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La trilogie Millénium, de Stieg Larsson Convertir en PDF Version imprimable
Écrit par Kate Coxon   
17-10-2010

Traduction Christophe Garnier (Juin 2012)

 

1/ Les hommes qui n'aimaient pas les femmes - 2006 (Män som hatar kvinnor - 2005, The Girl with the Dragon Tattoo)

2/ La Fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette - 2006 (Flickan som lekte med elden - 2005, The Girl who played with Fire)

3/ La reine dans le palai des courants d'air - 2007 (Luftslottet som sprängdes - 2005) The Girl who kicked the Hornets' Nest

 ImageLes chiffres récents des ventes de romans policiers publiés par « The Bookseller » le 29 Mai 2010 montrent que la trilogie Millénium de Stieg Larsson  occupe les 4 premières places du classement des meilleures ventes de policier, les troisième et quatrième places étant occupées par le roman et le film tiré du premier tome « Les hommes qui n'aimaient pas les femmes ».

A la fois roman policier, enquête et histoire de tueur en série, la trilogie propose une description documentée, troublante et parfois éprouvante des milieux des affaires et du journalisme suédois. Bien que les romans aient reçu une critique mitigée lors de leur parution, les chiffres de ventes montrent un incroyable succès.

Dans "Les hommes qui n'aimaient pas les femmes », le journaliste Mikael Blomkvist, récemment  tombé en disgrâce suite à une accusation de diffamation, est recruté pour enquêter sur la disparition d'Harriet Vanger, une jeune fille de l'une des plus grandes familles industrielles suédoises. Avec l'aide de Lisbeth Salander, une hacker secrète et anti-sociale, Blomkvist résout le mystère qui a hanté l'oncle d'Harriet depuis des décennies. Le deuxième roman a comme cadre le journal radical et engagé Millenium, dont Blomkvist tient la barre. Blomkvist est de retour au journal et sur le point de publier un reportage sur une organisation de commerce du sexe. Lorsque les deux jeunes reporters en charge de l'enquête sont assassinés, tous les indices désignent Lisbeth Salander. Persuadé de son innocence, Blomkvist enquête sur les meurtres. En même temps, Salander réalise que faire face aux dangers qu'elle affronte aujourd'hui signifie qu'elle doit aussi se confronter à son passé. Dans le troisième roman de la série, on retrouve Salander dans un état critique aux soins intensifs. Si elle s'en sort, elle devra se présenter au tribunal pour prouver son innocence, ainsi que révéler l'identité et dénoncer les autorités, individus ou organisations, qui sont responsables de l'effroyable cycle de violence et d'abus qui ont dirigé depuis si longtemps son existence.

 

 

ImageUne jeune femme maigrichonne d'un mètre cinquante, avec tatouages et piercings, très susceptible, douée, avec en particulier d'extraordinaires dons de hacking, gothique et bisexuelle, est un choix inhabituel, qui en fait une héroïne irrésistible. Larsson a indiqué avoir fait référence à Pippi Longstocking, une fougueuse et dégourdie jeune héroïne de livres pour enfant d'Astrid Lindgren, comme inspiration pour Lisbeth Salander ; cette filiation est rendue explicite par la référence au surnom de Mikael de ‘Kalle' Blomkvist (1). Salander a été décrite tour à tour comme « la Lara Croft de l'homme qui pense», « une héroïne de jeux vidéos », ou une « super nana de dessins animés ». Cependant, un point crucial ne doit pas être oublié. Comme on le voit apparaître tout au long de la trilogie, Lisbeth Salander a souffert, et parfois continue de souffrir, d'horribles abus. Pire, ces abus sont commis par ceux-là mêmes qui devraient la protéger. Cependant, Salander n'est jamais décrite comme une victime. C'est une survivante, et les façons qu'elle a d'échapper ou de traiter avec ses agresseurs sont parfois à la limite du crédible ; mais en fait, ils sont aussi crédibles que les terribles évènements qui lui sont arrivés.

 

 

Le journaliste d'investigation Mikael  Blomkvist, dans sa croisade, est à de nombreux égards le bras armé de Salander. Passionné et obstiné, il est décidé à publier des faits qui illustrent la corruption présente au cœur des institutions suédoises. Blomkvist apparaît comme sympathiquement normal, tout en évitant miraculeusement de passer pour terne. Les détectives à succès, au moins dans les romans, ont souvent des défauts louches.

 

  Au contraire, Blomkvist, semble bien dans sa peau. Il mange et boit avec modération, ne joue pas d'argent, et a un succès certain avec les femmes. Son premier mariage a beau avoir échoué, et il a aussi pu être un père absent auprès de sa fille adolescente, Blomkvist en reste malgré tout profondément adorable. La relation qu'il a avec Salander est à la fois incongrue mais crédible, et elle évolue, se prolonge et se développe au cours des trois romans.

En plus de ces deux protagonistes, la trilogie présente une palette de personnages contribuant à l'histoire. Parmi eux, des hommes de pouvoir se révèlent être de grotesques oppresseurs des femmes, et c'est un soulagement de rencontrer des personnages comme Palmgren, son vieux tuteur qui traite Salander avec humanité. Dans le même temps, les camarades hackers de Salander, tendance guignols, mais qui sont les seuls qu'elle peut considérer comme ses proches amis, ouvrent une fenêtre vers un cyber-monde qui, à son tour, se révèle fascinant et terrifiant.

Le style de Larsson s'est retrouvé sous le feu de la critique, traité de plat et pédant. En particulier, les critiques ont souligné le nombre incalculable de tasses de café, les laborieuses descriptions de ce que les personnages mangent et boivent, les vêtements qu'ils choisissent en fonction des circonstances, et les gadgets électroniques qu'ils utilisent. Cependant, ces descriptions sont autant captivantes qu'elles sont détaillées, favorisant le développement d'un culte des fans de Larsson, qui établissent une cartographie de Millennium, avec consommation de cafés, bières, harengs marinés... Ce niveau de précision a sa raison d'être. Ce que Larsson nous transmet, en premier lieu, c'est la révélation des personnages à travers leurs actes. Grâce à l'énumération des menus détails sur ce que les personnages font et disent, le lecteur est invité à partager leur vie de tous les jours, ce qui explique également la précision méticuleuse des infos sur le temps en tête de chaque chapitre. Plus encore, la banalité de ces descriptions provoque un décalage entre le quotidien civilisé de la vie suédoise qui semble s'écouler tranquillement et l'horrible, et souvent sexuelle, violence qui se déroule juste sous la surface.

 

 ImageLa trilogie Millenium est partie pour devenir un nouveau filon de films à succès. Cependant, ces romans sont surtout une incroyablement agréable et captivante lecture, et il y aura peu de lecteurs qui, une fois le premier roman lu, n'auront pas envie de dévorer les deuxième et troisième. Dans l'univers des enquêteurs de fiction, le Royaume Uni semble entrainé dans une histoire d'amour avec la Suède : de nombreux autres auteurs de romans policiers, comme Henning Mankel, sont actuellement en haut des classements de ventes au Royaume Uni. Larsson, cependant, vient d'apporter une contribution tout à fait notable à ce phénomène.

 

 

La Suède de Larsson est calme, civilisée, voire même une société un peu morne avec une face cachée très sombre. Mais la puissance exercée par cette contradiction est envoutante, et le lecteur n'arrive pas à tourner les pages assez vite pour s'y plonger plus profondément.

 

 

 

(1) NDT : Kalle Blomkvist est le nom suédois de Bill Bergson, un gamin détective, héros de romans d'Astrid Lindgren

Dernière mise à jour : ( 05-02-2011 )
 
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