le polar européen en ligne de mire

n°8 Février-Mars-Avril 2007

 

>> Lecture

Une lecture obligatoire

El expediente Barcelona*
Francisco González Ledesma

La Factoría de Ideas • 2006 (1ère édition, 1983) • 320 pages

Javier Sánchez Zapatero
Traduction : Jean-Jacques Fleury

 

La maison d'édition « La Factoría de las Ideas (L'Usine à idées) » est parvenue à s'affirmer comme l'une des plus solides divulgatrices de la littérature policière grâce à une double ligne éditoriale : la publication en espagnol de nouveautés du domaine anglo-saxon, d'une part, et d'autre part, la réédition des grands classiques du noir espagnol. Apparus à la fin de la dictature. Andreu Martín, Mariano Sánchez Soler o Francisco González Ledesma font partie des auteurs dont l'œuvre a bénéficié du travail de « récupération » de cette maison d'édition qui a permis aux lecteurs de prendre contact avec des romans depuis bien longtemps hors des catalogues et disponibles uniquement chez les bouquinistes ou lors de ventes de stocks durant des Foires aux Livres. Dans le cas de González Ledesma – dont on a récemment réédité Las calles de nuestros padres (Les rues de Barcelone) – ce retour au premier plan de l'actualité littéraire espagnole était absolument nécessaire étant donné que malgré l'estime dont il jouit parmi les amateurs espagnols du genre et les auteurs qui se consacrent à cette littérature, il a été brusquement victime d'un ostracisme éditorial qui a fait que jusqu'à ces deux dernières années ses premières œuvres écrites après la dictature étaient pratiquement introuvables. Si l'on considère que durant le Franquisme González Ledesma a souffert lui aussi les rigueurs de la censure et que son œuvre littéraire a été cantonnée à l'écriture – par ailleurs féconde (plus de 700 titres) - de romans de gare sous le nom de Silver Kane, il n'est que justice de rééditer les romans de cet auteur barcelonais qui, en un temps de liberté et de démocratie, ne méritait nullement de subir une nouvelle forme de censure, celle de l'amnésie ou de l'oubli. Mais on ne doit pas applaudir la réédition de El expediente Barcelona uniquement au nom de la justice car grâce à l'initiative de la “La Factoría de Ideas” les lecteurs pourront enfin connaître un texte de grande qualité littéraire.

El expediente Barcelona originellement publié en 1983 par les éditions Júcar a signifié la première apparition du personnage de Méndez, ce policier sceptique et ambigu né de la plume de González Ledesma, qui est le héros de la plupart de ses romans policiers postérieurs. Dans les quelques passages du livre où il apparaît, on trouve déjà vigoureusement tracés tous les principaux traits du personnage que l'auteur devait développer ultérieurement. En plus de Méndez, on découvre dans ce roman un autre élément essentiel de l'oeuvre de Ledesma : Barcelone. Les rues de la « cité comtale » sont le cadre principal de ce roman qui nous fait connaître également l'intérêt – maintenant bien connu – de l'auteur pour les personnages issus du monde journalistique ou judiciaire qu'il a fréquentés de par ses activités professionnelles.

Tout le texte est empreint d'une tonalité de désenchantement semblable à celle que l'on trouve chez des auteurs tels que Manuel Vázquez Montalbán, Andreu Martín ou Juan Madrid. Cette œuvre placée sous le sceau du scepticisme et de la critique témoigne de la frustration de toute une génération face aux transformations sociales, politiques et économiques après la mort du dictateur, une génération qui ne peut que constater l'échec de l'idéalisme politique dans lequel baignaient les premières années du « changement ». Et le traitement du principal personnage féminin est très éloquent à cet égard. Outre cette désillusion, ce qui prédomine tout le long de ce texte, c'est un constant retour sur le passé comme si le souvenir (pas celui du franquisme, bien évidemment, mais celui d'un époque où les idéaux et les drapeaux avaient encore un sens) était pour l'auteur le seul moyen de trouver un certain réconfort face au devenir frustrant de la société espagnole après la mort de Franco. Cette importance de la mémoire s'affirme par la connexion constante de l'action romanesque avec un passé qui l'explique et lui donne son sens, ce qui souligne que tout roman policier ou toute enquête ne sont la plupart du temps qu'une reconstruction du passé.

* Le Dossier Barcelone, Gallimard – Noire, 1998.

Autres "Lectures" parues dans Europolar :

Un classique toujours d'actualité : Las calles de nuestros padres (Les rues de Barcelone) - Francisco González Ledesma [n°3]
Javier Sánchez Zapatero

Entrevista: Francisco González Ledesma
Sébastien Rutés [n°3]


powered by FreeFind

© 2005 europolar

Accueil | Edito | Rédaction | Traducteurs | Archives | Liens | Webmaster | Plan du site | Webmaster : Emma