Europolar is back on line
Accueil arrow Critiques arrow SETTANTA (Soixante-dix)
SETTANTA (Soixante-dix) Convertir en PDF Version imprimable
30-08-2009

SETTANTA (Soixante-dix)

Simone Sarasso

Marsilio ed , 2009

 

Traduction de Kentaro Okuba

 

 

“Les méchants gagnent toujours”.

Cette courte phrase que le lecteur rencontre à la page 667 de “Soixante-dix” renferme l’une des caractéristiques fascinantes de ce roman.

Parce que cette phrase, qui en soi pourrait constituer un vulgaire stéréotype désabusé, prononcée par un perdant, un “bon” vaincu, ou un “méchant” victorieux, l’auteur la place dans la bouche d’un personnage qui incarne l’archétype du mal, et qui voit, malgré ceci, ses plans bouleversés et ruinés, par quelqu’un, tout aussi mauvais (sinon plus), qui trame d’autres complots infernaux afin de parvenir à ses fins personnelles.

ImageNe dévoilons pas plus de la machination, pour ne pas enlever au lecteur le plaisir de découvrir l’intrigue. Toutefois, cette prémisse nous permet de mettre en relief les caractéristiques saillantes du roman.

Le développement avant tout.

Souvent les romans noirs nous ont montré des scénarii où la division entre le bien et le mal devient faible, quelquefois inexistante. Avec “Soixante-dix”, on va plus loin. Pas le Bien et le Mal. Deux entités séparées et opposées qui contribuent à écrire une histoire. Mais au contraire l’Histoire (avec un H majuscule) réécrite avec bien plus de trames (bonnes, mauvaises, ou simplement dictées par l’événement) qui s’imbriquent, avec des résultats surprenants, parfois complètement à l’opposé des attentes des acteurs qui occupent la scène en poursuivant leurs propres objectifs.

La narration. Quatre différents points de vue : un tueur (un agent des Services secrets, avec un passé de fou criminel), un jeune magistrat du Sud, idéaliste mais avec quelques problèmes, un acteur du genre en vogue de l’époque : le “film policier”, un peu trop pris dans son propre rôle, et enfin un jeune bandit du milieu milanais.

La scénographie. Le livre se déroule pendant la “méta”-histoire de la décennie “de plomb” 70-80, en utilisant une uchronie, qui se permet le luxe de déplacer de quelques centaines de mètres en avant le concept de vraisemblable, et avec d’excellents résultats. Comme l’a souligné le “maître” Giancarlo De Cataldo dans l’Unità, les protagonistes du roman ne sont pas des personnages directement inspirés des modèles réels de l’histoire de l’époque, et cependant chacun d’entre eux porte en lui quelque chose de vrai des personnalités qui ont fait l’histoire de ces années et qu’un lecteur informé ne tarde pas à reconnaître. Aucun personnage historique et aucun personnage imaginaire, donc. La coulisse théâtrale que Sarasso dessine derrière la narration de son roman n’est pas l’Italie des années soixante-dix, c’est une autre Italie possible dans cette période, en partant des mêmes présupposés ; cependant, le scénario est absolument plausible. Un scénario de guerre jamais déclarée, obstinément niée même, mais réellement combattue, d’idéaux trahis d’abord et ensuite effondrés, de pitié envers les victimes innocentes, si nombreuses, de ces abominables jeux de pouvoir.

Enfin l’écriture. Déchirante, comme l’a définie avec justesse Alessandre Buccheri sur NovaMag. Absolument vrai. Par rapport à “Confine di Stato”, le chapitre premier de la “trilogie sale” dont “Soixante-dix” représente le deuxième acte, l’écriture présente une évolution notable. Dans “Confine” elle était purement cinématographique, la narration était entraînée par la recherche de l’action à tout prix. La langue du roman était tout sauf fidèle à l’italien parlé de l’époque. “Soixante-dix” est un objet narratif complètement différent. En le lisant, on perçoit les efforts de l’auteur pour restituer les régionalismes et les inflexions de l’italien, les stéréotypes typiques de la langue d’alors, et le travail développé sur l’intrigue, construisant un “monstre” à quatre têtes, une histoire polyphonique à quatre voix qui deviennent une seule. Le tout greffé sur une technique narrative à la James Ellroy d’”American Tabloid”.

Le résultat : celui de tenir le lecteur scotché au roman de la première à la dernière page.

Il y a des livres d’histoire pour apprendre des choses sur le passé de notre pays, et peut-être pour ne plus commettre les mêmes erreurs. Pourtant, les pages obscures, les trous noirs sur le déroulement réel des faits, les dessous secrets, et à ce jour inconnus, abondent : dans la période des “années soixante-dix” sans doute encore bien plus que dans les années qui les ont précédées et suivies. 

Sarasso est né en 1978. Il n’a pas vécu directement cette décennie. Cependant l’un des mérites des romans comme “Soixante-dix”, outre les qualités précédemment listées, c’est celui de pouvoir stimuler le lecteur, qui ne connaît pas assez, voire pas du tout certaines histoires ou qui les a seulement oubliées, à se documenter pour fixer la mémoire de ce qui a été.

Parce que raconter des histoires, tout comme connaître notre passé, sont des modes de résistance, pour ne pas se faire écraser par ceux qui tentent, dans l’Italie d’aujourd’hui plus que jamais, de nous faire croire aux fables.

 

Dernire mise jour : ( 04-02-2010 )
 
< Prcdent   Suivant >
© 2017 Europolar- powered by jl2i.com
Joomla! est un logiciel libre distribu sous licence GNU/GPL.

Design by syahzul, FlexiSaga.com