Sophie
Colpaert : La Mort
en écho* est émaillé de
scènes de tensions de couple à la Yvonne Besson,
chargées
d'émotions et dévastatrices pour le lecteur. Avez-vous
conscience de l'effet produit par ces scènes et quelles
sont vos références, vos lectures?
Barbara Abel : J'ai
bien sûr
conscience des tensions que je distille tout au long du roman et
heureusement ! A force
d'écrire des polars tendance thrillers, je me suis aperçue
que ce qui donnait du sel au récit était la façon
dont on raconte l'histoire. Hitchcock l'explique d'ailleurs très
bien : une bombe est placée dans un bus que prend un petit
garçon.
Si le spectateur ignore la présence de la bombe et que celle-ci
explose, la surprise ne durera qu'un instant. Si par contre le spectateur
connaît l'existence de la bombe et qu'il voit le petit garçon
monter dans le bus, la tension sera insoutenable durant tout le trajet
du bus. Tout cela dépend du point de vue que l'on décide
de prendre pour raconter l'histoire. Je n'ai pas vraiment de référence
précise en ce qui concerne mes lectures, mais j'aime observer
la manière dont les autres écrivains mettent les personnages
et les évènements en scène. Pareil pour les
films. Parfois, en regardant un film, je peux flasher sur une idée
de construction ou de mise en scène et la « rebidouiller » à ma
sauce.
S.C. : Dans
vos romans, les femmes ont vraiment des rôles épouvantables
et celui-ci ne fait pas exception. Pourquoi tant de haine? Sommes-nous
si terribles? :-)
B.A. : Non,
bien sûr, nous ne
sommes pas si terrible. Il se fait juste que je suis une femme et
qu'il est plus facile pour moi de me mettre dans la peau d'une femme.
J'ai la sensation d'avoir plus de préhension sur mes personnages
féminins que sur
les personnages masculins en général. Je parviens plus
facilement à me mettre à leur place, et donc à décrire
leur psychologie, leurs sentiments, leur peurs, leurs doutes, etc.
J'ai, dans ma prime jeunesse, suivi des cours de théâtre
et je trouve que l'écriture n'est pas si éloignée
du jeu, dans le sens où, en écrivant, j'interprète
chacun des personnages. Et donc, en toute logique, il m'est plus
facile d'interpréter le rôle d'une femme que celui d'un
homme. Je pense que la catharsis, la faculté de pouvoir s'identifier
au personnage et ressentir de l'empathie pour lui, fonctionne mieux
ainsi. Et puis, il est vrai aussi que lorsqu'une femme est en danger,
on tremble plus que si c'était un homme. C'est injuste mais
c'est comme ça.
S.C. : La
Mort en écho pourrait
donner lieu à une excellente série télévisée.
Il y a de la tension, du suspense, de l'angoisse et un décor
original avec "Le Cheminot", cette maison isolée à l'écart
du village. Avez-vous déjà reçu des propositions
d'adaptations pour le cinéma ou la télévision?
B.A. : Oui,
mais pas pour La
mort en écho.
Du moins, pas pour l'instant. Par contre, mon premier roman** a été racheté par
GTV en vue d'une adaptation audiovisuelle.
S.C. : Vos
romans sont-ils traduits dans d'autres langues et quel accueil
reçoivent-ils?
B.A. : Mes deux premiers romans ont été traduit
en allemand. L'accueil ? Je n'en sais rien, à vrai dire.
Je n'ai pas de mauvais échos, en tout cas. « Duelle »,
mon troisième roman, est actuellement en train d'être
traduit en espagnol et en russe. Ils doivent normalement être
publiés dans le courant de l'année 2007.
S.C. : Vous
verra-t-on un jour aux commandes d'un roman dominé par un
personnage masculin?
B.A. : Oui,
pourquoi pas ? Mais plus important que de mettre
absolument un homme en scène, c'est l'idée qui donnera
naissance au personnage masculin qui doit éclore. C'est vrai
que tous mes romans mettent des femmes en scène, mais l'idée
même de l'histoire exigeait le personnage féminin :
une grossesse par procuration, le lien entre une mère et son
enfant mis en danger, l'enfer d'une femme battue, les relations de
couple mises à mal par l'attente d'un enfant… Je ne m'accroche
pas spécialement au fait de vouloir à tout prix donner
naissance à une héroïne, mais il est vrai que
le genre d'idées qui me vient à l'esprit donne la préférence
aux femmes ou parle des femmes. Avec leurs bons et leurs mauvais
côtés.
* La
Mort en écho,
quatrième roman
de Barbara Abel, est présenté à la rubrique
"Lecture" de ce septième numéro d'Europolar.
** L'Instinct
maternel, Prix Cognac 2002.