures infligées, le temps passé dans une tombe peu profonde par temps chaud. A moment donné, au cours de son calvaire, la vie l'avait quitté. La probabilité qu'Emma ait été déjà morte lorsqu'elle effectua son ultime voyage vers la côte était forte, mais il serait difficile de le prouver.

Pour ce qui est des agents présents sur les lieux du crime, ils n'ont pas grand-chose à découvrir.

Si John Harvey n'est pas très précis en ce qui concerne les traces que laissent les criminels, il est plus attentif aux relations entre les vivants — en l'occurrence ses protagonistes. Ce sont eux qui détiennent la clé des comportements criminels. Par exemple, dans Flesh & Blood, Le crime n'est pas le thème principal ; il s'efface devant la relation triangulaire entre Alan McKevinan, Shane Donald et Adam Keach. Sinon, ce serait le récit de la façon dont Alan McKevinan a pu s'imposer et se faire respecter, voire faire naître un amour, entre Donald et Adam et les pousser à tuer des jeunes filles. Il a également instauré entre eux un esprit de compétition, qui va jusqu'au stade ou Alan voudrait être pire que Donald et où Donald finit par se blesser. Dans l'œuvre de Harvey, les relations personnelles sont hautement destructrices.

 

Quand un cadavre rencontre un autre cadavre…

Dans les romans de John Harvey, les corps se croisent, se touchent brièvement, puis retournent à leur existences solitaires. La solitude est au cœur du premier roman de John Harvey, Lonely hearts, où les victimes sont choisies parmi les femmes mettant une annonce dans une rubrique des cœurs solitaires. Dans Le Moi-peau, le psychanalyste Didier Anzieu offre une explication versatile sur la construction du moi par rapport à la peau. Il postule que « L'ego est le projection de la psyche sur la surface du corps2 et définit le moi-peau comme « une image mentale où, durant les premières phases de son développement, l'ego de l'enfant se représente comme un ego au contenu psychologique, avec pour base l'expérience de la surface du corps3. Ce qui signifie que l'expérience se fait à la fois intérieurement et extérieurement par rapport à une identité. 

L'enfant se construit en gardant sa mère à une distance accessible. Si elle s'éloigne trop longtemps, il se retrouve perdu. Donc, la construction du moi est basée autour d'un double mouvement de toucher et de sentiment d'absence. La peau est l'ultime frontière, intérieure comme extérieure, du corps. C'est une passoire physique qui accepte ou nie l'accès à l'intérieur du corps et récolte involontairement les résidus du climat psychique et environnemental. Notre peau porte sur elle l'histoire d'une vie d'erreurs, de bleus, de vergetures et de cicatrices. Il y a un lien crucial entre l'aspect spatial de la séparation physique et l'espace ou l'environnement physique où a lieu cette séparation — ce que Didier Anzeu appelle « l'environnement-mère ».

Ce mouvement double est au cœur des romans de John Harvey. Au début de Rough Treatment, Maria Roy déprécie son corps parce que son mari ne prête aucune attention à ses seins. Elle leur dit alors :

Peu importe, misérables petits sacs, il y a forcément, quelque part, quelqu'un qui vous aime.

Son corps ne semble n'exister que sous les caresses d'un homme. Sinon, ses seins ne sont que des « sacs »… Vides et mal aimés. Jusqu'à sa rencontre avec Jerzy Grabianski, Maria se considère incomplète. C'est également vrai de Shane Donald qui, dans Flesh and blood, doit apprendre à faire l'amour, puisqu'il ne peut s'empêcher d'être violent avec les femmes, y compris Angel. Il doit apprendre à ne pas faire mal. Il est difficile de connaître la tendresse lorsqu'on n'a soi-même jamais été aimé. Alan McKeirnan a abusé de Shane Donald avant de lui faire violer et tuer Lucy Padmore, âgée de seize ans.

Dans la première édition (1985) de Le Moi-peau, Anzieu distingue neuf fonctions liant la peau au moi : soutenir, contenir, protéger, individualiser, relier, sexualiser, recharger, signifier et agresser ou détruire. Ces fonctions ne sont pas interdépendantes, mais forment divers types de transcriptions métaphoriques des fonctions de la peau. Les romans de Harveu traitent de plusieurs de ces fonctions, les essentielles étant l'individualisation, la connexion, la sexualisation et l'agression ou la destruction. La neuvième fonction (La destruction) fut retirée de Le Moi-Peau dans sa seconde édition (1995) pour n'être plus qu'une expression pour tout ce qu'il y a de négatif, la destruction du moi opposée à sa construction. L'anti-peau détruit la consistance du corps. Pour ce qui est du roman policier, l'annihilation d'un corps correspond néanmoins à l'a construction — même par la négative — d'un autre : le détective. Je me référerai donc maintenant à cette neuvième fonction comme la principale dans les romans de John Harvey.

Charlie Resnick et Frank Elder grandissent au milieu des tissus cicatriciels, via la confrontation avec le souffrance de l'autre qui est la base de leur action. Comme le définit Steven Connor dans The Book of Skin, une cicatrice signifie la rupture de la peau, pénétrée dans sa surface. C'est la marque de la blessure et, pour l'enfant, un moyen de la revivre. Dans le cas de l'enquêteur, le tissu cicatriciel — physique ou mental — signifie que les protagonistes revivent les défauts de l'humanité, sa violence et sa capacité de haïr.

Les policiers de John Harvey sont des professionnels, mais cela ne les rend pas insensibles à la douleur et ne les protège pas du danger. Au contraire, en rendant le corps techniquement moins présent, John Harvey rend le mort omniprésent dans la narration et interférer dans la vie des suspects et des policiers. Leurs morts semblent moins omniprésentes et l'impact sur leurs vies plus important.

Les intrigues secondaires sont aussi importantes dans la construction de l'ego des vivants. John Harvey se passe de détails macabres. Il ne fait que mentionner la dénomination technique de chaque affaire : « Enfants abusés », « Viol », « Agression », « chasse à l'homo », « chasse au Pakistanais », etc ; pas de noms, pas de lieux, pas de détails, uniquement l'ombre de la victime et du coupable présents derrière ces termes. Contrairement à ce qui se passe dans les romans de Kathy Reichs et Patricia Cornwell, le corps n'est pas omniprésent dans toute sa fragile mortalité. Comme l'explique Jean-Thierry Maertens dans le cinquième tome de Ritologiques (Le jeu du mort), notre société peut aborder le cadavre de différentes façons. Il y a aussi bien des façons de traiter le cadavre littéraire. D'après Maertens, le corps peut être abandonné, exposé, mangé, embaumé, brûlé ou enterré. Le corps littéraire peut être exposé avec une précision toute scientifique (Katy Reichs, Patricia Cornwell) ou avec tous les détails sordides (La fiction Gothique contemporaine), abandonné (Agatha Christie) ou incorporé dans l'évolution des protagonistes. Ce qui correspond au cannibalisme rituel pratiqué dans certaines sociétés et au genre de polar que pratique John Harvey. Comme l'explique Jean-Thierry Maertens, l'endocannibalisme ne cherche pas la destruction du cadavre, mais son appropriation intellectuelle. Le manger est une façon de partager son savoir. Ce genre de cannibalisme peut se muer en rituels comme l'eucharistie Chrétienne, liant le langage au pouvoir. (Le pouvoir religieux transformant le pain et le vin en sang et corps du Christ.)

C'est aussi une puissance littéraire qui permet à l'auteur de créer des personnages à l'aide de mots. Charlie Resnick et Frank Elder, tout comme les collaborateurs de Resnick, évoluent au fur et à mesure des rencontres avec d'autres personnages et des nouvelles enquêtes. Resnick et Elder accumulent les relations inabouties ; tous deux sont divorcés ou séparés d'épouses parties avec un autre homme avant de revenir à leur mari4, tous deux ont eu de brèves liaisons ensuite pour reprendre le cours de leurs vies. Dans les romans de John Harvey, le protagoniste est au centre d'un réseau de relations, mais ne reste jamais bien longtemps proche de quelqu'un.

 

Conclusion

John Harvey transforme le cadavre littéraire en substance pour ses protagonistes tout aussi littéraires. Cette forme de cannibalisme est aussi celle du lecteur, qui voit un personnage en chair et en os là où il n'y a que papier. Ce qui explique la demande croissante des éditeurs comme des lecteurs pour des séries de romans policiers à personnage récurrent. Les auteurs doivent donner de plus en plus de substance à leurs héros pour que les lecteurs restent satisfaits. Leur psychologie doit évoluer. Leur passé et leurs motivations doivent être exposés au fur et à mesure que les protagonistes avancent dans le temps.

 

Bibliographie

Sources primaires

John Harvey. Lonely Hearts. London: Arrow, 2002.

John Harvey. Rough Treatment. London: Arrow, 2002.

John Harvey. Off Minor. London: Arrow, 2001.

John Harvey. Wasted Years. London: Arrow, 2002.

John Harvey. Cold Light. London: Arrow, 2005.

John Harvey. Easy Meat. London: Arrow, 1996.

John Harvey. Still Water. London: Arrow, 1998.

John Harvey. Last Rites. London: Arrow, 2002.

John Harvey. In a True Light. London: Arrow, 2002.

John Harvey. Now's The Time. London: Heinemann, 2002.

John Harvey. Flesh and Blood. London: Heinemann, 2004.

John Harvey. Ash and Bones. London: Heinemann, 2005.

Sources secondaires

Didier Anzieu. Le Moi-peau. Paris: Dunod, 1995.

Delphine Cingal, « Traces, indices et empreintes : la naissance de la police scientifique et l'émergence du roman policier au XIX° siècle » et « Patricia Cornwell : Kay Scarpetta ou les sciences médico-légales modernes appliquées à la fiction » dans Empreintes (Yannick Beaubatie ed.) Tulle: Mille Sources, 2004. P. 95-101 et 111-118

Steven Connor. The Book of Skin. London: Reaktion Books, 2004.

Jean-Thierry Maertens. Ritologiques 5: Le Jeu du mort. Paris: Aubier, 1979.

Ronald R. Thomas. Detective Fiction and the Rise of Forensic Science. Cambridge University Press, 2000.

 

Notes

1 Le rapport du légiste devrait le confirmer, mais la mort semble résulter d'une série de coups sur le crâne portés avec un instrument plutôt lourd. Il y a aussi des bleus sur le cou, autour de la trachée artère et juste en dessous de la mâchoire. Marbrures sur le ventre et au-dessus des hances. (130) retour

2 Didier anzieu, Entretiens avec Gilbert Arrab sur la psychologie et la psychanalyse, p.63. retour

3 Didier Anzieu, Le moi-peau, Dunod 1995. retour

4 Pour Charlie resnick, voir sa liaison avec Elaine dans Cutting edge et pour Frank Elder, voir sa relation avec Joanne et leur fille Katherine dans Flesh and blood. retour


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