« C'est important
d'être l'accusé. Et
j'ai quelque chose à dire. »
Albert
Camus, L'Etranger, chap.4.
Je voudrais préciser à Monsieur
Okuba Kentaro que dans mon article sur l'intertextualité policière (L'intertextualité policière :
spécificités et enjeux), mon intention
n'était nullement de réduire le roman policier à un
pur jeu intertextuel. Mon premier souci était, comme l'indique
clairement le titre de l'article, de mettre en lumière les
fonctions et les enjeux de la connexion intertextuelle dans le roman
policier. Je me suis donc intéressé à un
seul aspect
de la narration policière. Dans d'autres articles, j'ai essayé de
mettre en exergue d'autres aspects et d'autres spécificités
du syntagme narratif policier. Dans L'échiquier
textuel : stratégie et tactique de la littérature
policière par exemple, mon attention
s'est portée sur la valeur romanesque du jeu d'échecs
dans la littérature policière. M'inculper donc de vouloir « rédui[re]
l'écriture du roman policier au jeu de l'intertextualité » me
semble relever d'un certain fanatisme intellectuel. Monsieur Kentaro
n'a peut-être pas lu ou vu (je le remercie en tout cas pour
sa tentative d'enlever « la paille » qui
se trouve dans mon œil) le passage dans lequel j'ai insisté sur
l'idée que « le travail intertextuel est
l'un des éléments fondateurs et définitoires
de l'écriture policière ». Cette même
phrase révèle que, pour moi, le plaisir intertextuel
n'est pas l'unique plaisir que le lecteur peut tirer de la lecture
d'un polar. Dans le texte policier, les lieux stratégiques
(sexués)
et les sources de plaisir sont divers et variés.
Deuxième point : Monsieur Kentaro m'accuse de n'avoir
aucune démarche ou aucune « méthode rigoureuse » d'analyse
alors qu'au début de son réquisitoire, il avoue lui-même
que mon travail s'inscrit dans le sillage de la théorie ou de
la doctrine éconienne de l'écriture.
Dernier point : Monsieur Okuba me classe parmi les chercheurs
qui excellent dans l'art de tuer le plaisir du texte littéraire.
L'article Le
Polar ou le genre fascinant lui prouvera peut-être le contraire. J'ai
goûté le plaisir intertextuel, le plaisir hypertextuel,
le plaisir métatextuel, le plaisir titral, le plaisir épigraphique,
le plaisir incipital, le plaisir clôtural, le plaisir herméneutique,
le plaisir stylistique, le plaisir de la lecture silencieuse, le plaisir
de la lecture magistrale, le plaisir de la lecture en classe, le plaisir « de
ne rien lire », et je suis toujours à la recherche
de plaisirs textuels différents.
>> Article Le Polar ou le genre fascinant
>> Texte
d'Okuba Kentaro auquel Moez Lahmédi
répond.