le polar européen en ligne de mire

n°9

 

>> Lecture

La vengeance est un plat qui se mange froid

The Art of Drowning*
Frances Fyfield

Little Brown, 2006, 372 pp.

Sue Neale
Traduction : Rosine Lang

 

Dans son dernier livre, The Art of Drowning, Frances Fyfield, qui est avocate criminelle de profession, et que A. N. Wilson considère comme “la meilleure femme auteur de polar d'Angleterre”, explore les notions de vengeance et de justice.

Lorsqu'un juge reçoit des menaces de mort, il suppose qu'elles viennent d'accusés qu'il n'a pas réussi à sauver de la prison. Mais la vérité le touche de beaucoup plus près. Le dernier roman de Fyfield est un thriller haletant, dont les échos menaçants résonnent, dès les premières lignes et tout au long du texte. Seule une seconde lecture permettra au lecteur de percevoir la subtilité de la méthode, utilisée par Fyfield pour faire monter la tension, par une multitude d'allusions à une attitude ou au passé, tellement discrètes qu'on pourrait facilement les manquer. Depuis le départ, on comprend que le danger et le mal rodent dans l'ombre à l'entour, en périphérie de notre vision. Certains personnages parlent à la première personne et d'autres se révèlent à la troisième, et on n'est jamais tout à fait certain des motifs de chacun, ou comment il peut y avoir un lien entre eux.

Carl, le juge, vit habituellement à Londres avec son fils de 19 ans, de même que Donald Cousins, le policier qui enquête, sans beaucoup d'enthousiasme, sur les menaces de mort. Rachel, une comptable ordinaire travaillant à la ville, découvre les joies de la vie de famille à la campagne, chez son amie Ivy. Toute à sa joie “d'appartenir”, Rachel néglige les indices de plus en plus nombreux, qui montrent combien les apparences peuvent être trompeuses. Elle croit sincèrement se rendre utile quand elle prend contact avec Carl, l'ex mari d'Ivy. En fait, elle se comporte exactement comme le souhaitent Ivy et ses parents, et devient l'outil innocent qui leur permet d'exercer leur vengeance pour la mort accidentelle, dix ans auparavant, de leur fille et petite-fille. Malheureusement, ils se comportent à la fois comme juges et parties et veulent infliger à Carl une peine (la mort par strangulation et noyade) pour ce qui n'a été que de la négligence. Finalement, ils essayent aussi de tuer Rachel, de manière à ne pas laisser de preuve, mais elle s'en sort et aide à faire échouer leur plan. Dans un dernier rebondissement, le père d'Ivy, un fermier qui n'a jamais rien tué d'autre que des animaux malades, tire sur sa fille pour mettre fin à sa folie meurtrière.

En se concentrant sur des personnages étranges, qui vivent dans une ferme et semblent normaux, Fyfield crée une situation, qui donne à la campagne un aspect menaçant, en particulier pour la majorité de ses lecteurs qui vivent dans un environnement urbain. La souriante mère-terre, qui est censée apporter chaleur et réconfort, est en réalité la vilaine sorcière de cette maison de pain d'épice. La mort est omniprésente dans ce pays, mais ici, elle vient d'une direction inattendue. En prenant le contre-pied de l'idylle bucolique, Fyfield s'attaque à nos préjugés sur le côté chaleureux et généreux des familles rurales.

* L'art de la noyade


powered by FreeFind

© 2005 europolar

Accueil | Edito | Rédaction | Traducteurs | Archives | Liens | Webmaster | Plan du site | Webmaster : Emma