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28-11-2008

L’avocat peinard ?

 Gianrico Carofiglio

"Témoin Involontaire" (Rivages/Noir, 9€) et

"Les yeux fermés" (Rivages Thriller, 17€)

ImageLa première rencontre avec Gianrico Carofiglio  fut une rencontre chargée à la fois d’étonnement et à la fois d’émotion. C’était à l’occasion de la lecture de Témoin involontaire paru chez Rivages/Noir (N° 658) en 2007. Son personnage, Guido Guerrieri, est avocat de profession et exerce à Bari, au sud est de la botte. Il raconte qu’il aurait voulu être shérif, comme Gary Cooper, pour traquer les méchants. Mais une scène de violence à laquelle il a assisté dans son enfance – deux flics en civil qui passent à tabac dans la rue un jeune voleur à la tire – le fait changer d’avis. Il traquera les méchants autrement, en défendant leurs victimes.

C’est un avocat peinard, sans grandes ambitions. Sa vie tourne en rond et, à trente-huit ans, il erre dans le quotidien et le superficiel. Quand sa femme le quitte, sa vie est totalement chamboulée. Il tombe de haut dans un gouffre qui paraît sans fond : crises de panique, crises de larmes, isolement volontaire, dépression. Il croit même sombrer dans la folie. Dans son désarroi, il va accepter une cause qui semble perdue d’avance. Il consent à défendre un immigré, accusé du meurtre d’un enfant et que tout accable. C’est là toute la première partie de Témoin involontaire.

Et l’étonnement et l’émotion évoqués plus haut viennent du fait que la description, l’histoire plutôt, au jour le jour, de cette lourde déprime qui s’amplifie sont d’une sincérité, d’une vérité qui nous poussent à éprouver une empathie au sens fort du terme pour cet avocat déboussolé. On sent qu’il y a du « vécu » dans ce qui nous est raconté là. Quand il fait la connaissance de Margherita, qui est un peu sa bouée de secours, on découvre là encore un  autre personnage attachant qui essaie de sortir de son alcoolisme et en parle avec une sincérité bouleversante.

ImageDans Les Yeux fermés, là encore Guido Guerrieri se fourre – ça devient une habitude ! - dans un guêpier, ou plutôt, un marigot dans lequel flottent ceux, dont son propre père, qui tiennent la ville dans  leurs mains (pas toujours bien propres). Il décide de défendre la cause d’une femme battue et harcelée par son compagnon qui n’est autre que le fils d’un puissant magistrat de la cité. Sur un fond bien glauque où se mêlent des affaires de pédophilie, de trafic de déchets dangereux, de mafia, Guido Guerrieri a retrouvé de sa superbe, sa dépression est en partie passée à la trappe et il monte au front. Il a retrouvé sa lucidité, son humour envers lui-même et son regard acéré sur ses contemporains.

Les Yeux fermés est un roman noir brillant, aux nombreuses références musicales et  littéraires. Comme ce petit  clin d’œil à Robin Cook : « On était en avril, pensai-je. Le mois le plus cruel. » On se régale à lire les portraits brefs à la Flaubert : « Un vice-procureur avec des sourcils particulièrement fournis, des poils qui sortaient de ses larges narines et de ses oreilles, les yeux cernés, mi-clos et légèrement injectés de sang. Il avait tout du phacochère et avait bien du mal à dominer le basic italian. » ou les descriptions des lieux qui rappellent les toiles de  Hopper : « Lorsque je rentrai, il n’y avait qu’un couple d’âge moyen, (…). L’homme et la femme se tenaient au bout du comptoir en forme de L, du côté le plus court. Je m’assis sur un tabouret, de l’autre côté, tournant le dos à la vaste baie vitrée et à la rue. »

Brillant, émouvant et drôle.

 

Dernire mise jour : ( 19-01-2010 )
 
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