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Une tude en sang et or - Kem Nunn PDF Print
Tuesday, 26 April 2011

Une étude en sang et or

la reine de Ponoma KemNunnKem Nunn est l'auteur de rares et précieux polars : cinq au total dont quatre traduits en français Il a décrit dans des registres souvent très différents les vies minuscules de ceux qui se situent  en marge de la Californie du rêve, la nostalgie de ce qui fut et ne sera plus.  Le héros de la Reine de Pomona (La Noire - 1993 et Folio policier), vieil adolescent quarantenaire vit dans « la litanie plaintive » des fastes désormais engloutis de Pomona Valley, riche de plantations d'agrumes du temps de ses aïeux. 

Dans cet enfer pollué livré aux maisons préfabriquées, au fog et aux bandes, le salut  viendra peut-être de la chanteuse d'un groupe, « la reine de Pomona », qui joue dans un rade pourri magnifiquement décrit.

surf city Dans Surf City (1) (Série Noire -1995 et Folio policier), un adolescent venu du désert de l'Arizona à la recherche de sa sœur délaissera la terre ferme et les mauvais garçons qui caracolent sur leur moto pour chevaucher les vagues du Pacifique. Au-delà de la symbolique un peu appuyée de la bonté de l'Océan et de la noirceur de la terre ferme, on y trouve la dimension attachante de personnages dont l'ambivalence n'est pas le moindre de leur charme, et un récit toujours en position de tir tendu qui capte l'attention.

Avec Tijuana Straits (Sonatine -2011), on se déplace vers le Mexique : c'est un roman de la frontière entre le Sud et le Nord du Rio Grande, pour reprendre la terminologie des westerns. Mais la zone limite entre les deux pays n'est plus cet espace qui se parait de tous les attraits du mystère à découvrir  pour les gringos.Tijuana Straits C'est un lieu furieusement proche, sinistrement dégradé par l'action humaine, la pollution, la violence. D'ailleurs, l'auteur emploie le terme d'Apocalypse dès la première ligne du roman. Mais on se tromperait si on pensait trouver ici comme élément central du roman (même s'il est très important) la thématique de la dénonciation de cette terrible situation frontalière. Non, c'est l'itinéraire particulier des deux personnages qui constitue la trame d'un récit de  rédemption. Pour  Samuel Fahey, tout au moins. Cet ancien surfer d'élite, dit Sam la Mouette à cause de la position particulière de ses bras lorsqu'il affrontait la vague, a chuté lourdement à l'adolescence : il a passé deux années en prison pour trafic de stupéfiant et depuis se remet lentement.  Dans la nostalgie des vagues géantes, qui peuvent se former à l'embouchure de la rivière Tijuana ; et dans le souvenir  d'un père haï (qui livrait des émigrants clandestins), lequel lui a laissé pour tout héritage un élevage de vers, sur la frontière. Son présent est donc plutôt morose, qu'il supporte à coups de bière et de cachetons, en s'abrutissant dans le travail. Jusqu'à ce qu'il sauve Magdalena Rivera, jeune mexicaine de Tijuana, à l'enfance dévastée, poursuivie par un groupe de truands qui l'a laissée mal en point. Sam soigne et protège la jeune femme, qui lui raconte sa lutte contre les groupes industriels qui ont saccagé sa ville, et pour la dignité des femmes victimes du machisme et proies faciles d'une exploitation capitaliste débridée. Bien sûr, un tendre sentiment commence à les unir ;  et ils devront combattre ensemble les redoutables sicaires  lancés contre Magdalena, sur les rives polluées de la Tijuana, dans la vase et les odeurs pestilentielles.

On taira la fin du roman, bien en harmonie avec la volonté de raconter un morceau de vie complexe et sans afféteries. On  retrouve toujours chez Nunn cet univers en noir, sang et or, peut-être un peu plus accentué ici.  Dans l'écriture même, il y a la perception d'un monde  propre à ceux qui se sont éclaté dans les extrêmes physiques du sport et de la  drogue ;  on y rencontre la description saisissante  d'une  zone géographique particulièrement glauque et mal en point (voir par exemple la description de Colonia Cartolandia, appelée Cartoland par les nord-américains), mais aussi avec des lieux protégés, en dehors du monde ;  comme ce bout de la vallée, du côté nord- américain. Surnommé Garage Door Tijuana, là où des indiens d'Oaxaca, les Oaxaqueños, vivent de rodéos, « pays de cocagne » qui m'a fait penser à cet endroit où se réfugient les héros du film  the guetaway de Peckinpah, tiré du roman de Jim Thomson. Resteront  aussi les descriptions picturales d'un ciel  paré de  couleurs psychédéliques, et une certaine atmosphère saint sulpicienne ; comme cette  robe rouge à bretelles que Magdalena revêt pour aller au bal, image presque sacrificielle de celle que les truands appellent la Madonna. Et aussi  ces bandits lancés à sa poursuite, créatures presque fantastiques, qu'on dirait  des hybrides issus de la pollution. On ne devrait donc pas  bouder pas son plaisir de lecture.


(1) Édité une première fois, et sous une forme tronquée (amputation de près de  90 pages) en 1990, sous le titre de « comme frère et sœur », dans la collection Polar Usa.

 

Last Updated ( Wednesday, 04 May 2011 )
 
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