The Grounds*
Cormac Millar
Penguin Ireland, 2006, 369 pp
Claire Gorrara
Translation: Steve Novak
The Grounds est
le deuxième
livre de Cormac Millar avec Séamus Joyce comme fin limier
et personnage principal. L'histoire de The Grounds se
déroule à Dublin comme dans son
livre précédent An Irish Solution (Une
Solution Irlandaise). Elle est fermement ancrée dans la société irlandaise,
sa politique, sa culture et l'auteur en profite pour disséquer
certaines des faiblesses et corruptions de ce nouveau ‘tigre économique'.
The Grounds, qui
se passe dans l'université fictive
de King's College à Dublin, met au grand jour les effets des ‘réformes'
dans l'enseignement supérieur qui ont perturbé l'Irlande
dans les dernières décennies. En satiriste mordant,
Millar construit une intrigue criminelle mettant en scène
des responsables universitaires corrompus et des grandes entreprises
le tout rythmé par l'inexorable marche en avant de la commercialisation ‘à l'américaine'
des haures études en Irlande. Le roman repose sur Séamus
Joyce, l'œil baladeur de Millar, qui jette un regard ombrageux sur
cette Irlande où il fut directeur du Service des Stupéfiants
mais qui, suite à des malfaisances en hauts lieux, fut disgracié et
parti vivre à l'étranger. Maintenant, en tant qu'émissaire
et consultant pour l'organisation Finer Small Campuses of the Western
World TM (Les Meilleurs Campus de l'Occident TM ) il est à la
fois complice et critique de la déliquescence de l'intégrité dont
il fut témoin. Envoyé pour évaluer la viabilité de
l'achat du King's College de Dublin pour ses patrons américains,
il se lamente de la disparition de ce modèle d'études
supérieures qui lui tenait à cœur, mais aussi concède
que sans apport financier extérieur, la fin du collège
serait proche.
L'humour noir de ce roman vient en
grande partie du fait que Cormac Millar écrit armé de
sa propre expérience de
la dépravation de l'enseignement supérieur irlandais.
En tant que spécialiste de l'italien, Cormac Ócuilleanáin
(son nom dans la vie civile), est un universitaire à Trinity
College à Dublin et donc quelqu'un devant composer avec les
conséquences de changements si dramatiques dans sa profession.
Bien que le roman soit préfacé du laïus juridique
bien connu maintenant “Ce roman est un œuvre de fiction. Toute ressemblance à des
personnes, etc…”, un des grands plaisirs de cet ouvrage vient du
fait que le lecteur se trouve en face de personnages qui soit ‘font
vrai' tant ils semblent issus de romans ‘universitaires' bien connus
(on pense à ceux de David Lodge par exemple), soit semblent
tirés de la vie elle-même. La panoplie va du prof autoglorifié mué en
gestionnaire, au chercheur raté, alcoolique et pilier de bar
au campus, au spécialiste excentrique naviguant loin des eaux
de' la collaboration' ou des ‘budgets de recherche'. Tout cela ne
doit en rien nous écarter du rythme et de l'intrigue: morts ‘gore',
intrigues de boudoir, familles divisées et même de vieux
crimes de guerre ressuscités, tout y est. On maintient une
balance délicate entre comédie et tragédie et
le lecteur ne sait plus trop comment réagir à l'humour
noir de Millar comme quand, par exemple c'est avec la masse d'armes
de l'université qu'on assassine un des personnages. Il sera
intéressant de voir sur quel aspect de la société irlandaise
Millar portera son arc, après ses flèches sur les ‘stups'
irlandais (An Irish Solution – Une Solution Irlandaise)
et maintenant l'enseignement supérieur (The
Grounds – Le
Domaine).
* Le
domaine