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Critiques et reviews
crit par Stephen Wilkinson   
24-12-2008

Havana Fever par Leonardo Padura

Bitter Lemon Press, Londres 2009

Traduit en anglais par Peter Bush

 

Mario Conde, ex-lieutenant de la police de La Havane et aujourd’hui négociant en livres anciens et d’occasion – une vocation beaucoup plus en accord avec sa philosophie de vie, mais non avec sa personnalité – remet son costume de détective pour enquêter sur deux décès.

Le premier est le mystérieux suicide d’une chanteuse de boléro des années 50, peu connue mais très jalousée, et dont le 45 tour perdu “Eloigne-toi de moi” encadre les deux moitiés ou plus précisément, comme pour un disque vynil, les « faces A et B » du roman. Le second est le meurtre contemporain de Dionisio Ferrero, un homme du Parti plein de principes, conservateur d’une extraordinaire bibliothèque privée que Condé tente de cataloguer et d’acheter.

Dans le cadre d’une intrigue complexe, construite de façon fort experte, les deux morts se révèlent intimement liées. Et c’est aussi le cas pour Condé lui-même, par le souvenir de l’amour fou que son père éprouvait pour la chanteuse de boléro et par sa propre histoire qui se retrouve inextricablement  mêlée à son enquête.

Padura nous livre ici son roman policier le plus accompli à ce jour, un peu plus long  que les précédents mystères mettant en scène Conde, et qui présente une structure beaucoup plus construite – utilisant des glissements temporels et de registre, par l’introduction d’une série de lettres écrites à la première personne, entrelacées dans le récit principal et qui y ajoutent de la couleur, du suspense et des péripéties.

Padura revisite ses thèmes favoris. Ses gouts éclectiques, et cependant raffinés, en matière de nourriture, de musique et de littérature nous rappellent son addiction à la nostalgie et au glorieux âge d’or de la vie nocturne du La Havane d’avant la révolution. Tel est le leitmotiv de ce traité, en forme roman, sur la tragédie du partage en deux de la psyché nationale cubaine, qui résulte de la rupture de ses relations avec les Etats Unis et de l’angoisse existentielle provoquée par l’effondrement de l’Union Soviétique. Padura utilise habilement le roman policier pour méditer sur ces questions profondes et conflictuelles, les rendant plus accessibles et plus acceptables à Cuba même, ce qui en fait un auteur réellement important, à l’engagement social notable.

Au premier niveau Havana Fever (La neblina de ayer – Les brumes du passé – son titre original) peut être lu comme un bon mystère bien raconté, dont on ne devine pas immédiatement le dénouement, et qui une fois qu’on le comprend est alors présenté de manière brillante. A un autre niveau, le roman peut être vu comme une espèce de livre sur l’histoire des presque cinquante années de révolution, telle qu’elle a été ressentie par la génération qui a vécu durant cette période.

De même que les auteurs dont il se reconnait volontiers tout au long du livre, entre autres Fitzgerald, Salinger  et les auteurs cubains Cabrera Infante et Heredia y Heredia, l’écriture de Padura capture ce que Raymond Williams appelle « la structure des sentiments » de son temps. 


Stephen Wilkinson est directeur-adjoint de l’International Institute for the Study of Cuba, à la London Metropolitan University (www.cubastudies.org) et auteur du livre Le roman policier dans la société et la culture cubaine  (Detective Fiction in Cuban Society and Culture) - Peter Lang, Berne, 2006.
 
Dernire mise jour : ( 24-12-2008 )
 
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