le polar européen en ligne de mire
n°6 Août-Septembre-Octobre 2006

 

 

Le polar et la table

 

Sophie Colpaert, Hob ou l'impossibilité d'enquêter le ventre vide

André-Pierre Diriken, La cuisine de Cawèlêr, chat liégeois

Claude Mesplède, Deux manuels de recettes

Claude Mesplède, Trois fictions à propos de "crime et gastronomie"

Corinne Naidet, Les recettes de la Série Noire

Corinne Naidet, Simenon et Maigret passent à table - Robert Jullien Courtine

Sandro Ossola, Wolfe et Carvalho deux manières de manger, deux manières de conduire une enquête

Giovanni Zucca, La cuisine du délit

 


Hob ou l'impossibilité
d'enquêter le ventre vide

Richard Deutsch, La Bistouille mortelle de Lille et Les Voix de Brest, éditions du 28 août, coll. "28-8 police!", mars 2006.

Sophie Colpaert

Dans la série, déjà bien nourrie, des enquêteurs gastronomes, un nouveau personnage a fait son apparition en France ce printemps 2006. Il s'agit du commissaire Hetib Hobzbizzeit (il préfère qu'on l'appelle Hob, ouf !) commis par Richard Deutsch.

Basé à Paris sous l'autorité d'un chef tatillon qui ne quitte jamais la capitale, Hob est envoyé dans la province française au gré de ces affaires qui demandent un enquêteur supplémentaire et un flair de qualité supérieur. Le bonhomme est célibataire, amateur de bonne chère et il réfléchit toujours beaucoup mieux devant une table bien garnie. Quelques soient les difficultés rencontrées, un bon repas le remet immanquablement d'aplomb, physiquement et moralement. Vu sous cet angle, ses déplacements en province lui conviennent parfaitement car il y trouve de bonnes tables, aux produits variés selon les régions, et qu'il ne pourrait se payer à Paris.

La première enquête, Les Voix de Brest, emmène Hob à Brest où trois femmes ont été assassinées le même jour. Trois grenouilles de bénitier passablement défraîchies qui chantaient dans la chorale des Joyeuses Mésanges de la Mer et possédaient toutes les trois un baladeur MP3, technologie parfaitement incongrue entre leurs mains. Pour enquêter sur ce mystère des voix bretonnes, Hob fait honneur à la gastronomie locale et carbure aux cochonnailles, aux galettes (crêpes de farine de blé noir garnies d'un accompagnement salé) et aux plateaux de fruits de mer devant lesquels il s'efforce de sucer aussi silencieusement que possible ses pattes de langoustines. L'enquêteur relance régulièrement ses petites cellules grises à coups d'espresso et malheur au cafetier qui le gratifie d'un infâme breuvage ! S'il partage volontiers sa table dans un restaurant gastronomique, sans regarder à la dépense car pour lui les plaisirs de la nourriture sont essentiels, le commissaire n'est nullement effrayé à l'idée de prendre un repas seul dans un lieu public. À force d'habitude, il ne remarque même plus que les restaurateurs et autres bistrotiers ne manquent jamais de coller ces clients esseulés dans les endroits les plus infects de leurs établissements : près des toilettes, près de cuisines, près de la porte d'entrée. A la différence d'un Montalbano qui déteste parler en mangeant, Hob est capable de continuer à enquêter tout en appréciant pleinement la nourriture servie dans son assiette. Et si une adresse lui sert un plat qu'il juge exceptionnel, elle est élevé e au niveau de référence et, en tant que telle, rejoint les autres dans le petit carnet à spirales qui sert à Hob d'aide-mémoire gastronomique.

Pour sa deuxième enquête, Hob est expédié à Lille, dans le nord de la France, pour une sombre histoire de distillerie clandestine. Pas de quoi fouetter un chat, pense-t-il. Sauf qu'arrivé sur place il est accueilli par le commissaire Jablonski qui l'emmène déjeuner dans le meilleur restaurant de la ville et lui révèle que certaines adresses parviennent à proposer toute l'année des plats très raffinés à des prix étonnamment démocratiques. Jablonski a commencé à tester, non seulement ça n'est pas cher mais en plus, c'est très bon. Comment font-ils ? La réponse se déverse bientôt sur l'autoroute sous la forme de sachet de nourriture lyophilisée. Le restaurateur n'a plus qu' à assembler le tout pour obtenir un tournedos Rossini ou une poularde demi-deuil. Le procédé n'est, hélas, pas nouveau, mais quand les sachets sont distribués par la mafia chinoise au mépris de tout contrôle sanitaire... on peut craindre le pire ! Comme Jablonski et ses hommes, trop facilement repérables, ne peuvent faire le tour de tous les restaurants soupçonnés, il charge Hob et ses légendaires papilles gustatives de tester quelques-unes de ces étonnantes tables.

Si dans la première enquête, Hob se contente de déguster, dans La Bistouille mortelle de Lille, il s'interroge longuement sur les rapports qu'entretiennent ses contemporains avec la nourriture. Difficile d' être insensible à pareil thème pour peu que l'on soit un tantinet gourmand et l'on ressort du livre fort songeur quand au contenu de nos assiettes et au rapport qualité/prix que nous sommes prêt à accepter.


La cuisine de Cawèlêr, chat liégeois

André-Pierre Diriken
Auteur Liégeois de romans policiers et dentiste

Lorsque je poussai la chatière que François avait spécialement installée pour que je puisse aller assouvir mes immenses besoins sexuels et autres besoins tout aussi naturels sans déranger toute la maisonnée, je constatai quec Yèyiette finissait de préparer un lapin au sirop de Liège.

Temps mort ! Malgré le tragique de la situation et mon maître qui agonise dans son petit lit d'hôpital plein de sang, je vois tes yeux qui s'allument, tes papilles qui s'aiguisent, ton odorat qui se tend et ta salive qui grimpe dans ta mandibule comme l'eau d'une baignoire. Alors bon, puisque tu ne respectes rien et que ta gourmandise méprise ta compassion, je vais te raconter la recette comme le ferait Tchantchès1 s'il était en mesure de tenir la plume. Cela pourra toujours te servir pour épater une minette ou un minet avec tes talents enculinaires... C'est ce que j'appelle faire d'une pierre deux coups !

Dans la famille, nous avons la chance de compter des cousins flamands qui élèvent de gros et gras léporidés dont les cadavres n'en finissent pas de hanter notre congélateur. Inutile de te rappeler que moi, le lapin, ça me débecte car, chaque fois que j'en mange, j'ai l'impression de me farcir un congénère.

Hier, Yèyette en avait choisi un de bonne taille et l'avait placé dans le frigidaire afin de lui faire oublier lentement le froid polaire qui l'avait pétrifié juste après son massacre à la tronçonneuse.

Et, ce matin, dès le matin, elle avait sorti les morceaux de la bête pour les rouler dans de la farine et les faire dorer à feu vif dans un fait-tout légèrement huilé. Puis, elle avait préparé une cabolêye d'oignons2 en les faisant suer avec un peu de beurre jusqu'à ce qu'ils en deviennent transparents. Ensuite, elle avait disposé les morcifs du martyr dans une large cocotte en fonte émaillée sur le lit d'oignon, avait ajouté un demi pot de véritable sirop de Liège, de la flotte jusqu'à noyer la moindre esquille, quelques bokès3 de sucre, un mince filet de vinaigre, plus enfin, une gerbe funéraire composée de thym et de laurier assemblés par un vieux bout de ficelle.

Y'avait plus qu'à laisser cuire la bestiole qu'elle servirait avec de véritables pruneaux de Liège, fabriqués à Agen, et, ensuite, de filtrer la sauce pour la lier avec de la Maïzena.

C'est lors de cette liaison dangereuse que je fis irruption dans la cuisine, maculé du sang de mon maître…

(extrait du dernier roman -inédit- contant les aventures de Cawèlêr4, chat liégeois)

Note de l'auteur  : Pour la petite histoire, cette recette est celle transmise par feu ma grand-mère et est parfaitement réalisable par les gourmets !

1 Tchantchès : marionnette du folklore liégeois, héros populaire et ironique. Personnifie l'esprit liégeois (Etienne Borgers).
2 Casserole d'oignons.
3 Morceaux.
4 Cawèlêr signifie littéralement : « Queue-en-l'air » en dialecte local.


Deux manuels de recettes

Claude Mesplède

Manual práctico de cocina negra y criminal, Montsé Clavé (España)

Montsé Clavé est la compagne de Paco Camarasa qui anime à Barcelone la librairie "Negra y criminal", spécialisée dans la littérature policière. Elle a publié un passionnant recueil en rassemblant 45 recettes évoquées dans un de leurs livres par 45 romanciers de nationalités diverses. Elle y a ajouté une dizaine de recettes personnelles, toutes en relation avec le roman criminel.
Grande spécialiste de la cuisine, Montsé avait déjà publié six ouvrages sur ce sujet, par exemple : cuisine mexicaine, cuisine d'ici et d'ailleurs, cuisine de l'Ebre, etc..

La Mafia se met à table, Jacques Kermoal et Martine Bartolomei

Un ouvrage français sur la gastronomie qui est devenu incontournable. Publié aux éditions Actes Sud en 1992, il reste toujours d'actualité avec plus de 200 pages sur la Mafia et les recettes siciliennes.


Trois fictions à propos de "crime et gastronomie"

Claude Mesplède

Coup de gigot - Roald Dahl, in « Bizare, bizarre », Folio.

Cette célèbre nouvelle publiée en France sous trois titres différents est également un chef d'œuvre d'humour noir grâce au téléfilm tourné par Alfred Hitchcock. On y voit l'actrice Barbara Bel Geddes (qui eut son heure de gloire dans le feuilleton Dallas) assommer mortellement son policier de mari avec un gigot de mouton congelé. Quelques heures plus tard, elle invite les collègues du mort, venus enquêter, à déguster le gigot qu'elle a cuisiné au four. Ce sont les enquêteurs qui font ainsi disparaître l'arme du crime.

 

Congrès gastronomique - José Gaspar da Natividade (n° 597 du Masque), Portugal

A l'hôtel Monumental de Lisbonne, se tient un congrès gastronomique international. Un des convives meurt empoisonné après avoir mangé des champignons durant le banquet. Plusieurs autres participants seront poignardés ou étranglés. Mais le personnage favori de l'auteur, le détective anglais et fin gourmet Sam Brown, de passage au Portugal, va enquêter sur ces meurtres et résoudre l'énigme.

 

Les cuisines du diable - Alain Germain

Quand gastronomie rime avec crime, le spectre de la maison Borgia n'est pas très loin...

L'auteur : Alain Germain est un homme de spectacle. Metteur en scène, chorégraphe, costumier, architecte et décorateur, pas un recoin du théâtre ne lui échappe. Diplômé des Arts Décoratifs et des Beaux-Arts, il fonde sa propre compagnie en 1972. Les cuisines du diable est son huitième roman.

Le livre : A Paris, les clients d'un grand restaurant ont pris la fâcheuse habitude de s'écrouler brutalement à la fin du menu « dégustation gastronomique ». Des hommes à l'embonpoint certain dont la mort pourrait aisément être qualifiée de naturelle. Or le commissaire Legrand et son ami le Docteur Hauterive ont justement décidé de fêter leurs dix ans de vie commune « Au Faisan bleu » alors qu'un des convives vient de succomber . Intrigués, les deux hommes vont conjuguer leurs talents pour résoudre cette curieuse énigme qui les conduira jusqu'à un vieux grimoire de recettes médiévales où l'on découvrira que l'usage des plantes n'était pas réservé à la seule médecine.


Les recettes de la Série Noire

Le livre de cuisine de la Série Noire
Arlette Lauterbach et Alain Raybaud (Gallimard 1999)

Le livre des alcools de la Série Noire
Arlette Lauterbach et Patrick Raynal (Gallimard 2001)

Corinne Naidet

 

Deux recueils qui, s'ils ne sont pas récents, n'ont pas pris une ride et sont toujours disponibles.

Dans le premier, l'on découvrira cent cinquante passages de romans où les personnages de la Série Noire se pourlèchent les babines en concoctant ou simplement en évoquant quelques mets chers à leurs papilles. Car comme le dit très justement Christine Ferniot dans un article de Lire (2001), « Flics ou truands ne laissent jamais rien au hasard dès qu'il s'agit de bonne chère. Préparation et dégustation de petits plats sont les ingrédients indispensables aux meilleurs suspenses. »
Les auteurs ont donc sélectionné cent cinquante étapes gourmandes dont ils ont tiré 298 recettes (variantes d'un même plat ou approchant). Les amateurs de littérature et de bonne bouffe pourront ici satisfaire leurs penchants pour ces deux plaisirs en concoctant les beignets de langue de morue évoqués dans « Total Khéops » de Jean Claude Izzo ou en préparant de l'alligator sauce piquante dont les personnages de Chester Himes sont friands (reste à trouver l'alligator !). Et si souvent, on évoque la cuisine dans le polar méditerranéen avec le trio Montalban-Izzo-Camilleri. Ce livre montre bien que les durs à cuire du monde entier aiment à se mettre aux fourneaux.

Le deuxième opus, dédié à Jean-Claude Izzo, illustré par Joëlle Jolivet, aurait dû paraître avant « Le livre de la cuisine de la Série Noire  ». Les auteurs voulant sûrement nous faire croire que l'on boit plus que l'on ne mange dans la littérature noire (noire comme certaine et certain après abus de ces boissons alcoolisées). Il est vrai que le personnage de polar attend rarement de se mettre à table pour se rincer le gosier, se piquer la ruche, s'en jeter un petit et s'allumer la glotte avec le coup de l'étrier. Les buveurs d'eau, à part les repentis comme Matt Scuder, le personnage de Lawrence Block, ou quelques atypiques, sont des raretés chez les polardeux... Ce livre propose donc 302 cocktails, liqueurs de ménage, boissons chaudes, fruits à l'alcool, desserts, sauces et boisons fermentées ayant pour principal ingrédient, l'alcool.
302 recettes - presqu'une différente pour chaque jour d'une année complète si on prévoit un jour de pose hebdomadaire.
302 recettes tirées de 124 romans avec en regard le passage où ce breuvage est cité. Avec des noms à faire saliver : Rusty nail, Bloody Cesar, Orage tropical, Czarina, Arriba et j'en passe... La poésie des boit sans soif.
En prime, la très pertinente préface de Jean-Marie Laclavetine. Un régal pour l'esprit et pour les papilles.


Simenon et Maigret passent à table
Robert Jullien Courtine

Robert Laffont • 1974 (rééd. 2003)

Corinne Naidet

On a souvent l'image du commissaire Maigret commandant un sandwich et un demi au comptoir d'un bistrot triste et gris, image souvent relayée par les adaptations télévisuelles. C'est oublier Madame Maigret, toujours de bon conseil, toujours prête à concocter un boeuf miroton, du fricandeau à l'oseille ou autre tarte aux mirabelles. De la cuisine familiale, simple et savoureuse, souvent roborative qui sied aux ambiances Simenon. Cette collecte de recettes a été réalisée par Courtine, ami proche de Simenon dont l'auteur belge avait fait une préface pour son livre « L' Encyclopédie universelle de la cuisine » publié en 1969. Les textes sont illustrés par des photographies du Paris des années cinquante où l'écrivain et son héros aimaient déambuler et humer l'atmosphère, une bonne bouffarde en bouche.

Ce livre réédité chez Robert Laffont en 2003 fut publié initialement en 1974 puis en 1992. Grand succès avec une traduction immédiate en anglais et une bonne diffusion aux Etats-Unis (Madame Maigret's recipes) et une version italienne en 1977 (Le ricette della signora Maigret).

Préface de Simenon

Mon cher Courtine,

Voilà bien des années que j'ai renoncé à écrire des préfaces car j'y passerais une bonne partie du temps consacré à mes romans et leur nombre leur enlèverait toute valeur. Voulez-vous accepter de considérer comme une préface cette lettre que je vous écris avec une amicale sincérité ?

Voilà bien longtemps que je vous lis et que je vous admire. Beaucoup de gens, ces dernières années surtout, se sont piqués de gastronomie et presque chaque journal ou hebdomadaire possède sa rubrique de la bonne table . Or, la plupart du temps, la cuisine dont on parle est une cuisine de fantaisie qui s'harmonise mieux avec les meubles gonflables en plastic qu'avec une bonne et solide salle à manger.

J'écrirais volontiers que vous êtes le dernier classique si je ne risquais d'éloigner de vous les amateurs d'originalité à tout prix. Pour chaque plat, vous vous êtes donné la peine de remonter aux sources, souvent paysannes, de rechercher le pourquoi de tel ingrédient, de tel genre de cuisson ou de telle garniture. Souvent aussi, vous avez recherché et trouvé des simplifications qu'exigent nos pauvres estomacs d'aujourd'hui.

Je vous ai vu à l'œuvre. Votre curiosité et votre activité m'émerveillent toujours. Et lorsque je me trouve devant un cas litigieux, c'est chez vous que je me renseigne.

On avait nommé notre ami Curnonsky Prince des Gastronomes. Vous méritez d'hériter de ce titre, encore que je le trouve un peu ronflant et que je lui préfère le mot expert.

Ce sont les experts qui distinguent les faux tableaux des vrais, les œuvres d'art de pacotille et des œuvres d'art authentiques. Vous le faites en cuisine, qui est un art aussi, sinon le plus ancien. Vous connaissez mon admiration. J'aimerai, par le truchement de cette lettre-préface, la faire partager à ceux, très rares, parmi vos lecteurs, qui ne la partagent pas encore.

Amicalement vôtre, mon cher Courtine.

Georges Simenon.


Wolfe et Carvalho : deux manières de manger,
deux manières de conduire une enquête

Sandro Ossola
Traduction : Michel Marx

Sandro Ossola est né à Milan le 26 Octobre 1952. De 71 à 75 il a milité à “Avanguardia Operaia” puis a été l'un des fondateurs de la première radio libre de Milan “Canale 96”. Après une brève expérience journalistique, il a travaillé, à partir de 81, comme traducteur d'anglais et d'espagnol pour les plus grands éditeurs  italiens, traduisant des auteurs de la classe de Chavarria, Taîbo II et Vasquez Montalban. En 89 il a publié chez Mondadori son premier roman “Plus blanc que blanc”. En 2004, avec l'écrivain et traducteur Andrea Carlo Cappi il a fondé la maison d'édition Alacran. D'autres informations sur son site personnel: www.sandroossola.it et sur www.alacranedizione.it.


Si nous imaginons de demander à un hypothétique lecteur idéal quels sont les personnages littéraires qu'il associe au plaisir de manger, probablement la réponse ne nous surprendra pas : Nero Wolfe et Pepe Carvalho (on pourrait citer Maigret, mais il n'est pas leur homologue, étant un policier en activité et de plus marié. Son rapport à la nourriture, d'ailleurs, n'est pas tant lié au plaisir mais plutôt à une revanche contre une faim ancestrale typique de ses origines paysannes).
Pourtant il s'agit de personnages pratiquement opposés qui représentent de manière différente deux extrêmes, deux manières opposées de mettre en oeuvre la recherche de la vérité.

En réalité, parler de nourriture par rapport au polar signifie, en dernière analyse, associer la mort, le crime à la nourriture qui garantit la continuation de la vie, du moins sur le plan physique. Mais on ne va pas s'arrêter à ces contradictions, bien au contraire.
Nous commencerons en précisant que Nero Wolfe ne représente en réalité que la moitié du personnage qui mène l'enquête dans les romans de Rex Stout (ou les trois quarts si l'on fait référence à la corpulence) : l'existence d'un personnage comme Archie Goodwinn est fondamentale si on veut établir une comparaison avec Pepe Carvalho. Les deux détectives ont un seul point commun : le fait d'avoir été à un moment de leur vie agents secrets –mais même sur ce point de vue– de manière très différente. Wolfe a été au service de l'empire austro hongrois à la veille de la première guerre mondiale. Pepe Carvalho apparaît en 71 comme protagoniste d'un roman expérimental “Yo mate à Kennedy” (J'ai tué Kennedy) dans lequel il est un ex militant communiste, maintenant agent de la CIA, garde du corps et assassin de Kennedy.
Evidemment dans le Carvalho “définitif”, il reste seulement le passé de militant politique et quelques vagues soupçons (surtout dans les premiers romans) d'une collaboration avec les services américains. En dehors de la CIA, Manuel Vasquez Montalban -créateur de Carvalho– a différents points en commun avec son personnage : de l'amour de la bonne cuisine au militantisme communiste qui lui valurent 18 mois de séjour dans les prisons du pays au temps du franquisme.
Stout au contraire, n'était qu'un écrivain normal, on ne peut pas dire qu'il ait jamais été impliqué dans des aventures de quelque espèce que ce soit. Entre autres la dualité Nero Wolfe–Archie Goodwin permet –avec un réel calcul de marketing– de réunir les deux principales tendances du roman d'investigation : celle de l'enquêteur à l'anglaise, le génie individualiste qui travaille avec sa seule matière grise et qui comme un ordinateur rassemble les éléments, les organise et celle à l'américaine où il traîne tant dans des lieux sélects que dans les bas fonds, donne et prend des coups, séduit et est dragué par des femmes de toutes sortes, en somme “se salit les mains”.

Et nous voici au cœur du sujet.
Tant Wolfe que Carvalho ont un rapport à la nourriture qu'on peut définir comme “maniaque”. Mais il s'agit de “manies” très différentes même pour ainsi dire opposées Nero Wolfe est un mangeur solitaire, le plaisir de son palais est onaniste. Il ne partage jamais l'expérience de la nourriture même quand il semble le faire. Ses convives occasionnels le dérangent la plupart du temps. Implicitement son compagnon de table quotidien –Archie Goodwin- n'est pas jugé digne d'apprécier les chefs d'œuvre  préparés par le cuisinier suisse Fritz Brenner. De plus, ils sont rarement l'objet de commentaires, si ce n'est avec le maître queue lui même.
Pepe Carvalho exprime sa maniaquerie aussi en cuisinant lui-même, allant à se hasarder à 3h du matin à faire des plats compliqués et difficiles à digérer. Souvent, se sentant presque coupable, il cherche un ami ou une amie avec qui partager l'expérience.

Ces deux différentes approches de la nourriture (de la manière de cuisiner surtout) trouvent un écho direct dans les méthodes d'investigation de chacun. Carvalho se salit les mains : éventrant les poissons, éminçant les oignons, allant faire les courses à la Boqueria, le marché de Barcelone où il est enivré par des parfums et des puanteurs extraordinaires comme dans tous les grands marchés populaires du monde. Nous pouvons être sûrs que jamais Nero Wolfe ne se collettera à tant de chair humaine et terrestre. En fait c'est un foutu aristocrate. Sa vision de la vie est élitiste : la Beauté, le Plaisir, le Raffinement ne peuvent et ne doivent pas être appréciés de tous. A la fin, par manque de solides traditions qui puissent être des références, Wolfe semble convaincu qu'en matière de cuisine le raffinement compte plus que tout et plus que le produit lui-même. Ce qui en somme est assez typique des américains du Nord. Personnellement – tenant pour acquis, selon les versions contradictoires données par notre distrait Stout, lui-même, que Nero Wolfe est né au Montenegro et est arrivé aux Etats Unis dans les années 20  - je crois que dans la fiction américaine destinée à un public populaire il est d'usage d'attribuer à des personnages non américains les caractéristiques et les tendances négatives ou considérées comme telles. Un fort penchant pour les plaisirs sexuels et celui de la “bouffe” par exemple. Le truc des Européens.

Dans le roman “Haute Cuisine” ayant lieu lors d'un congrès gastronomique, les chefs tous européens : français, et italiens, ainsi que Marko Vukcic, ami monténégrin historique de Wolfe – sont décrits comme des caricatures, personnages bizarres et capricieux, pathologiquement envieux les uns des autres et jaloux jusqu'à l'obsession de leurs recettes dont l'exclusivité est immanquablement un mystérieux ingrédient secret. Dans la réalité les grands chefs sont souvent bizarres, parfois même capricieux mais se vantant rarement de leurs ingrédients secrets ou refusant de dévoiler leurs recettes. L'image que Rex Stout nous en donne est influencée par la vision que l'Américain moyen a des européens: géniaux mais incompréhensibles donc peu fiables.
Et si antihygiéniques.
Alors que Carvalho lui, il se salit les mains, se frotte à la réalité. Parfois même on se demande s'il se jette dans le réel pour enquêter, ou plutôt s'il fait des enquêtes pour plonger dans la réalité. Chez lui (et c'est là peut être un autre point commun avec Wolfe) la curiosité est l'unique pulsion qui prévaut sur la recherche du Plaisir. Il lui arrive donc de manger des aliments qui promettent des saveurs mortifiantes comme les churros gras et rances du bar madrilène de « Assassinat au Comité Central ».  Carvalho sait bien que la possibilité que les churros soient acceptables est faible, pourtant il les goutte. Ce n'est pas pour se faire du mal (concept qui lui est étranger) mais parce qu'il considère cela comme une expérience nécessaire, incontournable lors d'un séjour madrilène.
Pour Carvalho – de même que pour Maigret dans ce sens – la nourriture permet un contact physique qui le rattache à la réalité. Partager le repas, être à table avec quelqu'un, pour Carvalho cela fait partie de l'enquête.
Ceci est absolument interdit chez Nero Wolfe : à table on ne parle pas du travail, ni avec le client du moment, ni avec Archie Goodwin. Cela serait gaspiller sa salive. (Remarque personnelle: si je le rencontrais je lui demanderais s'il considère comme un échec personnel le fait de n' avoir pas même essayé en tant d'années de vie commune d'initier Archie aux plaisirs de la cuisine). Carvalho – comme Vasquez Montalban dans la vraie vie, vous pouvez en être sûrs – quand il a l'opportunité de se mettre à table avec une personne qu'il veut sonder (ou qui souhaite être sondée), épie sa manière de se tenir à table, d'approcher la nourriture, de la regarder et de la toucher avec la fourchette, regarde comment elle verse le vin, le goûte, le fait tourner dans le verre. Trois éléments pour le juger.
En présence de non buveurs, de ceux qui n'ont pas d'appétit ou de ceux qui s'empiffrent sans savourer ce qu'ils mangent, Carvalho nourrit une méfiance culturelle qui peut être n'aide pas à résoudre les affaires sur lesquelles il enquête, mais fournit à Vasquez Montalban la possibilité de décrire les personnages aussi à travers leurs relations avec la nourriture.
En outre, il a l'occasion (peut être la dernière) de faire connaître la réalité barcelonaise en parlant de personnages qui maintenant n'ont plus rien à partager qu'une croissante perte d'identité, une manière commune de sentir qui survit seulement dans quelques habitudes alimentaires.

Dans “Les oiseaux de Bangkok”, Carvalho rencontre un architecte célèbre, ex époux de la victime d'un meurtre. C'est un suspect possible mais son niveau culturel et son passé antifranquiste font penser au détective que l'interrogatoire – s'il avait lieu à la table d'un bon restaurant – pourrait avoir des aspects agréables ou du moins intéressants.
“Vous aimez bien manger ?” demande Carvalho. Lorsque l'autre lui répond qu'il faut manger pour vivre et non vivre pour manger le détective réplique sans hésitations : “alors nous prendrons un café”. Il vaut mieux se mettre à table avec un assassin éventuel qui est un gourmet qu'avec un innocent qui n'apprécie pas la nourriture. Il peut partager avec un parfait inconnu le plaisir d'un panino bien fait, apprécier les efforts culinaires de Biscuter, son assistant sous prolétaire, discuter avec un charcutier de confiance de la variété des jambons ibériques: mais l'indifférence, non, il ne pourrait jamais l'accepter. Parce que l'alimentation n'est pas séparable de la vie et que Carvalho (Montalban) est avant tout curieux de tout ce qui se passe dans la vie réelle.
Dans l'œuvre de Stout au contraire, la passion de Nero Wolfe pour la bonne table sert uniquement à construire un personnage que l'auteur veut présenter fortement comme un excentrique (comme si cela ne suffisait pas il cultive des orchidées, les choyant comme si elles étaient des êtres humains). Un masque comme celui d'un personnage de bal masqué en somme même dans le sens le plus noble du terme, en contraste permanent avec la “saine américanité” d'Archie Goodwin : de même que la faim atavique d'Arlequin comparée à la bourse, fermée à double tour, de Pantalone.

Le but de cet article n'est pas d'exposer une thèse mais d'éclairer les traits des deux personnages littéraires qui expriment, aussi à travers leur rapport à la nourriture, différentes manières de voir la réalité.
Il serait bête de faire semblant d'avoir une position neutre alors qu'il est évident, même pour le lecteur le plus inattentif que la sympathie de l'auteur de ces lignes va au personnage créé par Montalban.
Il est plus juste d'exposer les motifs de cette préférence.

S'il est vrai, comme le disent certains, que même dans les “giallo” (les polars), il y a une droite et une gauche, la droite est représentée par une conception de l'histoire essentiellement basée sur une énigme (Conan Doyle, Agatha Christie). L'enquête se déroule dans une espèce de “réalité distanciée”, avec des personnages pour sûr riches, soit de naissance, soit de par leur habileté financière et ou les seules personnes qui travaillent sont les serviteurs : majordomes, jardiniers, gardes d'enfants etc... A la fin l'enquêteur réunit tout le monde dans un salon élégant et démasque le coupable grâce à ses extraordinaires capacités intellectuelles. Carvalho, fils plus que légitime d'enquêteurs comme Sam Spade et Philip Marlowe (voulons nous les définir comme “de gauche”) préfère avoir à faire à des personnages “vrais”: femmes de chambre, chauffeurs de taxi, cireurs de chaussures et aussi des avocats, des architectes, des musiciens marginaux ou non. Quitte à se retrouver à discuter d'histoires de “bouffe” méditerranéenne à table avec deux prostituées interloquées (Charo, sa femme et une collègue en difficulté).
Montalban, à la différence de Stout, a connu la prison ou il a appris – aussi en dehors de la rhétorique typique du chanteur et compositeur de chansons génois – qu'il n'y a pas les “bons” et les “mauvais”, mais seulement des personnes, chacune différente, avec leurs histoires petites ou grandes et leurs sentiments petits ou grands. Et ou les marginaux sont plus des personnes qui souffrent que des personnes simplement pittoresques.

Pepe Carvalho sait que “nul n'est parfait, même un parfait crétin”, comme le chante Huwey Lewis.
Tout un chacun, une fois dans la vie, peut dire une chose importante : un bon détective doit être prêt à en prendre note.
Et peut être pas seulement un détective.


Note du traducteur (Michel Marx): à propos de polars “droite”, “gauche” on relira avec bonheur les “Chroniques” de Manchette chez Rivages, en particulier celle de “Charlie” d'Octobre 1979.


La cuisine du délit

Giovanni Zucca
Traduction : Maryse Pelletier

En couverture, un revolver menaçant et une paire de menottes. Sous la couverture, un triomphe de gourmandise, d'érudition et de curiosité, placé sous le signe du roman noir ou du polar. Je fais allusion au Manuel pratique de cuisine noire et criminelle élégant volume édité par une petite maison d'édition milanaise spécialisée en gastronomie, la Guido Tommasi Editore. L'auteur de ce livre, qui est à la fois un brillant essai truffé de citations et un authentique manuel de cuisine, est Montsé Clavé, qui anime avec Paco Camarasala librairie de Barcelonne Negra e criminale, étape obligée pour les amateurs de la littérature du genre en visite dans la cité catalane, et bien connue de toute l'édition espagnole.

On navigue du Z d'Émile Zola (avec Teresa Raquin) au A de Raul Argemi, écrivain argentin encore inédit en Italie, puisque c'est l'ordre choisi par l'auteur pour nous faire rencontrer les plus fameux noms du polar et du roman noir. Ceux-ci sont présentés rapidement et associés à une recette . La recette est parfois en rapport avec le milieu où il gravite : on passe d'une bonne soupe à l'oignon gratinée qui aurait parfaitement convenu au commissaire Maigret lui qui aurait certainement détesté les fast-food , à un goulasch dont se régale Kinsey Millhone après justement , trop des repas pris dans ces même fast-food. On passe aussi d'une caldeirada pour Pepe Carvalho (une goûteuse recette de soupe de poisson) à un savoureux steak à la mexicaine “cuisinée” par Paco Taibo II pour son héros Beloscoaran. En bon européen, je rigole et me félicite de voir que les héros de polar yankees sont forcés d'avoir recours à la gastronomie européenne (ou de l'Amérique du Sud ou Centrale) pour se mettre quelque chose sous la dent, au beau milieu d'une enquête, ou d'un mauvais coup. Pour preuve, le poisson à la veracruzienne associée à Ed Mac Bain ou la moussaka avec laquelle le Tom Ripley de Patricia Highsmith fête l'accomplissement de son crime.

Mais l'auteur nous rappelle, que les Nord-américains (au moins ceux décrits dans la littérature) boivent bien plus qu'ils ne mangent : et il est vrai qu'il nous semble tout à fait normal de voir le grand Sam Spade en tête-à-tête avec un Talisker pur malt. Nous pourrions-nous pas imaginer le père de tous les private eye devant une assiette de pâtes?

On ne trouve qu'une seule allusion à l'édition italienne, dans laquelle les deux policiers noirs créés sous la plume de Chester Himes, Coffin Ed et Grave Digger Jones, figurent sous leur nom espagnol de Ataus et Sepulturero: peut-être aurait-il mieux valu préférer leur nom original, ou avoir recours aux noms utilisés dans les vieilles éditions Longanesi , c'est à dire Bara et le Croque-mort, terreurs des délinquants de Harlem.

Mais nous pardonnons volontiers ce petit défaut à un auteur qui, avant de publier ce volume en avait publié un autre , dans lequel l'odeur de cuisine (comme celle du crime) revêtait une toute autre réalité. Je parle de Restes de prison - Les recettes des bons à rien édité par le webzine www.ildue.it, site internet auquel contribuent les détenus de la prison milanaise de San Vittore. Située en plein centre ville, à cinq minutes à pied de

Sant' Ambrogio, l'énorme prison surpeuplée, est réputée pour l'ambiance qui y règne. On l'appelle aussi “il due“ en référence à son adresse. Cette fameuse prison voit défiler toute l'aristocratie du crime (la vraie, non pas celle de fiction): gangsters et mafieux, illustres hommes d'affaires et autres politiques pris la main dans le sac mais aussi de simples inconnus, pour la plupart de pauvres diables , privés, certe de liberté, mais aussi de bonne bouffe…

Ce livre nous fait entrer au coeur des cellules, jusqu'aux tables des détenus qui se nourrissent avec ce qu'ils appellent “la sbobba”, repas fourni par l'administration pénitentière, quelquefois acceptable, mais le plus souvent proche de l'immangeable. À la différence de ces grandes cantines collectives que nous avons tous vu dans la plupart des films US, dans les prisons italiennes, on mange en cellule, en cuisinant de la nourriture fournie par les familles ou achetée sur place et cuisinée sur des petits réchauds précaires (le “coin cuisine” jouxtant les toilettes “à la turque”).

Les couteaux sont interdits: alors comment couper la viande par exemple? On s'arrange avec des ustensiles de fortune, fabriqués à partir des bouteilles de Butagaz vides ou avec les boîtes de tomates pelées, sachant que si ceux-ci sont découverts par les matons, le rapport est inévitable. Pour la râpe à fromage …une simple boîte à sardines trouées à l'aide de clous. On apprend qu'“ouvrir le frigo” signifie mettre les aliments ou les boissons sous un filet d'eau qui coule en continu. Et que si on manque d'un ustensile ou d'un ingrédient difficile à trouver, le recours à l'imagination et à la créativité personnelle font des merveilles. On peut alors voir réunis, du thon en boîte et des tranches de mandarine pour assaissonner des pâtes ; et quand on a trop faim, tant pis pour les quelques fourmis qui se sont attaquées au reste de pâtes, on enlève ce qu'on peut et on avale quand même... En même temps que des recettes qui vous mettent l'eau à la bouche, on découvre des instantanés de la vie des détenus derrière les barrreaux, dont le quotidien “croqué” avec une touche d'ironie laisse percevoir le dénuement et la difficulté de vivre des détenus. Dans le contexte de la vie en captivité, de la recherche des ingrédients au rituel des repas, en passant par la préparation des plats, se nourrir prend une toute autre importance que pour nous qui vivons “dehors”. On découvre aussi, au fil des pages, que la cuisine “exotique” a fait son apparition dans les prisons, en même temps que les détenus d'origine étrangère.

Même si on à aucun moment on n'oublie les barreaux qui nous séparent des détenus, conséquence de violences, d'arrestations, de procès, etc… ce livre rappelle l'humanité qui nous rassemble, et réaffirme le minimum de respect qui devrait être dû aux détenus, dans cette période où les politiques exploitent à la fois “la peur” et le concept de “tolérance zéro” si consensuels… Séparés par les grilles des prisons, donc, mais réunis par l'estomac, nous pourrions sans aucun doute nous aussi apprécier les “spaghettis à la racaille” ou les pâtes aux courgettes et à la sauce “perpèt'”. Alors, nous qui sommes “dehors”, n'oublions jamais tout ceux qui sont “dedans”.

Montse Clave, Manuel de cuisine noire et criminelle, Guido Tommaso Editore, 2006 (190 pages).

www.ildue.it, Avanzi di galera – le ricette dei poco di buono, Guido Tommasi Editore, 2005, 190 pagine.


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RESTAURANT Le Logis de Mérinville
à RIEUX-MINERVOIS (AUDE, FRANCE)
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Son chef, Pierre MORIN, vous fera déguster ses spécialités. Membre de l'association des Amis de San Antonio et de l'association 813, il vous fera visiter le MUSÉE qu'il a consacré à SAN ANTONIO dans son restaurant. Un lieu unique qui rassemble tous les titres de l'auteur en plusieurs langues et de nombreux témoignages (photos, lettres, disques, affiches, etc.). Un musée unique au monde.


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