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Theorie pour une critique du polar Convertir en PDF Version imprimable
23-01-2009

Kritische Theorie des Kriminalromans

Thomas Wörtche:

L’acte meurtrier et la vie.
Un compagnon de route dans le monde de la littérature policière.

Libelle Verlag. Lengwil 2008. 208 S., 19,90 €

« L’acte meurtrier et la vie » comprend 13 essais du critique et éditeur Thomas Wörtche. Des essais qui peuvent aussi se lire comme des étapes de sa vie professionnelle et de sa biographie. Ils décrivent les différentes manières possibles de lire et de critiquer les polars. Certains de ces textes sont déjà parus ailleurs, d’autres ont été écrits pour ce recueil, d’autres encore sont des exposés. Ils vont de 1995 à aujourd’hui.

ImageLe lien entre théorie et polar est relativement récent et se retrouve plutôt dans les sciences humaines. L’ensemble des essais de Wörtche correspond à une tradition française de l’analyse théorique qui enseigne à établir des catégories au travers de la lecture. Il s’approche du sujet à l’aide de superlatifs tels que « la littérature policière est de loin celle qui est la plus lue au monde » .Il qualifie le vingtième siècle comme le siècle de la littérature policière. Encore faut il s’y retrouver dans le maquis des nouveautés (environ 100 par mois) et pouvoir différencier la bonne et la mauvaise littérature, celle qui est critique et celle qui s’assume. Comprendre pourquoi Henning Mankell et Donna Leon écrivent de mauvais romans qui n’ont rien à voir avec le monde dans lequel nous vivons et pourquoi ce qui est apparemment un agréable et inoffensif passe temps produit une  si vilaine esthétique.
Au contraire d’Europolar Wörtche ne se base pas sur quelques pays isolés mais considère le monde comme la scène du Polar. Il essaie de définir des critères de qualité pour les romans qu’il rattache à quelques textes bien précis (ses 100 meilleurs), critères différents les uns des autres mais qui là peuvent s’appliquer à tous les polars. Il part de l’idée que « la violence et le crime sont des éléments de base des sociétés humaines ». Une affirmation qui a un parfum d’anthropologie encore renforcée par le rapprochement avec Jan-Philipp Reemtsma et Wolfgang Sofsky. Cependant dans chacun de ses treize essais Wörtche explique que ce n’est pas l’homme en lui même mais la société qui amène la violence et le crime

D’aprés Wörtche cela serait un avantage que la littérature policière ne soit pas subventionnée, j’en doute. En France, où la littérature elle même n’est pas subventionnée, mais où ce sont les infrastructures du monde criminel qui ne peuvent subsister qu’à l’aide de subventions nous trouvons la meilleure des littératures policières. Les échanges et les débats lors des très nombreux festivals en ont une part importante. Le marché en lui même donne peu d’indications et en tous les cas pas les bonnes.

Cinq essais se consacrent à quelques auteurs bien particuliers c’est à dire à des figures de romans. L’essai « Des cas explosifs. Eric Ambler et la poétique du pragmatisme » nous présente un Ambler anti autoritaire et nous fait ressentir combien la littérature policière doit à cet auteur. Wörtche développe dans ce texte la thèse que la fiction est une forme scientifiquement justifiée de raconter et de présenter la réalité. La littérature ne s’ouvre pas sur un autre monde mais aiguise notre regard sur le monde dans lequel nous vivons. « Le déni des Catégories. Georges Simenon » est une approche de l’auteur basée sur une analyse littéraire scientifique et non sur celle des sujets abordés. Il s’agit avant tout de la fausse approche de Simenon dans les milieux de langue allemande. Simenon qui représente le roman policier de langue française des années 50 fait preuve dans tous ses romans d’un déterminisme social marquant qui rappelle le naturalisme de Zola. Il attribue aux classes sociales des caractéristiques biologiques et culturelles dont ces personnages sont marqués même si ils changent de classe sociale. Pour Simenon le contexte social est une deuxième nature à laquelle on ne peut échapper. Ce qui ne veut pas dire qu’il écrit de mauvais romans.

Les romans picaresques de Chester Himes ainsi que Ripley le héros de Patricia Highsmith sont présentés dans leur contexte social. « La négation de l’évidence. Le dessinateur argentin Alberto Breccia et son apport à l’esthétique du vingtième siècle » présente l’oeuvre de cet artiste conceptuel qui a illustré des textes de Garcia Marquez et de Ernesto Sabato. Un dessinateur important qui réussit, en huit pages, à illustrer la colonisation de l’Amérique Latine et qui dans d’autres BD traite des thèmes politiques actuels tels que la guerre des Falkland, l’héritage du tango ou la nouvelle droite française.

« La littérature policière dans le monde » présente clairement les structures que l’on trouve à travers la variété et la description des scènes, définition du polar et du roman policier comme deux genres différents ; le Polar se crée son propre monde alors que le roman policier est une analyse sociale et un moyen de communication dans la société. Wörtche trouve dans les bouquins une tendance à se dégager des fondements réalistes mais trouve encore beaucoup d’auteurs et de titres qui ne veulent en rien être impliqués dans cela.

Le making of metro... est un rapport sur la sortie de 155 titres chez l’éditeur Union et les explications sur les choix des auteurs et des titres. Sur la base de la devise «supprimer les limites entre catégories et sous catégories » la collection metro présente des romans policiers du monde entier. Pour la sélection des années d’expérience critique ont permis de séparer le bon grain de l’ivraie et de considérer la littérature en tant que processus social.

« Polars et littérature policière » creuse encore la différence et indique laconiquement que 80% de la littérature policière c’est n’importe quoi. D’autant plus important pour nous sont les 10% de bonne littérature qui peuvent nous montrer et nous faire comprendre l’état du monde et aussi comment le mal se nourrit du contexte social contemporain. Wörtche considère que l’avenir du roman policier est assuré car le crime fait partie de la réalité, celui ci n’est donc pas menacé  de disparition.

« Catastrophe comme d’habitude. La science fiction et la littérature policière, une parenté inexpliquée » explique que la science fiction la plus intéressante puise ses images d’avenir dans le réservoir du temps présent et celui du passé. Dans l’ensemble Wörtche observe une hybridation du genre et un glissement de la littérature policière vers l’épouvante, l’horreur et le fantastique.

« La violence dans le domaine sonore. Un feuilleton radiophonique et musical » donne des précisions quant à la diversité des auteurs et au rapport entre violence et musique, les liens historiques et sociaux comme par exemple chez Beethoven, la Marseillaise, Duke Ellington, Piazzolla entre autres.

« L’acte meurtrier et le sens du comique » décrit le lien indiscutable entre la littérature policière et le comique et va bientôt se trouver sur notre site web.

Lire les essais de Wörtche rend la lecture des romans policiers plus intéressante et renforce la prise de conscience critique face à tout type de littérature.

Dernire mise jour : ( 18-06-2009 )
 
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