le polar européen en ligne de mire

n°8 Février-Mars-Avril 2007

 

>> Lecture

Garden of love
Marcus Malte

Zulma, Janvier, 2007, 318 pages

Corinne Naidet

 

Garden of Love est le titre d'un manuscrit anonyme qu'Alexandre Astruc, flic sur la touche depuis la mort de sa femme et de ses enfants, reçoit par la poste. Astruc, en démarrant le livre se rend vite compte que son auteur est Ariel Dayms, le suspect principal dans une série de meurtres, jamais élucidés. Le policier découvre avec stupeur que ce récit est celui de sa propre existence mais les cartes ont été mélangées, les personnages correspondant aussi à la vie de Dayms. Sans oublier Matthieu et Edouard, les deux amis inséparables de ce récit, qui sont créés de toutes pièces par l'auteur: ils sembles tellement proches de lui, clones littéraires de leur créateur.

Alexandre, bouleversé par le manuscrit, tente d'interroger Dayms mais le trouve suicidé dans sa maison. Persuadé que le document est une ultime vengeance de cet esprit diabolique, Astruc se tourne vers la seule qui peut encore l'aider: sa belle-sœur, Marie.

Un roman machiavélique: le lecteur se retrouve dans un jeu de miroirs déformants où la réalité n'est jamais ce qu'elle était deux pages plus tôt. Il n'y a pas une vérité mais plusieurs. Les personnages sont eux aussi protéiformes, visages que l'on croit enfin saisir à un moment du récit et qui nous échappent au chapitre suivant. Livre métaphore de la littérature: ici, où commence la fiction, où finit le réel? Mais, au fait, ce réel n'existe pas, tout est dans les mains de son inventeur, l'écrivain. Il nous manipule à l'instar de son personnage Ariel, il multiplie savamment les pièges et les chausse trappes. Les apparences sont trompeuses et bien malin ceux qui sauront démêler les fils de ces existences complexes que se délecte à enchevêtrer à l'infini l'auteur.

Un grand roman superbement bien écrit. Partition aux multiples voix, aux voies infinies. Un livre où Marcus Malte donne toute la mesure de son talent. Il enrobe de tendresse les âmes les plus noires, il se fait poète dans les situations les plus horribles. En quelques mots, en une ellipse, il fait apparaître la lumière dans ces destins tordus par le malheur. "Les notes de Schubert continuaient à éclore et mourir dans la même seconde, après avoir libéré tous leur suc. Parfums et couleurs. Nos chers disparus dansaient sur la pointe des pieds au milieu de ce champ éphémère."

>> Autre "Lecture" de Marcus Malte parue dans Europolar :

Intérieur nord - Marcus Malte [n°1]
Corinne Naidet


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