le polar européen en ligne de mire

n°6 Août-Septembre-Octobre 2006

 

 

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La punizione (La punition)
Salvatore Scalia

Marsilio éditeur • 2006 • 135 pages

Giuseppina La Ciura
Traduction : Kentaro Okuba

Salvatore Scalia, journaliste et dramaturge, dirige les pages culturelles de “La Sicilia”de Catania. Il a publié “Théâtre” “ Trilogie du mal-être” et “Effets”.

 

“La Sicile comme métaphore” disait Sciascia. Et dans cette Sicile, Catane est une ville importante, emblématique par sa vitalité toute méditerranéenne, faite de sons, d'odeurs, de gestes souvent violents, et par son charme effronté, exhibé, un peu vulgaire, même si, comme le note Tahar ben Jalloun, “la couleur dominante reste le gris sombre, le gris des roches de l'Etna et... même le ciel prend pendant plusieurs mois de l'année les couleurs de l'Etna”1. A Catane, aux marges de la vieille ville splendide et baroque, s'ouvrent des quartiers populaires, pauvres, dégradés, aux immeubles délabrés, aux rues disjointes, où les ordures s'entassent parmi les excréments de chiens et le vomi rouge des ivrognes, aux boucheries fumigènes sur les braseros desquelles on grille le soir, à ciel ouvert, la viande de cheval et aux rôtisseries misérables où l'on vend les meilleures croquettes de riz farcies, si chères au commissaire Montalbano. Dans leurs dédales obscurs vit une humanité que des raisons historiques trop compliquées (ou trop simples) ont rendue “différente”, dans son langage (y compris gestuel), ses règles de vie, sa vision du monde2. Saint Christophe est l'un de ces quartiers, celui dans lequel se déroule l'histoire racontée par Salvatore Scaglia.

Mai 1976. Quatre jeunes garçons, entre douze et treize ans, sur leurs vespas 50 aux moteurs trafiqués, “maigres comme la mort, imberbes, mal coiffés, vêtus pareil, tennis, pull et jeans” partent en chasse. De touristes ingénus, étrangers ou continentaux, qui ne savent pas. Ils errent, vrombissant et slalomant entre les gens, les voitures, les carrioles des marchands ambulants. C'est le premier samedi du mois, le jour de marché du quartier. Ils cherchent la bonne proie. Ils la trouvent, après plusieurs passages. Le mot d'ordre est lancé. La proie est une vieille toute ridée, grosse, vêtue de noir, qui marche au centre de la rue et qui traite les passants comme une reine. L'honneur-oblige du larcin revient à Pinuccio, un débutant à son premier “coup”. La vieille tente de résister, elle tombe à terre et doit laisser son sac. Les garçons disparaissent “comme des ombres rapineuses”. Ils vont se cacher dans le labyrinthe des ruelles sombres, dans la casbah. La vieille reste à terre, en se lamentant à grands cris, mais personne ne vient l'aider. Personne n'ose la toucher. Un étrange silence, puis la terreur les saisit tous. Cette vieille est la “capitaine”, la mère de Iddu, le Chef, le Boss, du quartier, de la ville, de la moitié de la Sicile, ami de puissants policiers qui vivent à Rome... Une Puissance.

Dans son code, cela s'appelle “un affront”, un crime très grave qui exige une punition exemplaire “purificatrice”, une offense qui ne se lave que dans le sang. Les “commis“ disparaîtront dans le néant, dans le silence assourdissant de tous. Des années plus tard, un repenti révèlera la vérité (Mais est-ce la vérité ? Sur la terre de Pirandello, on le sait, tout “est ainsi - tel que cela vous semble”). Même dans ce Noir existentiel dans lequel l'auteur réunit, dans un langage dépouillé, avec une grande maîtrise, le macabre et l'obscène, le sacré et le profane, la chronique et la légende, l'épilogue est prévu, “la fin est caractéristique “.
“Pitié pour les justes”, comme disait Camus.

1 Tahar Ben Jelloun “L'ange aveugle” Edition le Seuil, 1992.
2 “Le mafieux ne sait pas qu'il est mafieux, il vit dans la mafia comme dans sa propre peau”.Leonardo Sciascia in “En future mémoire”, 1959.


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