Europolar is back on line
Home arrow Reviews arrow La France tranquille de Olivier Bordašarre
La France tranquille de Olivier Bordašarre PDF Print
Written by Alain Bandry   
Tuesday, 14 May 2013

La France tranquille de Olivier Bordaçarre (Fayard noir. 18 €)

 

ImageNogent-les Chartreux, dans la Beauce, entre ville et campagne. Petite vie tranquille et tristounette. C'est le 1er septembre. Ce samedi soir, on dort sur ses deux oreilles. Pour combien de temps ? « On s'était rincé l'œil au divertissement télévisuel du samedi soir à quatre-vingt-dix-huit pour cent de matière grasse - les miraculeux deux pour cent de matière grise résiduels étant l'œuvre de l'ultime fragment d'humanité des «  stars » invitées : chanteurs has-been tartinant les écrans plats de leur bêtise et improbables mannequins, la peau plus tendue qu'une baudruche, échouant à faire croire à leur retour sur scène. Le présentateur vedette s'était une fois de plus déshonoré à coups de galéjades d'avant-guerre : le vichysme des chiens de garde est immortel. Mais le somnifère cathodique avait fait son effet et la ville en écrasait ferme derrière le triple vitrage. »

Le ton est donné !

A travers la chronique de cette ville moyenne de province, c'est le portrait d'une France tranquille avant la crise de nerfs !

Il est vrai que les affaires ne marchent plus très fort dans la région. L'usine de conditionnement de poulets va être délocalisée, les commerçants du coquet centre ville ferment les uns après les autres. Il n'y a  que les patrons de bistrots qui s'enrichissent. A la fois confesseurs et attiseurs de haine contre les responsables - très mal définis - de la crise, ils savent pousser à la consommation et arroser les gosiers en feu. Brèves de comptoirs et philosophie de bistrot... Ambiance morose. Alors quand un criminel s'en mêle ! Un premier crime odieux. Puis un deuxième, tout aussi ignoble.

C'est qu'on s'impatiente. On ne fait pas confiance à la gendarmerie locale que dirige le commandant Paul Garand. « Flic solitaire malgré lui, à deux doigts de la dépression caractérisée, soupe au lait et susceptible, il suivait les enquêtes plus qu'il ne les menait. » Il a 51 ans. Son dernier vœu : atteindre tranquillement la retraite, récupérer sa femme qui l'a quitté pour un plus beau et riche que lui mais avec laquelle il correspond chaque semaine, retrouver des plaisirs à partager avec son fils. Pendant du flic alcoolique américain courant, lui est boulimique, énorme. Il s'empiffre de bouffe bien grasse et hyper calorique. Une sorte de lent suicide à coups de pizzas et autres sodas bien sucrés. Mal vu par sa hiérarchie, méprisé par la population, on ne peut pas dire qu'il se lance dans cette enquête avec enthousiasme. D'autant plus que la fièvre monte. On montre du doigt les suspects habituels : jeunes, bronzés, marginaux, débiles, gitans, « ces relégués aux confins de la cité, dans les cases prévues à cet effet. »

Le vernis des convenances craque. La peur s'immisce dans les têtes. Un sale instinct bien chouchouté par les hommes politiques populistes. Et quand elle explose, la peur, la petite ville est en vrac, ravagée. Elle montre son vrai visage, celui d'une pourriture comme la pourriture qui envahit les trottoirs depuis que les éboueurs ont décidé d'arrêter de travailler à l'aube dans la crainte qu'ils ont de croiser le tueur.

L'intrigue et le suspense, dans cette histoire bien noire, nous captivent. On songe au néopolar français des années soixante-dix, aux polars sociologiques qui ont fait son succès. Olivier Bordaçarre joue avec les codes, les transgresse, les manipule. Et tout ça dans une logorrhée célinienne jubilatoire. La narration est bouleversée : anticipation, changements de point de vue abrupts, discours intérieurs impétueux, dialogues alertes...Un très grand roman noir.
Last Updated ( Tuesday, 14 May 2013 )
 
< Prev   Next >
© 2017 Europolar- powered by jl2i.com
Joomla! est un logiciel libre distribuÚ sous licence GNU/GPL.

Design by syahzul, FlexiSaga.com