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68 x 2: 2008 Convertir en PDF Version imprimable
Écrit par Jean-Marc Laherrère - Corinne Naidet   
20-05-2008

Deux récits: Comme l'explique Jean marc Lahererre, le premier nous raconte des "semaines de lutte, d’espérance, de peurs, de répression" au Mexique. Le deuxième, France 2018, imagine que cela n'a guère changé. Si, en pire.

Paco Ignacio Taibo II / 68 (L’échappée, 2008)

68 TaiboLe déferlement de commémorations (embaumées) et d’attaques hystériques et revanchardes auraient tendance à nous faire oublier, dans notre égocentrisme bien français, que 1968 n’a pas existé qu’en France. Et oui, surprise, la France, phare de la culture et de la contestation, pays des droits de l’homme et du fromage ne fut pas la seule à bouger.

Un petit livre, écrit par l’incontournable Paco Ignacio Taibo II, préfacé par Claude Mesplède et édité chez l’Echappée vient nous rappeler, fort à propos, qu’au Mexique aussi il y a eu 68.

Ce texte est sobrement intitulé …68.  Initialement publié dans le journal mexicain « La jornada » il est le fruit de l’incapacité de l’auteur à tirer un roman des notes prises pendant cette période. Il n’étonnera que ceux qui ne connaissent pas Taibo II. Ses lecteurs le savent, ce mouvement étudiant, et sa sanglante conclusion du 2 octobre sont essentiels dans son œuvre. Ils reviennent souvent dans les romans de la série consacrée à Hector Belascoaran Shayne. Il ne les a jamais oubliés, jamais reniés.

68 est une chronique de semaines de lutte, d’espérance, de peurs, de répression … Taibo, qui garde son style inimitable, n’occulte pas les erreurs de jeunesse, le ridicule de certaines attitudes, l’égocentrisme d’un mouvement étudiant qui peina à considérer le reste de la société mexicaine, mais fait surtout éclater, dans toutes les pages, la vitalité, la créativité, l’espoir et l’énergie de ces quelques semaines.

« Dans le quartier ouvrier où nous nous rendions de temps en temps (parce que la révolution devait être faite par la classe ouvrière, selon le manuel que nous avions tous lu et que nous répétions jusqu’à la nausée), nous étions des étrangers qui entraient et sortaient en courant, après avoir distribué, devant l’usine,  des tracts illisibles avec lesquels les travailleurs de la raffinerie d’Azcapotzalco ou les ouvriers des industries de la Vallejo ou de Xalostoc se torcheraient le cul ».

Même si le mouvement, maté dans le sang, a paru vaincu, Taibo pointe le travail de toute une génération qui se forma à ce moment là, et essaima, portant, de façon plus posé et peut-être plus efficace, la bonne parole, et surtout la bonne action. Il éclaire la genèse d’une génération qui, contrairement tout ce qu’on peut lire, et à l’exception de contre exemples fortement médiatisés, a su garder profondément ancrées les valeurs qu’elle s’est forgée à ce moment là. Une génération qui, à l’image de l’auteur a su garder, quarante ans plus tard la capacité de dire NON. Comme on peut lire sur un tee-shirt de l’époque : « Nés pour perdre / MAIS PAS POUR NEGOCIER ». Et comme il l’écrit à propos de ce mouvement : « Il a aussi produit du combustible épique, de quoi alimenter vingt ans de résistances. Il nous a rendu opiniâtres dans un monde de soumissions, il nous a mis dans la bouche le «  Non, c’est non, et je me fous des conséquences » des centaines de fois ». Ne serait-ce que pour cela, ce texte est indispensable.

Et puis le texte n’est pas écrit par n’importe qui. Taibo est capable de changer n’importe quoi en littérature. C’est un vrai bonheur de lecture, un verbe qui explose, étincelle, virevolte, interpelle … De quoi mettre toute une génération dans la rue !

Pour finir, il éclaire l’œuvre à venir, explique la révolte, l’imaginaire des romans, et l’importance des racines mexicaines dans ses romans. Une façon de corriger une erreur de jeunesse. Si le Che, Lénine, Bakounine ou Troski étaient déjà là en 68, ils sont maintenant accompagnés d’Emilio Zapata et de Pancho Villa, absents de l’imaginaire des étudiants de l’époque.

  Jean-Marc Laherrère

Françoise Laurent "Dolla" Editions Krakoen 2008

Augustin, sa compagne Dolla et toute une bande d'ex soixante-huitards ont créé une espèce de  communauté sur les hauteurs de Nice. Histoire d'avoir quelques libertés en cette année 2018 car le pouvoir semble bien avoir réussi à avoir la main mise sur notre vie entière, mais juste pour nous protéger, n'est ce pas. Là haut, on peut encore fumer et boire un coup, refaire le monde à l'aide de quelque herbe cultivée par la punkette Clemence.

Mais aujourd'hui les potes sont tristes ils sont tous réunis pour rendre un dernier hommage à Dolla morte sur la table d'opération. "Ils sont venus, ils sont tous là ", les enfants et petits-enfants compris. Mais d'autres morts surviennent, assez mystérieuses pour inciter Augustin  et sa bande de retraités à soulever de nouveau quelques pavés. Sous ceux-ci, foin de sable, mais une boue bien sale qu'ils vont remuer, retrouvant ainsi leur fougue d'antan.

Dix ans plus tôt, aujourd'hui donc,  on "commémore" dans tous les médias Mai 68 mais à trop regarder en arrière, il semble bien qu'on ait oublié de se pencher sur  notre présent. Françoise Laurent s'y colle, elle, avec beaucoup de talent. Elle nous décrit la logique libérale poussée jusqu'à l'absurde : police et santé privatisées, des théâtres reconvertis en prisons, des milices faisant régner un ordre impitoyable, le fric roi. Ses "tempes grises" sont réjouissantes et jouissives, tendres et émouvantes. L'histoire est certes peu crédible, mais on s'en moque, tant il est réconfortant de suivre ces "seniors" dans leur ultime révolte.

Corinne Naidet 
Dernière mise à jour : ( 20-05-2008 )
 
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