Europolar is back on line
Accueil arrow Critiques arrow Silver Kane, Souviens-toi de moi lheure de ta mort
Silver Kane, Souviens-toi de moi lheure de ta mort Convertir en PDF Version imprimable
crit par Javier Snchez Zapatero   
30-04-2008

Lectures d’autrefois

Silver Kane, Souviens-toi de moi à l’heure de ta mort

(Francisco González Ledesma, Roman de quartier)

 

(traduction et notes : Jean-Jacques Fleury)

 À 81 ans et avec une importante oeuvre journalistique et romanesque, Francisco González Ledesma se retrouve au premier plan de l’actualité grâce au Prix International du Roman Noir RBA – d’un montant de 125 000 euros – qui lui a été attribué pour son roman Un aroma de barrio [Parfum de quartierN.D.T : Una novela de barrio (Roman de quartier)] et la réédition, sous le titre  Recuérdame al morir [ Souviens-toi de moi à l’heure de ta mort], d’une anthologie des “pulps” qu’il écrivit durant la dictature sous le nom de Silver Kane. Ce retour de González Ledesma dans les vitrines de libraires, outre qu’il met en relief l’intense activité d’un auteur qui après avoir exercé la profession d’avocat et de rédacteur en chef du quotidien barcelonais  La Vanguardia s’est consacré exclusivement de longues années durant à la littérature, souligne les multiples facettes de son oeuvre.

Durant toute la dictature, et après qu’en 1948 son roman Sombras viejas [N.D.T. la première publication de ce premier opus est française, sous le titre Ombres du passé, et il a été publié en Espagne seulement 60 ans après son écriture...] ait été interdit sous l’accusation  de « rouge et pornographique », notre auteur combina ses activités professionnelles avec l’écriture de plusieurs centaines de petits romans de littérature populaire d’évasion très vite lus qui permettaient au lecteur de fuir la pesante réalité du quotidien grâce à une accroche facile et à la présence de personnages aux noms de consonances étrangères, de décors stéréotypés qui recréaient le lointain Far West ou les bas-fonds de New York.  Avec d’autres auteurs tels Marcial Lafuente Estefania,  González Ledesma, dans la peau de Silver Kane, contribua à faire de la littérature populaire la distraction la plus répandue sous la dictature. De fait, l’une des raisons pouvant expliquer la prépondérance de la télévision dans les loisirs des Espagnols est l’incapacité actuelle de l’édition à trouver une alternative à ces fascicules que l’on trouvait il y a quelques décennies dans les kiosques et dans les gares.

 Recuérdame al morir [ Souviens-toi de moi à l’heure de ta mort] qu’édite la Factoria de Ideas rassemble quatre des centaines de romans que publia  González Ledesma sous le nom de Silver Kane durant les années de dictature. Écrits d’une plume extraordinairement agile qui pratique surtout le dialogue, ces romans accrochent dès le début le lecteur par la facilité de lecture, les « trucs » feuilletonesque qui sous-tendent constamment l’intrigue. Ces quatre œuvres qui ont pour toile de fond des endroits exotiques ou une grande ville – le Franquisme interdisait toute allusion à des lieux ou situations de type espagnol car cela aurait laissé entendre que le régime autoritaire et policier qu’il était pouvait permettre les crimes et délits que narraient ces ouvrages – utilisent certes tous les stéréotypes du genre mais ils tentent également de se distinguer de cette littérature de gare par le ton poétique et nostalgique qui est déjà une des caractéristiques de González Ledesma qui n’a jamais perdu les traits essentiels de son écriture, même lorsqu’il se dissimule sous le pseudonyme de Silver Kane.

Avec l’arrivée de la démocratie et la normalisation du processus d’édition et de distribution, l’auteur barcelonais pu enfin assouvir sans entrave aucune sa soif d’écriture et développer une œuvre dont les deux caractéristiques principales sont, d’une part, la description de la réalité amère et sordide des rues de Barcelone, et d’autre part, le personnage récurrent de l’Inspecteur Méndez qui apparaît dans le roman déjà cité qui vient d’obtenir le prix du roman noir le plus richement doté d’Espagne. Si l’on prend en compte l’édition en 2006 des savoureuses mémoires de l’auteur dont on recommande chaudement la lecture (Historia de mis calles -  Histoire de mes rues) et l’énorme succès, lors de la Sant Jordi 2007, de La ciudad sin tiempo [La ville hors du temps – l’Atalante publiera le livre durant l’automne 2008 dans une traduction de Christophe Josse], roman qui a tout pour être un best-seller, écrit sous le nom de Enrique Moriel (N.D.T : le personnage principal de Sombras viejas…), ces deux publications démontrent que Francisco González Ledesma n’est plus désormais l’écrivain invisible que la censure a obligé à inventer Silver Kane.

Dernire mise jour : ( 19-01-2010 )
 
< Prcdent   Suivant >
© 2017 Europolar- powered by jl2i.com
Joomla! est un logiciel libre distribu sous licence GNU/GPL.

Design by syahzul, FlexiSaga.com