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Un homme quelconque Convertir en PDF Version imprimable
20-03-2009

Un homme quelconque

André Héléna

Fanucci ed, 2008


Traduction de kentaro Okuba

Peu d’écrivains d’au-delà des Alpes ont réussi à décrire avec un réalisme cru, sans rien concéder aux tabous, aux clichés, au politiquement correct, la France et le Paris troubles de l’après-guerre comme André Héléna, un Maître du Noir mort oublié à 53 ans en 1972 et presque inconnu en Italie. Si la maison d’édition Fanucci a publié pour la joie des passionnés italiens du genre un des romans les plus significatifs de l’auteur “Le demi-sel” traduit en italien par “Un homme quelconque”, on le doit à Massimo Carlotto – qui nous avait déjà fait découvrir Izzo – et à Laurent Lombard, enseignant, traducteur et expert de Noir.

 ImageUn titre parfaitement trouvé, puisque le protagoniste, Balthazar Bornellot, est bien ainsi au commencement de l’histoire : un homme quelconque, anonyme, insignifiant, un visage dans la foule de Pigalle faite de délinquants, de prostituées de troisième zone, de réfugiés politiques, de déserteurs en fuite, de collaborateurs, de pauvres diables et de désespérés de toute sorte. Balthazar – “un nom stupide”- travaille dans une bijouterie, quand il est approché par Moreno, un exilé espagnol qui fait partie de la Bande de Scipioni. Il lui propose le coup de sa vie. La bande fera un casse dans la bijouterie, Balthazar vendra le produit du vol à un receleur de sa connaissance. Au moment de se partager le butin, alors que Balthazar rêve déjà de quitter Paris la “dissolue” pour la mer immuable de la Côte d’Azur avec Gisèle sa bien-aimée, Moreno, convaincu qu’un demi-sel ne peut se rebeller contre la loi du plus fort, refuse de lui donner la part qui lui revient.
Balthazar, cependant, comme tous les hommes doux devant une injustice, se révolte et tue. A partir de ce moment, il “est marqué par le feu”, un homme seul dans un monde hostile, terrifié, écrasé entre deux entités terribles que le Destin, le dieu moqueur du monde - l’ironie de Héléna est cassante - a rendues pour une fois alliées. D’un côté, la délinquance représentée par la bande de Scipioni, un sicilien qui a connu la misère la plus noire et ne veut pas y retourner, et de l’autre le Quai des Orfèvres du commissaire Barral, décrit par l’auteur comme un lieu triste, humide, dont les murs ruissèlent de la douleur et de la sueur de tant de malheureux.
Pour Balthazar, c’est le commencement d’un long vagabondage, désespéré, avec des épisodes grotesques, à travers Paris en décembre gelé et pluvieux, d’un bistrot à l’autre, d’un cognac à l’autre, d’un assassinat à l’autre. Dans une nuit désolée, il aura l’occasion de connaître jusqu’au fond la cruauté tragique et lascive des êtres humains. Vers l’aube, la rencontre miraculeuse avec elle, Simone, une jeune fille seule et désespérée qui se donne à lui par reconnaissance mais...
Je confesse avoir lu ce roman quatre fois de suite, et je ne me serais pas arrêtée, parce que dans ses chapitres brefs et denses, dans ses phrases nettes, privées d’artifices littéraires, très visuelles, presque photographiques, dans son style sec et nerveux, parfois rageur, dans ses personnages de perdants éternels il y a toute la tragédie de notre époque violente et impitoyable envers le différent, le perdant, la demi-portion qui n’a pas de protecteurs puissants, et, veut vivre à tout prix à cause de cela, alors qu’elle est destinée au contraire à l’obscénité d’une mort solitaire.


La maison d’édition Asara a publié deux autres livres de Héléna “Le goût du sang” et “Les voyageurs du vendredi”.

 

Dernire mise jour : ( 19-01-2010 )
 
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