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Soleil Noir - Patrick Pécherot Convertir en PDF Version imprimable
05-02-2008

Soleil Noir - Patrick Pécherot

Après la trilogie hommage à Léo Mallet et Nestor Burma, Patrick Pécherot change d’époque et de ton avec son nouveau roman Soleil noir publié à la série noire.

ImageNous sommes dans une petite ville de province anesthésiée par la fermeture des quelques usines qui la faisaient vivre. Quatre hommes préparent l’attaque d’un transport de fond. Félix, chômeur de 50 ans, qui a sombré dans la dépression et l’alcoolisme et, séparé de sa femme, est revenu dans la maison que son oncle récemment décédé vient de lui laisser. Simon, l’organisateur, un truand sur le retour qui tente là son dernier coup pour ne plus jamais retourner en cabane. Zamponi, petit artisan en train de couler qui, dans sa rancœur et sa détresse, se trompe d’ennemis. Brandon, rappeur surdoué en informatique, perdu dans un monde de violence et de slogans simplistes. Ils comptent attaquer le convoyeur de fond qui passe tous les jours devant chez Félix. Un braquage violent, à l’autre bout de la France, déclenche une grève surprise qui fait tomber tous leurs plans à l’eau. Pendant qu’ils se morfondent en attendant la reprise du travail, Félix, en fouillant dans de vieux papiers redécouvre son oncle, et les fantômes d’un passé pas toujours reluisant. Dans le même temps, la grève, son agitation et sa médiatisation semblent ramener les fantômes ouvriers de jadis.

Quoi de plus codifié, pour un amateur de polar, que le récit de casse ? Le lecteur s’attend donc à un polar nerveux, plein de d’attente puis d’action, avec ses passages obligés : présentation des protagonistes, tous des as dans leur domaine bien entendu, préparation minutieuse du casse, répétition, imprévus de dernière minute, puis attaque, fuite, partage et, suivant l’auteur, fin plus ou moins heureuse. Raté ! Patrick Pécherot prend tout son petit monde à contre-pied et nous amène juste là où on ne l’attend pas. Et on se retrouve avec un roman social, un portrait groupe avec braquage. L’enquête et le suspense n’arrivent que petit à petit, non pas dans une course entre la police et les braqueurs, mais dans la recherche apparemment secondaire et sans but du passé d’un défunt.

La grande force du roman réside dans ses personnages : Tous sont saisis dans leur malheur, leurs défauts, leur bêtise parfois, mais surtout leur profonde humanité. Aucun n’est angélique, aucun n’est exonéré de ses fautes mais tous sont compris. Le quatuor principal est magnifiquement encadré par les seconds rôles qui donnent au roman sa couleur, et son relief au roman. Le vieux boxeur à moitié sonné (qui fait penser à Gassman dans Les Monstres), les patrons du restaurant ouvrier qui retrouve une clientèle grâce à la grève, les papis miraculés qui sortent de leur mouroir, la jeune journaliste stagiaire, et le vieux copain un peu casse-pied mais tellement fidèle et dévoué. Tous sont justes, beaux et émouvants.

Et puis il y a la nostalgie, les sons, les images et les odeurs de l’enfance qui reviennent. Et plus loin encore dans le passé, une France qui traitait déjà ses immigrés comme du bétail, variable d’ajustement d’une économie qui prend les hommes quand elle en a besoin et les jette quand ils ont tout donné. Une France qui parlait des Polonais comme elle parle aujourd’hui des racailles de banlieues qu’il faut nettoyer au kärcher. Le parallèle avec le monde de Brandon est bien entendu suggéré, le lecteur attentif fait le reste.

Inquiétant quand même la quantité de romans actuels qui parlent des années trente, de leur violence, de leur injustice. Quand on sait comment elles se sont terminées …

Dernière mise à jour : ( 19-01-2010 )
 
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