Profitant de la bonne forme dont jouit la littérature noire dans
l'actualité – renforcée par la quantité et la qualité des
nouveaux titres, la création continuelle de nouvelles collections éditoriales
et la consolidation progressive de forums de discussions, débats et études
du genre, la maison d'édition Menoscuarto lance sur le marché une
intéressante anthologie qui regroupe treize nouvelles de quelques
uns des plus illustres auteurs espagnols
La sélection se distingue par son caractère hybride et ouvert,
faisant place aussi bien à des auteurs incontournables du genre en
espagnol, tels Francisco González Ledesma, Juan Madrid ou Andreu Martin
qu'à de jeunes écrivains que l'on associe moins au roman policier
comme Rafael Reig. Cette hétérogénéité, également
perceptible dans les aspects formels et thématiques des récits
est le principal intérêt du recueil « Cuentos ciertos » (histoires
véridiques). Tout le monde n'y est pas, à cause de la sélection
imposée par toute anthologie, mais ceux qui y sont permettent de brosser
un panorama complet de la situation actuelle du roman noir en Espagne.
Comme le fait bien remarquer dans le prologue
de l'œuvre, l'écrivain
et journaliste Fernando Martínez Laínez, responsable de la
maison d'édition, plusieurs changements de diverse nature se sont
produits dans la littérature policière. Les détectives
ont perdu leur position privilégiée de protagonistes au profit
des Membre des Forces de Sécurité de l'Etat, dont les moyens
techniques et scientifiques paraissent bien mieux appropriés pour
les enquêtes que les armes déductives des limiers classiques
et le cadre du délit s'est modifié. Cette réalité changeante
se reflète dans les nouvelles de l'anthologie qui, bien qu'elles mettent
en scène toutes sortes de personnages, ont principalement pour héros
des fonctionnaires d'Etat comme Petra Delicado, Martina de Santo ou Méndez.
En plus de la magnifique radiographie du genre
noir qu'elle nous offre avec sa sélection et par l'intéressant prologue de Martinez Lainez,
(qui, contrairement à ce qui se produit souvent pour ce genre de texte,
mérite d'être lu), la lecture de cette anthologie est surtout
recommandée pour la qualité de ses nouvelles .
Directes, emplies de tension, conçues pour être lues d'un trait,
elles démontrent, sans dédaigner la critique et le portrait
social, le caractère agréable et divertissant d'un genre qui
parait vivre actuellement une période de fécondité et
de vitalité seulement comparable à celle de la Transition,
où une génération d'auteurs, sous
la bannière de Manuel Vázquez Montalbán,
réussit à créer, à partir
de presque rien une tradition policière hispanique.
Contes criminales
Crímenes Contados
(Antología del relato negro español)
Sélection de
Fernando Martínez
Laínez
Editions
Menoscuarto • Avril 2006 • 266 pages
Àlex
Martín Escribà
Traduction : Jean-Pierre Petit
Hétérogénéité,
vraisemblance et divertissement sont quelques unes des caractéristiques
de Crimenes
Contados (Crimes
contés), une anthologie qui réunit différents
récits policiers. Tous ont été soigneusement choisis
et sélectionnés par Fernando Martinez Lainez, un des auteurs
les plus prolifiques du genre noir espagnol.
En introduction, l'écrivain barcelonais nous fait pénétrer
dans le genre avec une étude historique qui s'emploie à retracer
le parcours de la figure du détective privé au cours de son
siècle et demi d'existence. Cette analyse permet à Martinez
Lainez de relier le mythique enquêteur américain à tous
ces personnages littéraires qui ont fait leur apparition au milieu
des années soixante-dix en Espagne. Parmi eux, ceux crées par
Manuel Vazquez Montalban, Francisco Gonzalez Ledesma, Andreu Martin ou Martinez
Lainez lui-même, qui ne sont rien de plus qu'une continuation en Espagne
du reflet de cette ville américaine du début du siècle,
une ville en pleine crise et en pleine décomposition de toutes ses
valeurs.
Sur ce thème, nous trouvons treize contes dans une anthologie où il
nous faut distinguer plusieurs générations : en premier
lieu, celles incarnées par les plus anciens comme les aventures de
Mendez, sous la plume de Gonzalez Ledesma, les troubles équipées
de Juan Madrid ou les toujours inquiétantes narrations de Andreu Martin.
Pour compléter cet échantillon anthologique suivent de véritables
délices littéraires comme les aventures de Buenaventura Pals,
sous la plume de Manuel Quinto ou le commissaire Torrecilla, de la main de
Rafael Reig, sans compter les apparitions toujours attractives de Petra Delicado,
de la main d'Alicia Gimenez Bartlett.
Quoi qu'il en soit, Crimenes Contados,
rassemble principalement quelques idées bien novatrices : parmi celles-ci,
s'évertuer à diffuser
le conte policier, une branche qui bien qu'elle ait incarné durant
des décennies la naissance du genre, semble ne pas cesser de s'étendre
de façon généralisée sur le territoire espagnol.
De plus, les treize récits méritent d'être considérés
pour différentes raisons d'intérêt et de représentativité à l'intérieur
du genre : en premier lieu pour savoir offrir cette surprise finale
qu'attend impatiemment le lecteur de romans policiers, ensuite par la qualité narrative
qui les caractérise et pour le langage féroce qui est employé dans
chacun d'entre eux. Comme si cela ne suffisait pas, nous ne devons pas omettre
la description dans chacun des récit des ambiances nocturnes et marginales
si particulières à cette forme de littérature, de même
que la focalisation sur le criminel et de son poursuivant, éléments
qui nous séduisent tant à l'intérieur de toutes les
variations du genre policier. Pour tous ces motifs, nous ne pouvons que féliciter
le compilateur de ses contes ainsi que la maison d'édition Menoscuarto ;
une initiative que nous espérons voir se renouveler bientôt
avec une autre compilation de crimes contés et à conter.